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El Aarbi El Harti, directeur du cycle Cinéma et Droits de l’Homme

El Aarbi El Harti - © Ph : DR

El Aarbi El Harti – © Ph : DR

Maroc Hebdo: Quel bilan faites-vous de la 3ème édition du cycle Cinéma et Droits de  l’Homme “Après Tanger, le Maroc, aujurd’hui”, organisé en Colombie?
El Aarbi El Harti :
A l’Association Art et Dignité en action (ARTEDEA) et au Centre  d’Action Interculturelle Universitaire Citoyenne (CAPAIUC), nous sommes  plus que satisfaits et ce pour plusieurs raisons. Grâce à l’implication  extraordinaire du CNDH et de sa présidence, nous avons pu, en tant  qu’ONG, mobiliser beaucoup de personnes et d’institutions marocaines  et colombiennes autour d’une même ligne éditoriale: le cinéma marocain  de ces dernières années comme un récit pluriel et polyphonique du Maroc  d’aujourd’hui. Un pays qui fait de sa transition démocratique une démarche  politique, sociale, économique et culturelle constante, continue et sereine,  malgré les difficultés et la complexité du contexte politique de la région.

Quel est le but de cette démarche?
El Aarbi El Harti:
Cette démarche donne à notre action une très grande  légitimité. Nous sommes convaincus que le Maroc a beaucoup d’histoires  intéressantes à raconter au monde. En plus, nous, en tant que société, nous  avons besoin de vivre ce récit, une et mille fois: nous ne devons pas oublier  le chemin fabuleux que nous avons entrepris vers l’avenir, et ce pour rejeter  toute tentation réactionnaire. L’ouverture est notre capital précieux dans la  complexité des nations.

Comment les Colombiens ont-ils accueilli les films  marocains?
El Aarbi El Harti:
Le cycle a été accueilli par le  peuple colombien et son gouvernement de  manière très généreuse et hospitalière. Ce  qui aurait pu être un élément exotique  s’est transformé en curiosité et agitation  intellectuelle sur le Royaume du Maroc,  pour finir dans une belle réflexion  croisée sur nos histoires présentes.  L’événement a duré 15 jours et s’est  déroulé, à Bogota et à Medellín,  dans plus de 25 centres culturels  et salles de cinéma, impliquant le  ministère de la Culture colombien, la  Cinémathèque de Bogota, les mairies  de Bogota et Medellín, les universités Utadeo et Antioquia, les institutions  colombiennes des Droits de  l’Homme, etc.

Est-ce que l’événement a été  médiatisé en Colombie?
El Aarbi El Harti:
La presse  colombienne nous a choyés avec  plus de 67 parutions. “El Tiempo”, le  quotidien le plus influant de Colombie,  nous a consacré deux articles. Notre  page Facebook a touché plus de 11  millions de personnes. Nous sommes  heureux d’avoir fait briller le Maroc et  sa culture democratique sous les cieux  colombiens. Nous sommes revenus  avec deux conventions signées entre  les universités Mohamed V de Rabat,  Utadeo et Antioquia. Nous sommes  partis pour rester…

Parlez-nous de la genèse de cette  manifestation et de ses objectifs…
El Aarbi El Harti:
Nous avons  commencé notre périple à Madrid  et Barcelone, en nous associant  avec la Fondation Sgae, la Filmoteca  de Cataluña et plusieurs ONGs  espagnoles des droits de l’Homme.  La vérité, nous craignions la réaction  du public, parce que nous pensions  que le modèle d’action et son format  pouvaient être interprétés comme  une provocation: le Maroc parlant  des droits de l’Homme en Espagne. La  réponse des Madrilènes, en 2014, et  des Barcelonais, en 2015, surtout de  la presse, toute la presse espagnole,  nous a confortés dans nos convictions  profondes: rien ne peut aller à  l’encontre du travail bien fait, engagé  avec les idées et valeurs nobles et à  l’écoute de l’intelligence de l’Autre.  “El Pais”, par exemple, en 10 jours,  nous a consacré deux pages. L’amour et le respect se gagnent à coup d’effort  et de constance et de persévérance,  et aussi grâce a l’exploit intelligent  d’idées crédibles et viables.

Qu’est-ce qui a justifié le choix de la  Colombie pour l’édition 2015?
El Aarbi El Harti: En réalité, la Colombie  fait partie d’un programme plus  complexe, incluant le Chili, le Mexique  et le Brésil, ainsi que d’autres pays.  Les pays du Sud doivent parler entre  eux et faire de leurs expériences un  paradigme d’échange nouveau. La  société civile doit être présente et active  dans cette dynamique. Néanmoins, la singularité de la Colombie réside  dans les parallélismes qui la lient à  l’histoire présente du Maroc: nous  sommes deux pays émergents d’un  point de vue économique et social.  Nous connaissons un processus  démocratique constant et continu.  Nous sommes des pays politiquement  stables dans des régions qui ne le sont  pas et nous avons des processus de  réconciliation nationale ouverts. Le  Maroc a acquis une large expérience  dans la justice transitionnelle  susceptible d’être partagée avec  nos amis les colombiens, etc. Et le  plus important: la Colombie est un  pays merveilleux et un vrai chantier  démocratique, social, économique et  culturel, dont l’expérience nous est  utile.

Sur quels critères s’est faite la sélection  des films marocains qui ont participé à  cette édition?
El Aarbi El Harti:
Les films sélectionnés  émanent de l’expérience politique et  culturelle coïncidant avec l’avènement  du Roi Mohammed VI et l’émergence  d’un nouveau regard sur l’art, en  général, et spécialement sur le  cinéma, qui, sans le vouloir, constitue  un excellent corpus sociologique de ce  qui se passe au Maroc. Cet univers réel  est raconté à travers le regard lucide,  libre et esthétique d’une génération  de réalisateurs décomplexés, dont  l’engagement professionnel dépasse la pure distraction. Ils veulent, à vrai  dire, nous défier à penser.

Quelle image de la société marocaine  reflètent les films marocains  sélectionnés?
El Aarbi El Harti:
L’image d’un pays  en mouvement, vivant, dynamique,  réel, dont une partie de la société est  prête à assumer ses contradictions et  asymétries pendant que l’autre partie  regarde ailleurs, sous des prétextes  d’ordre moral. Pour avancer, nous  sommes éthiquement obligés de  saisir notre image avec ses beautés et  laideurs. Nous devons analyser l’idée  que nous avons de nous-mêmes. J’ai  l’impression que la connaissance que  nous avons sur nous-mêmes est très  déficiente.

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