Édito par M. Sehimi

 

Évidemment, ce n’est pas la joie dans le monde de la presse, mais plutôt de la tristesse: une publication qui cesse de paraître après une bonne dizaine d’années ne pousse guère à un autre état d’esprit. Le Journal Hebdomadaire, puisque c’est de lui qu’il s’agit, c’est donc fini depuis mercredi 27 janvier 2010. En tout cas, comme expérience institutionnelle sous cette forme-là, il n’a plus la possibilité de poursuivre. Peut-être qu’autrement, une nouvelle vie l’attend –c’est ce qu’on peut lui souhaiter.
Créé en 1997, dans un contexte bien particulier et dans des conditions connues de tous, il entendait occuper, pratiquement à titre hégémonique sinon exclusif, une fonction à nulle autre pareille. Laquelle? L’interpellation de tout le monde: personne ne trouvait grâce à ses yeux –ni la gauche, ni le “Makhzen”, ni les institutions, ni personne. Au nom de la liberté d’expression, il poussait ses dénonciations sans limites, souvent diffamatoires, se forgeant une ligne de “politiquement incorrect” qui, par bien des traits, n’était devenu qu’un nouvel avatar d’un conformisme et d’une rigidité ne supportant pas, ni ne voulant voir la complexité des faits. Il évacuait ainsi les multiples aspects d’une transition démocratique sans doute brouillonne, ébouriffée, mais qui, en termes de séquence historique, n’en engrangeait pas moins des avancées et des acquis.
Pourquoi une telle obstination se nourrissant d’elle-même? Un égo surdimensionné, mâtiné naturellement de narcissisme, n’est sans doute pas à écarter. Cet hebdomadaire pensait qu’il était le seul à dire vrai, reléguant dans le tiroir des renoncements et des opportunismes tout le monde, acteurs de la politique, de l’économie, des finances et des médias, toutes tendances confondues. Un dépit personnel aussi, décliné différemment suivant le profil des membres de sa direction.
Bref, sur la base d’un rôle autoproclamé de vigie d’un Maroc Nouveau dont il pensait avoir la seule bonne recette, Le Journal Hebdomadaire s’était autoproclamé tant dans le champ médiatique que politique comme l’expression et le vecteur d’une fonction mal assumée par tous. Mais, sans y prendre garde, il était devenu pratiquement otage de cette posture, gérant et psalmodiant des clichés éligibles à un discours décalé et qui n’était plus audible ni même crédible. Par habitude, on continuait donc à le lire sans risque d’être surpris ni intéressé par sa livraison…
Péremptoire sur tout, ce journal entendait se situer, en tant qu’entreprise de presse également, dans un espace off-shore: il ne réglait pas ses charges légales, notamment à la CNSS, à qui il doit plus de 7 millions de dirhams. Et aussi aux impôts, aux banques et aux divers fournisseurs… Il est aujourd’hui attrapé par une dizaine d’années d’arriérés: c’est par voie judiciaire que les créanciers ont obtenu des mesures conservatoires.
Telle est la loi et personne ne peut prétendre se situer au-dessus d’elle. Parler de mise au pas d’une publication est une contre-vérité. Se réclamer de la liberté d’expression pour contester le bien-fondé de la cessation de cet hebdomadaire, c’est une escroquerie pure et simple tant sur le plan intellectuel que politique. Et les recycleurs habituels d’une vulgate prétendument “progressiste” seraient bien inspirés de trouver d’autres chevaux à enfourcher pour espérer être entendus un jour. n