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Faux et usage de faux dans une université agonisante

Abdellatif Mansour

LE COUP DE GRÂCE

Les thèses de doctorat et les mémoires des masters font l’objet de piratage.

Le piratage élargit son champ d’action et le renforce. Il couvre, de plus en plus, le doctorat et le master des universités. Les plaintes des doyens se multiplient au rythme de ces textes outrageusement frelatés qui ne supportent d’autres qualificatifs que le faux et l’usage de faux. Combien de ces tentatives de tricherie de haut vol sont interceptées et combien parviennent à tromper la vigilance supposée des examinateurs en chef.

C’est tout le problème qui ne cesse de prendre de l’ampleur au point d’être soumis à la police judiciaire pour enquête, avant de rendre compte à la justice pour les sanctions prévues par le code pénal.

Dans un passé proche, les travaux de recherche scientifique, avec quelques variables dans le temps consacré entre sciences humaines et sciences exactes, constituaient l’essentiel d’une carrière universitaire. C’était plus qu’un sacerdoce, une manière de donner un sens à l’existence. On ne pouvait accéder à ce cercle de contributeurs à la pensée universelle sans compter parmi les rats de bibliothèque, les ronds de cuir ou les visiteurs assidus des laboratoires et des éprouvettes. Tout cela n’est plus. Désormais, les thèses de doctorat et les mémoires des masters sont livrés clé en tête, en vingt jours. Qui dit mieux?

Comme tout service rendu, celui-là est évidemment tarifié. Les prix de réalisation des ersatz de thèses et de mémoires, niveau plancher, ne dépasse pas les 1.600 dirhams. Pas cher du tout. Pour obtenir un produit fini plus sophistiqué, il faut débourser des sommes beaucoup plus consistantes. Dans un sens, comme dans l’autre, il suffit de piocher dans la réserve de vraies thèses et mémoires piratés. Ces faussaires et pirates d’un autre type prétendent en posséder 600 venant de toutes les universités du Royaume. Il n’y a pas que ces effets pervers des nouvelles technologies qui sont en cause. Parfois, si ce n’est souvent, des thèses bel et bien réalisées par leurs auteurs sont néanmoins d’un niveau peu ou pas du tout satisfaisant. Elles arrivent à passer le cap de la soutenance grâce à la complaisance d’un jury trop indulgent. Les accointances politiques et les affinités personnelles deviennent ainsi plus déterminantes que les procédures méthodologiques et les critères scientifiques.

L’université agonisante n’est pas pour autant au bout de ses peines. Car les fonctions même de doyen, de directeur d’institutions supérieures ou de président d’université ne sont pas totalement indemnes. Pour accéder à ces postes prestigieux, mais pas exclusivement honorifiques, il est demandé aux prétendants de présenter un projet de développement des instituts dont ils auront la charge. Là aussi, le piratage et les copier-coller à peine retouchés sont de mise, sans gêne. Dans son dépérissement à petit feu, l’université n’avait vraiment pas besoin de ces facteurs aggravants. D’autant plus qu’elle doit faire face à un contournement par l’investissement privé dans des établissements payants au rendement annoncé. La crédibilité de ses diplômes est, pour le moins, mise à rude épreuve.

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