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La grippe porcine continue de jouer avec les nerfs du public. Le virus se manifeste dans tel endroit, dans tel groupe social, puis disparaît pour apparaître ailleurs. Il devient pratiquement insaisissable, en tout cas imprévisible tellement il est capricieux. Pire, il se cache derrière les symptômes d’une bronchite ordinaire, ou d’un banale coup de froid, comme pour mieux attaquer son malheureux receveur. C’est ce qu’il nous fait subir depuis des mois, avec un fort accès d’inquiétude ces dernières semaines.
Des cas sont suspectés et pistés à Casablanca, Rabat et Fès. Cette fois, c’est sur la population scolaire que le virus a jeté son dévolu. Du coup, la peur s’empare des esprits. L’instinct parental réagit avec une émotion incontrôlable. On hésite à envoyer ses enfants à l’école. (voir l’article de Dalal Saddiqi, pages 44-46).
Au début de l’alerte, les préposés à la santé publique se sont montrés peu loquaces. C’est pour ne pas pousser à la panique, disait-on. Résultat inverse, quasiment aux antipodes de ce naturel souci paternel. Lorsque les responsables concernés sont montés au créneau, à tous les journaux télévisés de la journée, pour avouer un peu et beaucoup rassurer, le rattrapage était tardif et laborieux. Le public les observait d’un œil goguenard, du genre faut-il les croire?
Cette expérience aura, tout de même, permis de vivre une répétition presque grandeur nature de ce qui peut arriver à n’importe quel moment. Comment faire lorsque l’épidémie se répandra à la vitesse grand V, sur fond de psychose collective? Sommes-nous préparés à cette éventualité très plausible? Dans l’hypothèse du déclenchement d’une pandémie déjà confirmée, serions-nous en mesure de l’endiguer à nos frontières, surtout que nous sommes, par vocation séculaire, un pays ouvert sur le monde extérieur? Nous avons bien pu contenir des grippes d’un autre type; celle de la volaille, dite aviaire; puis le prion de Creutzfeld Jacob, communément appelé “vache folle”; pourquoi pas celle-ci, même si elle a, par rapport aux précédentes, la particularité de se transmettre d’homme à homme?
Depuis les premiers signes avant-coureurs, au plan international, madame la ministre, Yasmina Baddou, a multiplié les réunions dans son département. Des veilles régionales ont été créées, chapeautées par une coordination nationale et une cellule de suivi scientifique. L’unique parade médicamenteuse existant, ainsi que les masques de protection, ont été acquis à hauteur, respectivement, de deux et trois millions d’unités. Pour le vaccin, la commande a été passée auprès des multinationales pharmaceutiques, mais pas de date de livraison. On ne sait pas, non plus, si la quantité sera suffisante pour répondre à un maximum de demandes, à savoir des millions de doses.
Bref, ce ne sont pas les compétences médicales qui nous manquent, ni même le désir de faire pour le mieux, au niveau de l’encadrement administratif. Ce sont les structures hospitalières qui laissent à désirer, pour employer un doux euphémisme. Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, le Maroc ne dispose que de 130 hôpitaux. Et dans quel état! Le constat est affligeant. Le déficit à rattraper est immense. Pour en être là, il aura fallu beaucoup de manque de volonté politique, sur plusieurs décennies. Là aussi, le rappel à l’amère réalité nous a été, tout récemment, infligé. Dès l’apparition des premiers cas alarmants, dans les milieux scolaires, il y a eu une ruée vers les centres de soins. À Casablanca, seul l’hôpital Moulay Youssef, dans l’ancienne médina, était prévu en cas d’urgence.
Il a été rapidement débordé. Son personnel, qui ne savait plus où donner de la tête, conseillait de prendre les précautions et les médicaments nécessaires… à domicile. Mais comment stériliser son chez soi, protéger tous ceux qui y habitent et mettre en quarantaine le malade! Mission impossible.
L’impréparation était manifeste. On s’est peut-être dit, avec moins de 400 cas déclarés, en tout et pour tout, pas la peine d’en faire trop. De toute façon, on a juste les moyens de parer au plus urgent, pas pour une mise à niveau des infrastructures et des équipements sanitaires. Ce genre d’attitude, face à la menace d’épidémie en embuscade, pourrait se transformer en arme de destruction massive. Toute
l’urgence est là.
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