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Épreuve de force entre Salaheddine Mezouar et Hakim Marrakchi, pour la présidence de la CGEM

Assia Benhida et Hakim Marrakchi.

Deux candidats, un seul programme

Le dernier virage de la course à l’’élection de la présidence de la CGEM a été imprégné d’une connotation politique. Une course où les deux candidats ne se sont pas ménagés.
Mais aucun engagement pour la création d’emplois.

Le 22 mai 2018 approche à grands pas. C’est le jour des élections qui donneront le nom du prochain patron de la Confédération des entreprises du Maroc (CGEM) pour un mandat de trois ans. L’élection du patron de la CGEM connaît pour la première fois au Maroc une vraie course à la présidence avec une connotation politique. Une course où les deux candidats ne se sont pas ménagés et où le soutien à un candidat ou à un autre a divisé le patronat.

Lundi 14 mai 2018, le binôme Hakim Marrakchi-Assia Benhida devait décliner son programme, intitulé CAP 2021, devant la presse lors d’une journée marathon. Et c’était un Hakim Marrakchi qui pesait bien ses mots qui a fait une sortie inhabituelle. L’ex-vice président de la CGEM aux côtés de Meriem Bensalah et industriel connu et reconnu, primé à l’étranger lors d’événements d’envergure pour l’innovation et la responsabilité environnementale, n’a pas laissé passer cette occasion pour tirer à boulets rouges sur son concurrent, Salaheddine Mezouar, lors de la conférence de presse, en déclarant: «Il y a quelques années, j’ai présenté une partie de ce programme à l’ancien ministre de l’Économie et des Finances. À l’époque ce ministre s’appelait Salaheddine Mezouar. C’est amusant de voir que, des années plus tard, il vient avec un programme qui ressemble à ce que nous proposons ici et qui dit ‘dynamisons notre économie en faisant ce que je n’ai pas fait’».

À boulets rouges
Justement, que comprend ce programme? Le duo qui mène sa campagne sous le slogan «libérer l’entreprise» avec 6 axes majeurs: Pacte de confiance avec le gouvernement, l’administration, les partenaires sociaux pour un nouveau contrat social; Agir pour la croissance et la compétitivité; Agir pour le développement de nos opérateurs économiques; Agir pour le développement régional et la croissance des entreprises à l’international; Agir pour le développement des compétences et de l’employabilité; Et agir pour une CGEM influente et proche de ses adhérents.

À travers ces axes, le binôme avance un certain nombre de mesures concrètes, comme oeuvrer pour la baisse du coût du travail, pas de charge sociale sur les bas salaires, création d’un guichet GoAhead pour les start-ups, lancement de Cap Business Africa, initiative pour accompagner les PME sur le marché africain et création d’écosystèmes régionaux.

Sans ménager son concurrent, ex-patron du RNI et plusieurs fois ministres qui a occupé, entre autres, le département des Affaires étrangères et la présidence de la COP 22, Hakim Marrakchi a jouté, comme pour signifier qu’au sein du parti de son concurrent, il y a des partisans qui ne le soutiennet pas: «Je connais beaucoup de gens du RNI qui me soutiennent, des gens de l’Istiqlal peut-être. Il faut un industriel pour la CGEM qui comprend les vrais problèmes des industriels».

Il était fort du soutien de Hassan Chami et de Abderrahim Lahjouji, anciens présidents de la CGEM et invités de marque du meeting Marrakchi/Benhida. Leurs déclarations ont mis de l’huile sur le feu. Pour Hassan Chami, cette présidentielle patronale se joue entre «un candidat issu du milieu politique, qui était certes entrepreneur, mais qui a fait une autre carrière, et un candidat issu de l’entreprise, qui a bâti une entreprise par lui-même». Pour Abderrahim Lahjouji, «il est dangereux d’avoir une CGEM qui a des liens politiques avec un parti. Je le dis clairement, car de triste mémoire, en 1993 lorsque l’opération d’assainissement s’est abattue sur les entreprises et a jeté leurs leaders en prison de manière injuste. À ce moment-là, aucun parti politique n’a levé le doigt et il a fallu compter sur l’autonomie et l’indépendance de la CGEM».

Fayçal Mekouar et Salaheddine Mezouar.

Riposte diplomatique
La riposte de celui qui a fait une autre carrière en dehors du monde des affaires n’a pas tardé. Le lendemain, mardi 15 mai 2018, la conférence du binôme Mezouar- Mekouar s’est centrée, certes, sur le programme «Élan pour tous» avec la présence de plusieurs grands patrons, de leaders d’importantes associations professionnelles, de présidents de fédérations ou de commissions. «C’est un message de confiance et d’encouragement. Je tiens à remercier le président de la CGEM Abderrahmane Bennani-Smires et un des piliers infatigables de la CGEM Ahmed Benkirane », a déclaré Mezouar.

De la part de Mezouar, connu pour son aplomb, la riposte avait quelque chose de diplomatique. «J’ai déposé ma candidature à la CGEM qui a été acceptée et validée. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’incompatibilité. Je suis fier de mon parcours politique. La politique, c’est une école de la vie. Quand j’étais président de parti (le RNI) et en même temps membre du gouvernement, je n’ai jamais ramené les gens de mon parti pour les installer au ministère. Ce qui me gêne, c’est la manière avec laquelle on a essayé d’utiliser cela dans le débat pour la présidence et d’amener les membres de la CGEM à avoir un débat politique au milieu d’un débat qui devait être centré sur les programmes. Attention, je ne suis pas le candidat d’un parti politique. Penser qu’un parti puisse faire une OPA sur la CGEM, c’est infantiliser la CGEM et manquer de respect à l’intelligence collective».

Et d’ajouter par ailleurs que la «décennie écoulée a été marquée par une croissance atone, sans emploi, par une panne de confiance, un manque de visibilité dans un contexte vulnérable et incertain…». Et «dans cette incertitude, le secteur privé doit construire l’avenir main dans la main avec l’administration», explique l’ex-ministre, candidat à la présidence de la CGEM.

Une ressemblance déconcertante
Pour ce faire, la feuille de route du duo Mezouar/Mekouar est structurée autour de 6 axes, 26 chantiers et 90 pistes de mesures. Parmi les principales mesures détaillées, il y a la suppression de la TVA sur les investissements, l’allègement de la charge fiscale, la lutte contre les importations sauvages, notamment sur les produits finis, le co-leadership de la CGEM dans la mise en place des CRI 2.0 et la création d’un club investisseurs Afrique et une meilleure intégration au patronat africain.

Une ressemblance déconcertante entre les mesures préconisées par les deux candidats mais l’absence d’un engagement sur des investissements ou la création d’emploi.

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