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Quand El Otmani ambitionnait de reconquérir le PJD

Sâad Dine El Otmani ©ph:DR

En 2014, Maroc Hebdo avait rendu visite au nouveau chef du gouvernement, Saâd Dine El Otmani, à son cabinet de psychiatre dans la capitale, Rabat. Cela faisait alors près d’un an jour pour jour qu’il avait quitté son poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. Voici le portrait que nous à l’époque dressé de lui.

Il est midi tapantes. Saâd Dine El Otmani nous reçoit dans son cabinet, rue Amman. «J’ai emménagé ici juste après avoir quitté le ministère», nous informe-t-il.
Le cabinet est assez spacieux. Au-dessus du bureau, trônent plusieurs piles de dossiers mais agencés très soigneusement. Sans doute ceux de ses nombreux patients. Au fil des années, Dr El Otmani est devenu un des médecins psychiatres les plus prisés de la capitale, Rabat. Peut-être en raison de son parcours politique qui, dans le passé, l’a amené à diriger le secrétariat général du Parti de la justice et du développement (PJD), principal parti de la majorité gouvernementale, de 2004 à 2008. Son ancien cabinet, rue Beyrouth, ne suffisait plus à accueillir grand monde.

La poignée de main est correcte. L’homme, dans la vie, est sans doute sympathique, avec ses traits très fins, très avenants, son sourire affable. Mais l’on sent une certaine méfiance dans l’air. Durant son court intermède au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, M. El Otmani aura eu fort à faire, d’après ses dires, avec la presse nationale. «On a écrit tout et n’importe quoi sur moi», sourit-il.
Vendredi 10 octobre 2014, cela fera un an jour pour jour qu’il n’est plus ministre. Beaucoup des suiveurs du fait politique au Maroc avaient alors été surpris de ne pas voir son nom figurer dans la deuxième formule du gouvernement Benkirane adoubée par le roi Mohammed VI. Lui que d’aucuns considéraient comme une des éminences grises de la formation de la lampe.
Abdelilah Benkirane avait dû le « sacrifier » en échange de la participation à l’Exécutif du Rassemblement national des indépendants (RNI), dont le secrétaire général, Salaheddine Mezouar, réclamait instamment le maroquin des Affaires étrangères. M. Benkirane avait par la suite proposé à M. El Otmani de prendre la succession de Lahbib Choubani au ministère des Relations avec le parlement et la société civile, offre que le principal intéressé avait préféré décliner. «Je me suis excusé, en fait», tient-il à préciser, sans citer de nom de portefeuille.

Hautes fonctions
M. El Otmani semble désormais habitué à son quotidien d’ancien ministre. Depuis bientôt une année, son activité de médecin psychiatre reprend petit à petit le pas. Il se rend deux fois par jour à son bureau, du lundi au vendredi, pour être à l’écoute des dizaines de patients qui viennent s’affaler sur le divan de son cabinet.
La consultation se fait uniquement sur rendez-vous, détaille une pancarte. L’agenda, auquel nous jetons un bref coup d’œil, paraît saturé, du moins pour la semaine. Côté politique, M. El Otmani n’est assurément pas sur la touche comme peuvent l’être beaucoup d’anciens préposés aux plus hautes fonctions gouvernementales. Actuellement, il prépare le Conseil national du PJD, dont il est président depuis 2008. Le Conseil est prévu pour le mois de décembre 2014. «Mais il faut toujours s’y prendre très tôt», explique-t-il.

En outre, M. El Otmani anime plusieurs conférences par an, que ce soit au niveau de la jeunesse du PJD (JJD) ou dans le cadre plus solennel de l’université, comme dernièrement, dimanche 21 septembre 2014, à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Mohammed-V au sujet du rôle des institutions éducatives et culturelles dans la consolidation du système de valeurs. Mais son cheval de bataille demeure le Sahara. L’ancien ministre a des opinions très tranchées sur la question. «Je ne crois pas que le contexte international soit en défaveur du Maroc», relève-t-il. «Beaucoup ont dit que les choses pourraient basculer en avril 2015, à l’issue de la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Mais je crois que ce qui pourrait arriver de nouveau, c’est que ledit conseil choisisse de se dessaisir du dossier et que le règlement de la question dépende, dans le futur, de l’Assemblée générale de l’organisation». En mars 2014, lors d’une conférence de la JJD dans la ville de Dakhla, M. El Otmani avait suggéré de renommer les provinces du Sud «Sahara occidental marocain».
La presse avait largement commenté son passage aux Affaires étrangères. Entre autres, M. El Otmani n’aurait pas su faire avec les résistances de certains cadres du ministère. «Au contraire», dément-il. «Tout le monde a été disposé à collaborer dès le premier jour».

L’ancien ministre réfute par ailleurs les tensions qu’on lui a souvent prêtées avec son ministre délégué d’alors, Youssef Amrani, que le premier n’aurait pas été enchanté d’avoir «dans les pattes». M. El Otmani reconnaît même, en réponse à une de nos questions, avoir «quelques fois des contacts» avec M. Amrani, nommé, depuis, chargé de mission au Cabinet royal. Les deux hommes s’étaient notamment rencontrés lors de la remise, en mars 2014, des Trophées de la diplomatie publique, organisés chaque année par la Fondation diplomatique et dont la conférence a cette année 2014 été présidée par M. El Otmani « himself ».
Opposition critique

En 2016 doit se tenir le VIIIe congrès ordinaire du PJD. A cette date-là, Abdelilah Benkirane ne pourra pas se représenter pour un troisième mandat, lui qui dirige le parti depuis 2008 et avait été réélu en 2012. Les statuts de la formation islamiste l’interdisent. M. El Otmani serait avec l’actuel ministre d’Etat Abdellah Baha le candidat le plus crédible alors. Quoique cela ne dépende pas uniquement de lui. «Je ne peux pas vous dire que je souhaite prendre les commandes du parti, tout simplement parce que c’est au niveau du Conseil national, qui recourt au vote secret lors de la procédure, que cela se décide». Mais serait-il prêt à succéder à M. Benkirane si jamais les membres du Conseil national venaient à lui accorder leur confiance? «Oui», comme réponse. Sans autres commentaires. M. El Otmani considère avec plus de recul l’expérience du PJD au gouvernement. Contrairement aux dires de l’opposition, l’Exécutif ne serait pas en proie à des dissensions, croit-il savoir. «Il est normal que quelques contradictions voient le jour», expose-t-il. «Même quand certains ministres paraissent s’opposer au ministre de l’Intérieur au sujet des élections communales de 2015, il s’agit d’un phénomène très sain. Cela signifie que nous discutons».

L’ancien ministre réinvente, au passage, la fonction de Chef de gouvernement. L’Exécutif serait, d’après lui, le gouvernement dans son ensemble. Peu importe qu’un ministre soit en conflit avec son supérieur hiérarchique direct. La logique est implacable. «Notre vrai problème, c’est que nous n’avons pas en face de nous une opposition critique», conclut-il. Comme quoi tout ancien diplomate qu’il est, M. El Otmani ne garde plus sa langue dans sa poche quand il s’agit de son parti.

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