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Le fabuleux parcours de Benkirane finit mal

Abdellatif Mansour

Il avait grise mine, Abdelilah Benkirane, ce dimanche 26 novembre 2017, au Conseil national du PJD. Il venait d’apprendre le résultat d’un scrutin interne de la plus haute importance pour lui. Finalement, les statuts du PJD ne seront pas amendés et M. Benkirane ne pourra pas rempiler pour un troisième mandat de secrétaire général, comme il le souhaitait ardemment. Un désaveu dur à supporter. Une pierre de plus dans un itinéraire politique qui n’en peut plus. M. Benkirane encaisse en silence. Sa parole, post-déboutement par le parti qu’il a contribué à créer, sera attendue. D’ores et déjà, des questions pressantes, un peu par anticipation, traversent les esprits et les rédactions. Il est évident que M. Benkirane en a vu d’autres, durant ses longues tribulations politiques. Mais aura-t-il toujours suffisamment de poids et d’audience pour dépasser cette fin de non-recevoir de sa requête auprès des siens? A-t-il une perspective d’existence distinctive et honorable au sein de son parti ou dans les rouages de l’État au nom du parti? Bref, y a-t-il une vie politique pour M. Benkirane après ce conseil national qui ressemble à un divorce sans espoir de retour? Comment en est-il arrivé à ce stade de relégation?

Disons, à titre de prélude, que les erreurs commises par M. Benkirane, durant sa chefferie gouvernementale, sont nombreuses, parfois totalement irrecevables, quelles que soient les justifications du moment. Précisément, la conjoncture internationale se prêtait aux cogitations les plus débridées. M. Benkirane, chef du gouvernement parlant au nom de son parti, ne cesse de répéter que le PJD a permis au Maroc d’éviter un «printemps arabe» dévastateur un peu partout ailleurs. Il a sauvé le pays du chaos. Quand on avance ce genre de postulat dans un pays comme le nôtre, on se positionne, d’une manière ou d’une autre, comme sauveur de la monarchie.

Un cas avéré d’insouciance politique, pour ne pas dire plus. Au gré des redondances de circonstance, ce genre de fanfaronnade finit par lasser. Et pourtant, M. Benkirane a quand même été désigné, en 2016, pour former une coalition gouvernementale issue d’une majorité parlementaire. Là aussi, les parlottes dans tous les sens qui traînent en longueur au point de constituer un blocage de sept mois, ainsi que la confusion régnante, sont telles qu’il est difficile de dissocier le pourquoi du comment. En fait, dès sa première nomination, M. Benkirane a agi comme s’il ignorait le caractère inédit d’un Exécutif à dominante islamiste. Il semblait étonné par l’opposition que cela pouvait générer. Au lieu de parer aux tâches qui lui incombaient, il s’est littéralement focalisé sur cet aspect. L’essentiel de ses discours, au Parlement comme au sein de son parti, était axé sur un nouvel arrivage de concepts comme «l’État profond», ou «le gouvernement parallèle», ainsi que des personnalités publiques transformées en crocodiles et autres serpents à sonnette, par les soins de M. Benkirane. Dans la foulée, il fallait bien s’adresser au peuple à partir d’une dualité familière et vécue sous une gouvernance électorale et démocratique: les promesses et les besoins. Dans ce jeu de rôles où il n’est finalement question que d’offre et de demande, M. Benkirane n’a pas fait mieux que ses prédécesseurs, il a fait pire.

Il s’est avéré d’une docilité absolue face aux diktats des instances financières internationales, FMI et Banque mondiale. Il a cru que cette disponibilité, sans même un droit de regard formel, pouvait lui garantir un deuxième mandat gouvernemental par un consensus favorable entre «l’État profond », son parti et ses alliés politiques. Tout indique qu’il s’est lourdement trompé. Si ce consensus a réellement eu lieu, c’est plutôt contre Benkirane. Il l’a appris à ses dépens lors de la recherche d’une alliance gouvernementale. L’arithmétique y était, mais pas la volonté politique nécessaire.

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