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« Pour en finir avec l’exception islamique », de Mohamed Cherif Ferjani

L’islamisme et l’islamophobie dos à dos

Un travail de démystification tout autant du culturalisme islamiste que de l’essentialisme orientaliste.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, une certaine vision culturaliste des faits religieux islamiques avait gagné en ampleur au point que le traitement médiatique des différents enjeux géo-politiques de la région du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, a été réduit à ces événements. Aussi est-il advenu banal, nous dit Mohamed-Sghir Janjar, dans sa préface de ce volume de textes de Mohamed Cherif Ferjani, d’entendre quotidiennement de grands «experts» expliquer, dans divers médias internationaux, le moindre événement que connaît cette immense aire géographique par des facteurs culturels ou religieux. «La croyance en une «exceptionnalité» de la région arabe et, au-delà, à celle d’un «islam» intertemporel semble de plus en plus acquise pour les culturalistes de tous bords».

C’est dans ce contexte qu’intervenait la publication du livre de M. Ferjani. Un projet intellectuel clairement annoncé, qui procède, plus que jamais, «d’un souci de démarcation par rapport aux conceptions essentialistes qui sont à la base des thèses opposant un islam mythique à un Occident tout aussi mythique». Démarcation avec la thèse de l’exception islamique commune aux islamistes et à beaucoup d’orientalistes et spécialistes dans un tel ou tel domaine des études islamiques, influencés par Bernard Lewis et Samuel Huntington ou fascinés par le développement de l’islam politique depuis la révolution iranienne.

Ainsi, à travers une analyse approfondie et bien fouillée, M. Ferjani, en fin spécialiste de la politique et du religieux dans le champ islamique met à l’oeuvre tout un travail de démystification tout autant du culturalisme autochtone que de l’essentialisme orientaliste. Deux approches qui affichent «une irrésistible fascination pour les mots et les catégories aux dépens des faits et des enjeux.» Contrairement à Bernard Lewis, l’explication des faits politiques passés et présents, par exemple, ne se réduit pas, pour M. Ferjani, à une analyse des mots, de leurs sens, leurs racines et leurs usages dans le registre religieux. Explication, dit-il, qui ne peut qu’aboutir qu’à certains récits comme celui d’un «exceptionnalisme» islamique à la Bernard Lewis dont le principal démarqueur serait l’incapacité de l’islam à «distinguer les deux sphères temporelle et spirituelle».

C’est à cette déconstruction méthodique de ce récit que va s’atteler Ferjani en en faisant le fil directeur de ses écrits comme ceux concernant sa «critique de la déshistoricisation » des faits religieux et politiques islamiques engendrés par la tradition et ses réinventions modernes. Ce volume dense de textes que nous livre l’auteur est tellement riche qu’une simple note de lecture ne suffit pas à lui rendre entièrement justice.

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