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Ces enfants de la rue qui refusent de changer de vie

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Des fugueurs qui s’assument

Mohamed dit avoir pris goût à la liberté, le foyer familial est là, mais pour lui, y retourner est hors de question.

La misère du monde n’est pas de dimension humaine, disait Coluche… L’heure est au froid. C’est dans une température avoisinant les 7 degrés au soir, que gîtent ce qu’on appelle ordinairement les enfants de la rue. IIs sont là à braver la rigueur du climat, empaquetés dans un sac en plastique, avec en dessous un maigre carton puis dessus une malheureuse couverture qui a sûrement vu des jours meilleurs. Interpellé, Mohamed, 17 ans, nous dit que le sac en plastique lui sert de bouclier contre le viol … il pointe du doigt son chien qu’il appelle Rex et laisse entrevoir un couteau de poche.

«La rue est difficile», dit-il littéralement. Mohamed dit vivre de mendicité: «Je peux me faire jusqu’à 150 Dh la journée». Alternant entre vie de groupe et vie solitaire, selon le besoin, «quand je mendie, je préfère être seul, les gens s’avèrent méfiants face au groupe», dit-il. Mohamed squatte tantôt la gare Ouled Ziane, tantôt le port maritime, tantôt le centre ville, voilà ce qu’il dit être son circuit. Les cas comme Mohamed abondent, de nous jours on en compte 14.000. S’ils changent souvent de lieu, c’est pour se faire remarquer le moins. Le moins possible car c’est le diable pour passer inaperçu dans un habit rapiécé, encrassé et suintant la misère.

Les lois de la rue
De plus, nombre d’entre eux s’adonnent au “doulio”, à la colle ou au Hash. «Avec ça, on oublie le monde», dit Mohamed. Et rajoute «il nous arrive même de nous faire du mal … lors de mon initiation au sein du groupe, alors que je n’avais que 13 ans, on me brûla la main au doulio». Une initiation, car, n’oublions pas que ces groupes ont leurs propres lois. Des lois qui ne manquent pas d’être sadiques et qui peuvent aller jusqu’au viol. Mohamed dit avoir pris goût à la liberté, le foyer familial est là, mais pour lui, n’ayant que le mot liberté à la bouche, y retourner est hors de question. Notons, que si rafle de police il y a, ces enfants sont de suite confiés aux associations. Mais là où le bât blesse, c’est qu’une fois l’enfant remis à sa famille, il déserte sans tarder le foyer. Et rebelote… l’accoutumance à la drogue, puis à la mendicité fait d’eux des cas difficilement gérables.

Parmi ces enfants à la vie dure, quoiqu’héroique pour certains, se trouvent également des filles. Karima, du haut de ses 13 ans, vit également de mendicité et de roses qu’elle vend aux couples à une heure tardive de la nuit. «C’est un commerce qui rapporte… j’en vends à 10 Dhs la rose», nous dit-elle. Karima dit que son corps s’est habitué à la vie du dehors, et qu’elle préfère mille fois cette vie-là plutôt que d’aller chez elle et encore moins dans une association.

«Je gagne assez bien ma vie, et je l’aime ainsi», nous confie-t-elle. Voilà un témoignage qui nous laisse baba. Plus loin, Karima nous dit que quand bien même elle aurait des habits propres qu’elle mettrait ceux-là même. Car ça adoucirait plutôt les regards portés sur elle, et ainsi peut-elle recevoir une belle obole. Bref, la vie de rue est tout autre. Oui, voilà un monde étrange.

Hicham Aboumerrouane

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