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Entre Godasses et Boniments

Driss Fahli

Une victoire tonitruante de foot, ça fait taire pour un moment les mauvaises langues.

Il est doué. Il a de l’art et de l’or dans les pieds. Il est footballeur de haut niveau. Il a de la faconde et du mensonge plein les lèvres, il est champion de la récupération de tout ce qui luit, il est politicien.

Le premier sue pour la victoire. Le deuxième est là pour la récupérer à bon compte. A peine l’équipe nationale a-t-elle gagné son ticket pour le mondial, qu’un ex-ministre controversé du sport s’attife d’un bonnet russe des grands froids et tweete sa photo simulée à Saint Petersburg pour nous rappeler son existence de bluffeur national prêt à retraire la vache à lait du contribuable.

Un autre ministre, du même gabarit litigieux, déboulonné à la satisfaction de tous, essaie de se relever avec un tweet en habillant son paroxysme narcissique avec la gandoura de la fierté collective. Le summum de vol politique de la victoire nationale a été fait par l’inaltérable Ilyas El Omari qu’on croyait débarqué du PAM. Il s’est offert pour lui et sa bande les sièges qu’il voulait dans l’avion de retour de l’équipe nationale et ce, sur le dos de la fédération et du contribuable. Quid du discours royal et de la crédibilité du système partisan du pays?

Drôle d’union que celle qui relie la barbotière politique à la godasse du footeux. Ce n’est pourtant pas la même boue. Du temps de Karl Marx, la religion était l’opium des peuples. Maintenant c’est la religion et le foot. C’est ce qui explique l’addiction des nos politiciens aux deux opiacés.

Quand la liesse populaire est à son apogée, les politiques salivent et se pressent pour surfer sur la vague de l’exultation populaire. Ça retape l’image encornée du politicien pour les prochaines élections. Rappelons-nous du Président François Hollande qui, pour adoucir les problèmes qui engluaient son gouvernement, n’avait pas hésité à se comparer au sélectionneur Didier Deschamps suite à la victoire des Bleus contre l’Ukraine pour la coupe du monde de 2014. Une victoire tonitruante de foot, ça fait taire pour un moment les mauvaises langues. C’est un instant de bonheur illusoire d’un peuple qui a besoin pour planer, d’arômes spirituels de compensation. Le politique n’en ratera pas une miette pour capitaliser sur cette conjoncture d’extase.

La fourberie est vieille comme le monde. Elle continue à produire les mêmes effets. «Panem et Circenses» (Pain et jeux) est une expression latine qui servait dans la Rome Antique pour critiquer l’évergétisme des empereurs qui flattaient et apprivoisaient le peuple par la distribution de pain et l’organisation de jeux. C’est toujours d’actualité avec une évergésie étouffée par la pression économique et modernisée sous forme de sponsoring. La victoire de l’équipe nationale a eu des effets bénéfiques sur l’image du Maroc. Un succès gagné à force de sueurs d’une équipe de foot qu’aucun parti politique n’est en mesure de réaliser.

Bravo donc aux héros de l’équipe et félicitations à tous ceux qui y ont participé. Le lendemain matin le nuage de félicité s’est dissipé et la rue a retrouvé ses travers de croyances, de pauvreté, de sécurité, de harcèlement des femmes et de défiance des agents de l’autorité. On attend des parlementaires, du gouvernement, des partis, des instituteurs, des cadres et de tout un chacun d’être aussi performants que l’équipe nationale pour éradiquer tous ces maux qui corrodent notre société.

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