Dépêche
Accueil » Société » Encouragés par les signes positifs de l’Etat, les Marocains chrétiens se mobilisent

Encouragés par les signes positifs de l’Etat, les Marocains chrétiens se mobilisent

Une minorité en quête de reconnaissance

Les Marocains chrétiens s’activent. Après une rencontre, début avril 2017, avec le CNDH pour présenter leurs revendications, ils ont adressé une correspondance au nouveau chef du gouvernement Saâd Eddine El Othmani. Objectif, obtenir une reconnaissance officielle et améliorer leur situation.

“Le Département américain  parle d’une dizaine de milliers  de Marocains chrétiens,  mais je pense que  le nombre est largement  plus élevé. Nous représentons près de 1% de  la population du Maroc (300.000, ndlr)”. Pour  Mustapha, porte-parole de la Coordination des  chrétiens marocains, la minorité dont il fait partie  est assez sous-estimée. Et sa situation doit  absolument être améliorée. Pour ce faire, cet organisme  non reconnu s’active de plus en plus.  Il a contacté, mi-avril 2017, le nouveau chef du  gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, pour  le mettre au courant des dernières évolutions.  En effet, début avril, cette coordination avait  rencontré des responsables du Conseil national  des droits de l’Homme (CNDH), afin de présenter  une liste de revendications.

A l’instar des autres questions liées aux libertés  individuelles et aux droits des minorités, le  dossier des chrétiens marocains reste encore  extrêmement sensible. Pour ces derniers, un  long chemin reste à parcourir. Et pour arriver  à obtenir gain de cause, ils préfèrent progresser  lentement, mais sûrement. «Nous avons  plusieurs revendications, mais, pour l’instant,  on se concentre sur le court terme, c’est-à-dire  des demandes clairement logiques et légitimes  facilement réalisables», nous explique M. Mustapha.  Dans ce sens, ils réclament la liberté  d’exercer leur culte dans les églises officielles,  actuellement interdites aux Marocains et réservées  aux étrangers. L’instauration du mariage  civil et l’enterrement dans des cimetières chrétiens  représentent également pour eux une nécessité  urgente. Ils revendiquent aussi la liberté  de donner à leurs enfants des prénoms chrétiens  contenus dans la bible, et que l’éducation  religieuse soit optionnelle et non pas obligatoire  dans l’enseignement.

Revendications urgentes
Mais comment cette minorité a vu le jour, et  comment s’est-elle développée à ce point?  D’après les Marocains chrétiens que nous  avons pu interroger, la vague de reconversions  a gagné en ampleur depuis une trentaine d’année.  Les convertis sont souvent issus de milieux  où la présence de la religion est très forte, ou  ont poursuivi des formations religieuses.  C’est le cas pour Fadi (un pseudonyme), 48  ans, licencié en études islamiques et actuellement  contributeur dans le programme «Marocain  chrétien».

«J’étais très pratiquant. J’allais à la mosquée  dès l’âge de 4 ans, je jeûnais beaucoup même  en dehors du ramadan. Mais avec le temps, j’ai  commencé à me poser des questions sur mes  croyances et les pratiques des musulmans».  Il s’intéresse au christianisme dès 1986, qu’il  choisira comme religion 4 après. Sa famille l’accepte  après une courte période de réticence.  «Mon père m’a dit que dans l’au-delà, Dieu  nous jugera tous». Marié à une chrétienne et  ex-musulmane et père de deux enfants, Fadi  estime que la société constitue le principal  problème à l’heure actuelle. «La nation ou le  groupe prévaut sur l’individu. Dès lors, on nous  impose des règles et des codes auxquels on  n’adhère pas», regrette-t-il. Même son de cloche  du côté de M. Mustapha, converti au christianisme  en 1994 à l’âge de 24 ans. Issu d’une famille très conservatrice, où son grand-père est  imam, il intègre un institut islamique pour des  études de 7 ans après le collège, et milite dans  l’un des plus grands mouvements islamistes au  Maroc pendant 8 ans. «C’est là que j’ai découvert  plusieurs choses et que j’ai décidé d’étudier  d’autres religions.

Communauté soudée
En effet, les chrétiens marocains agissent  en petits groupes dont les membres se  connaissent très bien. Non seulement pour les  réunions et la messe de dimanche, mais aussi  pour les cérémonies. «Nous célébrons les  fêtes chrétiennes comme nos frères à travers le  monde. Des non-chrétiens intéressés peuvent  aussi y assister», affirme Zouhir Doukkali. Ces  groupes se composent généralement de 10 à  20 croyants au maximum, pour ne pas attirer  l’attention, mais aussi pour s’adapter à la capacité  d’accueil de l’endroit qui abrite les célébrations.  «Nous louons des apparentements ou  des villas, car les Marocains chrétiens n’ont pas  le droit de célébrer dans les églises», poursuit  notre interlocuteur. Quant à leur appartenance  confessionnelle, les chrétiens marocains sont  majoritairement des évangéliques, mais préfèrent  se présenter en tant que croyants qui  s’intéressent plus au livre saint qu’aux divergences  confessionnelles. «Bien évidemment,  la différence de confession existe mais elle est  anecdotique, presque symbolique», souligne M.  Mustapha.

A cela s’oppose une grande hétérogénéité au  niveau socio-professionnel. La communauté  des Marocains chrétiens compte dans ses  rangs des médecins, des ingénieurs, des enseignants,  des fonctionnaires, mais aussi des  personnes issues de classes moins aisées.  «Certains vivent dans la pauvreté, mais tiennent  à leur croyance», assure-t-il. Une façon de réfuter  les accusations de manipulation ou de  motivations matérielles qui seraient derrière la  reconversion au christianisme au Maroc. «Les  gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais notre  croyance est basée sur des convictions. Cela  ne nous surprend pas car quand l’autre s’oppose  à toi, il est prêt à tout pour te discréditer»,  rétorque Mouchine, 25 ans, étudiant en médecine,  devenu chrétien il y a à peine deux ans.  Quoi qu’il en soit, un vent d’optimisme souffle  sur cette communauté, grâce notamment aux  signes positifs lancés par l’Etat. Derniers faits  en date, le discours du Roi Mohammed VI le 20  août 2016 à Madagascar, dans lequel le Souverain  a fustigé les lectures extrémistes de l’islam  et a appelé à la tolérance envers les minorités  religieuses. «Ce discours puis la révision par le  Conseil supérieur des oulémas de son avis sur  l’apostasie nous ont encouragés à nous activer  ces derniers temps pour défendre notre cause»,  ajoute Younes, un Marocain chrétien engagé.  Les effets de ce changement sur le plan officiel  commencent à se ressentir depuis plusieurs  années d’ailleurs. Dès 2010, les arrestations de  Marocains chrétiens ont sensiblement baissé.  Hormis quelques cas isolés, comme celui de  Mohamed El Baladi, arrêté en 2011 à Taounat  et condamné à deux ans de prions ferme avant  d’être innocenté en appel.

«Dans le passé, il était littéralement impossible  de s’exprimer. Maintenant, on se réunit  sans se soucier de la surveillance des autorités  », précise M. Fadi. Pour lui, l’enjeu consiste  actuellement à trouver une formule juridique  pour faire reconnaître la minorité chrétienne au  Maorc. Mais la société est en retard par rapport  aux autorités. «Dès qu’on découvre que je suis  chrétien, on me traite de tous les nom: sioniste,  traître, agent à la solde de l’étranger. Il faut que  la société avance pour plus de tolérance envers  l’autre», regrette M. Zouhir.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !