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Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira

Hajja El Hamdaouia et Raymonde El Bidaouia.

Un hymne à la paix et au vivre-ensemble

Grâce à son engagement en faveur des valeurs de la tolérance et du vivre-ensemble au Maroc, le festival des Andalousies Atlantique, qui a eu lieu du 25 au 28 octobre 2018, à Essaouira, donne la preuve que la culture pourrait faire rempart aux extrémismes religieux.

Le dimanche 28 octobre 2018, les habitants d’Essaouira ainsi que les visiteurs de cette ville magnifique ont repris leur «vie normale», après avoir vécu 4 jours exceptionnels avec le festival des Andalousies Atlantiques. Ceux qui ont fait le déplacement spécialement pour «vivre» cet événement d’envergure, sont repartis, le vague à l’âme, avec plein de belles images et de sonorités enchanteresses qui résonneront dans leurs têtes encore et encore.

Les Souiris et autres visiteurs nationaux et internationaux de la ville des Alizés n’ont rien raté du festival qui s’est déroulé du 25 au 28 octobre 2018 sous un ciel bleu et un temps clément exempt du fameux vent qui fait la réputation de la ville et qui a cédé la place à un souffle de tolérance, de fraternité et de paix.

C’est donc, dans la douceur et la sérénité de cette cité que la 15ème édition du festival des Andalousies Atlantiques a trouvé le cadre idéal pour décliner son programme éclectique et libérer la parole pour prêcher les valeurs du vivre-ensemble. Grâce à son ancrage puissant, cet événement a connu des moments forts de partage et d’émotion.

Déjà l’ouverture, en grand pompe, annonçait la couleur et présageait une fête qui fait la part belle à la diversité et au pluralisme culturel. Sur scène, la centaine de musiciens dirigés par Anass El Attar, l’un des maîtres de la musique andalouse, a subjugué le public d’Essaouira. La chorale des «Mélomanes de la Musique andalouse » et la brochette de jeunes et talentueux chanteurs (Benjamin Bouzaglou, Sana Marahati, Hay Korkos et Ahmed Marbouh ont fait vibrer les spectateurs. Ces héritiers de Samy Al Maghribi, Albert Suissa et Salim Halali ont fait voyager les amateurs de la musique andalouse à travers ses différents registres.

L’hommage aux voix du Maghreb a également marqué cette 15ème édition. La Marocaine Hayat Boukhriss, l’Algérienne Rym Hakiki et la Tunisienne Syrine Benmoussa ont toutes puisé, le temps d’un concert inédit, dans le répertoire commun maghrébin, chacune avec sa propre sensibilité.

Deux divas pour un concert historique
La fête s’est poursuivie avec des rendez-vous musicaux envoûtants qui sont montés crescendo jusqu’au concert de clôture qui a marqué les esprits par son caractère historique. Le samedi 28 octobre, un public, de tous les âges, de toutes les catégories sociales et de toutes les nationalités, s’est donné rendez- vous sous le chapiteau qui allait abriter le concert final du festival. Il n’était pas question pour ce beau monde de rater la rencontre exceptionnelle des deux divas de la «Ayta», Hajja El Hamdaouia et Raymonde El Bidaouia. Et pour faire durer le suspense, le concert a démarré avec les groupes Hapiyout et Andaloucious qui ont mis le feu aux planches avec une prestation des plus convaincantes. Les rythmes endiablés et les poèmes chantés du judaïsme mythique du Tafilalet, parfaitement synchronisés, ont littéralement emporté les spectateurs dans leur sillage avant de les faire voyager dans le temps à travers les tubes des maîtres de la chanson marocaine moderne (Mohamed Fouiteh, Abdelhadi Belkhayat, Naïma Samih…). Le public a été complètement conquis par les arrangements musicaux, horspair, de ces gardiens du temps de la tradition musicale judéo-marocaine.

Avant même que les spectateurs n’aient le temps de se remettre de leur émotion, Raymonde El Bidaouia fait son apparition sous les applaudissements du public. Après quelques chansons, Raymonde accompagnée par le Maestro Ahmed Cherkani et son orchestre, appelle Hajja El Hamdaouia pour qu’elle la rejoigne sur scène. Un accueil chaleureux est alors réservé à l’éternelle diva de la Ayta pop. Cette légende vivante investit la scène alors que le public lui fait spontanément une «standing ovation» bien méritée. Les deux artistes se témoignent l’amour indéfectible qu’elles ont l’une pour l’autre. «C’est grâce à Hajja El Hamdaouia, que je suis devenue ce que je suis aujourd’hui.», reconnait, très émue, Raymonde. Du haut des 88, ans, Hajja prend le micro pour rendre hommage à celui qui l’a prise sous son aile et lui a appris à chanter mais également comment s’habiller et se tenir. Salim Halali, qui l’appelait «benti» (ma fille) lui a appris, dans les années cinquante toutes les ficelles du métier et l’a rendue fière d’être une artiste.

Les deux divas se mettent à chanter. Raymonde donnant de la voix et dame El Hamdaouia, «bendir» à la main, lui répliquant de sa belle voix toujours aussi enchanteresse. Le public est en transe. Juifs, musulmans et chrétiens chantent, dansent, poussent des «youyou». La fête est à son comble.

Le forum, grand banquet de la pensée
«Depuis sa création en 2003, l’idée première du festival est de célébrer la richesse de la musique andalouse sous toutes ses formes», souligne Tarik Ottmani, directeur général du festival avant d’ajouter: «et nous sommes fiers de constater que l’aura de cet évènement a désormais largement dépassé les frontières d’Essaouira et du Maroc».

En puisant dans les richesses de la musique andalouse, l’association Essaouira Mogador, qui organise cet événement en collaboration avec la fondation Trois Cultures, a concocté un menu savoureux comprenant une douzaine de concerts, des rendez-vous «Au-delà de minuit » animés par une quarantaine de maîtres de Madih et du Samaâ dans le cadre intimiste de Dar Souiri, sans oublier le Forum: «L’importance du lieu, l’importance du lien», qui invite, tous les jours, des penseurs de différents horizons à échanger et à débattre autour de cette thématique.

Le samedi 27 octobre, André Azoulay, président de l’association Essaouira-Mogador, a encore une fois rappelé la vocation du festival et son combat pour venir à bout des extrémismes religieux et culturels pour perpétuer cette culture du vivre-ensemble ancrée dans l’histoire du Maroc. «Ce n’est pas une affaire communautaire mais une affaire nationale. C’est un signal fort que nous envoyons au reste du monde pour dire que tout est possible et que cette résilience qui est la nôtre nous pousse à aller au-delà du possible. Nous sommes forts d’un consensus national et non communautaire», affirme André Azoulay.

Les témoignages des juifs qui ont quitté Essaouira, qu’ils retrouvent aujourd’hui, le coeur léger, sont émouvants et attestent de ce lien indéfectible qu’ils ont gardé avec leurs origines. Essaouira est à cet égard un exemple édifiant de cette coexistence pacifique entre différentes communautés. Une «offrande», comme la qualifie M. Azoulay.

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