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Elections du 4 septembre : sous le signe de 2016

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Voilà donc, le vendredi 4  septembre 2015, le scrutin  relatif aux élections  locales et régionales. Un  grand rendez-vous, assurément.  C’est le deuxième à être organisé,  après celui législatif du 25 novembre 2011;  et comme lui, il s’inscrit dans le cadre du  chantier institutionnel et politique engagé  par la nouvelle Constitution de juillet  2011. Il va se poursuivre par ceux des  conseils provinciaux et préfectoraux dans  une dizaine de jours et de la Chambre des  conseillers, le 2 octobre 2015.

Comment appréhender cette journée du  4 septembre? Dans quel état d’esprit a-telle  été préparée par les partis en lice? Et  quels en sont les enjeux?  Ce qui doit être pris en considération,  par-delà les résultats des uns et des  autres, c’est bien la question de la participation  électorale. Dans son discours du  20 août 2015, S.M. le Roi a adressé une  forte interpellation à tout le monde: aux  électeurs, en les invitant instamment à  faire le “bon choix” dans l’exercice de leur  droit civique et l’accomplissement de  leur devoir national.

Et leur demandant  également de voter en conscience sans  céder à des promesses irréalistes et à des  slogans creux. Aux partis aussi, en leur  recommandant de parrainer des candidats  réunissant des qualités de probité, de  dévouement et de compétence et ce au  service des citoyens et non pas pour leurs  intérêts personnels. Dans cette même  ligne, le Souverain a tenu à souligner en  particulier que la régionalisation avancée  est une “nouvelle révolution” et qu’elle  participe ainsi d’un nouveau concept de  démocratie qui se veut –et qui doit être–  exemplaire. Plusieurs facteurs, cumulatifs  d’ailleurs, penchent dans le sens d’une mobilisation  en-deçà des objectifs de départ.

Le premier d’entre eux est la persistance  de la circulation de l’“argent sale”. Tout un  marché a fonctionné dans de nombreux  secteurs pour l’achat de voix; ce qui s’est  passé lors de l’élection des chambres  professionnelles nourrit les plus vives  inquiétudes en la matière. La question  des programmes ensuite n’est pas secondaire:  tant s’en faut. Si l’on devait lister de  manière approfondie les propositions des  partis dans les circonscriptions locales, que  trouverait-on? Une addition d’annonces  couplées… à des promesses, lesquelles ne  paraissent pas susciter un grand intérêt des  électeurs.  Depuis toujours, dans notre pratique électorale  de plus d’un demi-siècle –les premières  élections communales ont eu lieu en mai  1960– le vote prend surtout en compte la  personne.

Un fait culturel, sociologique  aussi, en faveur de notables justifiant d’une  assise sociale, d’un réseau et de diverses  solidarités, tribales ou autres. Certes, le  parrainage partisan n’est pas à ignorer mais  il est si peu décisif en dernière instance.  Un autre facteur a pesé sur le climat électoral  des dernières semaines: la place qu’y  occupe la mise en cause des personnes  et des dirigeants de certains partis. La  compétition a été ainsi quelque peu  dénaturée voire même pervertie.

Un  phénomène de polarisation a porté sur  deux points: celui du procès en illégitimité  de tel parti –le PAM en l’occurrence–  dressé par le PJD et son secrétaire  général, Abdelilah Benkirane; et celui  en incompétence invoqué en retour par  Mustapha Bakkoury et les siens accablant  la gestion gouvernementale depuis  plus de trois ans et demi. S’y superpose  un autre front, celui-ci opposant le PJD  et le PI, la cristallisation se faisant sur  leurs responsables respectifs, Abdelilah  Benkirane et Hamid Chabat.

Un mélange de registres s’est ainsi opéré,  mêlant le scrutin du 4 septembre à une  appréhension plus globale du bilan  gouvernemental. Pour les uns, du côté de  l’opposition (PAM, PI, USFP), ce rendezvous  doit consacrer un vote sanction de  ce cabinet. Pour d’autres, de la majorité,  le bilan est encourageant et les électeurs  doivent apporter leurs voix à ce cabinet  –et à son parti surtout… parce que c’est la  continuité des réformes qui est en cause.  Il leur est demandé un vote confirmatif  de celui du 25 novembre 2011, étant entendu  qu’une capitalisation allant dans  ce sens pèserait sur la configuration d’un  autre grand rendez-vous: celui de 2016,  relatif à la Chambre des représentants.  Un enjeu qui sera révélateur de la carte  politique en recomposition et de l’articulation  du système partisan. Au fond,  un calendrier décliné entre 2011 et 2016  avec le 4 septembre comme deuxième  tour et un dernier l’année prochaine.

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