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El Othmani bloque toujours la réforme du régime de change

Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib.

Les révélations de Abdellatif Jouahri sur la flexibilité des changes et la concurrence bancaire

Les raisons du report de la flexibilité des changes, l’intégration du Maroc à la CEDEAO, concurrence entre les banques, réserves en devises, croissance économique… Autant de points épineux sur lesquels le Wali de Bank Al Maghrib a fait des révélations.

Mardi 19 décembre 2017. Près de six mois après, le wali de Bank Al Maghrib a tiré au clair certaines zones d’ombre au sujet de la mise en veilleuse du projet de réforme de change, lors d’une rencontre avec la presse, à l’issue du conseil trimestriel de Bank Al Maghrib consacré à la politique monétaire. Abdellatif Jouahri a ôté d’une main le doute qui régnait sur la date précise de l’entrée en vigueur de flexibilisation des changes: elle était initialement prévue le samedi 1er juillet 2017. Exactement à l’issue d’une campagne de communication menée auprès des représentants de banques, du patronat, des Marocains résidant à l’étranger, des bureaux de change et des organismes publics comme l’OCP ou encore MASEN. M. Jouahri a donné même une explication au pourquoi du report. Tout s’est déroulé pendant les 48 heures avant la date prévue de son entrée en vigueur.

Une réforme progressive
Il y a eu d’abord la sortie de montants élevés en devises par rapport aux chiffres habituels du commerce extérieur, entre mai et juin, de peur d’une dépréciation importante du dirham. Pour la première fois, on découvre que les sorties ont atteint l’équivalent de 45 milliards de dirhams. Cette appréhension injustifiée de certains opérateurs économiques a été encouragée par certaines banques de la place. La réaction de la banque centrale n’allait pas tarder. Une réunion a eu lieu avec les banques et l’Office des changes pour préciser ce qui est permis en matière de couvertures et ce qui ne l’est pas, soit les opérations non adossées à des transactions commerciales réelles et non à de la spéculation. Ce qui est malheureusement survenu. Suite à cela, il y eut une réunion entre le Wali de Bank Al Maghrib et le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, à l’issue de laquelle ce dernier a demandé un temps de grâce pour examiner la question. L’attente d’une réponse dure à ce jour.

Entente bancaire?
Le report a été donc décidé par le gouvernement, signifie A. Jouahri. Comme pour signifier qu’il ne peut dépasser ses prérogatives, M. Jouahri a rappelé que les statuts de la banque centrale prévoient que les décisions techniques sont du ressort de Bank Al Maghrib et que la décision politique revient au gouvernement, après consultation de la banque centrale. Bref, quelle nouvelle date a été fixée à l’entrée en vigueur de ce projet? Aucune, pour l’heure. «Le choix de la date appartient au gouvernement. Ce que je peux dire, c’est que les conditions techniques sont réunies et que la réforme sera opérée d’une manière progressive, et étalée sur 10 à 15 ans», a-t-il lancé. Mais quand? Il faut demander à El Othmani.

«Elle est nécessaire et a été appuyée par le FMI. Elle permettra de soutenir la compétitivité de l’économie marocaine et d’accompagner l’expansion économique marocaine en Afrique», ajoute-t-il. Contrairement au Maroc, les autres pays, comme l’Egypte, l’ont mise en oeuvre de manière brusque, en une fois, sans préparation préalable et sans que les conditions macroéconomiques ne soient réunies, sans oublier qu’ils faisaient face à une situation de crise de change. La rencontre avec le wali de Bank Al Maghrib a été intéressante en révélations, à plus d’un titre. Car sous un autre registre, et au cours du mois de septembre 2017, l’on apprend que des banques ont saisi la banque centrale au sujet d’une concurrence désordonnée, un avilissement des conditions de crédit et l’existence de risques de taux.

Ce qui s’est passé, c’est que Jouahri a tenu une réunion avec le GPBM le 30 novembre durant laquelle il a souligné la décision de la banque centrale de procéder à des vérifications dans le cadre des contrôles de place au sujet de l’absence d’accord entre les banques sur les conditions de crédit, autrement dit l’absence d’une entente maquillée entre les banques sur les conditions d’octroi de crédit. Une affaire à suivre. De retour à la politique monétaire, qui était à l’ordre du jour de la 4ème réunion trimestrielle au titre de 2017 du Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), le Wali de la banque centrale a décidé de maintenir inchangé son taux directeur à 2,25%, compte tenu des évolutions récentes de la conjoncture économique et des projections macroéconomiques de BAM pour les deux prochaines années. Il demeure approprié au vu du coût soutenable de la vie et du crédit.

La croissance économique, elle, devrait ressortir à 4,1% pour l’ensemble de l’année 2017, avant de ralentir à 3% en 2018 et s’accélérer à 3,6% en 2019, selon les projections de Bank Al-Maghrib. «Au niveau national, la croissance s’est établie à 4,2% au deuxième trimestre, portée par une bonne campagne agricole. Elle devrait ressortir pour l’ensemble de l’année à 4,1%, avec un rebond de 14,7% de la valeur ajoutée agricole», a expliqué le wali de la banque centrale. Dans l’hypothèse de campagnes agricoles moyennes, la croissance globale ralentirait à 3% en 2018 avant de s’accélérer à 3,6% en 2019. Une prévision réaliste qui devrait être confirmée ou infirmée par les aléas climatiques, moins prévisibles.

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