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Échec du système éducatif, Nos enfants en péril

Les parents devront payer pour un enseignement public défaillant, malade de ses apprentis réformateurs.

La question de l’enseignement n’est plus ce marronnier qui n’accapare notre attention qu’à la rentrée des classes. On y plonge en immersion temporaire, puis on passe à autre chose. La grosse machine de l’Éducation nationale continue à tourner dans le vide, en roue libre. Désormais, la problématique de l’enseignement, dans ses manifestations multiples et catastrophiques, habite les familles, du moment qu’il y va de l’avenir brumeux de leurs progénitures.

Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, dans sa 13ème édition ouverte le jeudi 18 janvier 2018 à Rabat, est venu nous rappeler que les pouvoirs publics ne peuvent s’en laver les mains. Son onde de choc est trop vaste et trop forte pour passer par pertes et profits. À tel point qu’elle pourrait tout emporter sur son passage.

Équité scolaire !
Omar Azziman, président de cette institution, a précisé que cette session sera consacrée, dans un premier temps, à la contribution que peut apporter un système éducatif réformé au réajustement du modèle de développement marocain, qui a atteint ses limites. C’est en gros l’appel lancé par S.M. le Roi, le 13 octobre 2017, à l’ouverture de la nouvelle session parlementaire. Le changement de cap est au programme. Quant à savoir dans quelle direction, disons que cela se joue sur la nature du libéralisme qui se met en place, débridé ou sous contrôle. Pour le moment, le Conseil de Azziman estime qu’il n’y a pas de raison pour que l’école, en premier lieu, reste à l’écart de cette dynamique.

Comment amarrer l’école au caractère impératif de ce mouvement d’ensemble? La réponse est venue d’une structure interne du Conseil; l’Instance nationale d’évaluation de l’éducation, que dirige Rahma Bourquia. La directrice a présenté son propre rapport. Le thème choisi annonce la couleur. Il s’agit du rapport de l’école aux inégalités sociales et à l’équité scolaire. La relation entre les deux relève quasiment de l’imbrication mécanique de cause à effet. Il est clairement dit que l’école non seulement reproduit les inégalités existantes, mais elle les aggrave. Autrement dit, qu’ils terminent ou pas le processus éducation- formation, ceux qui y entrent pauvres, en sortent encore plus pauvres.

Stratification sociale
À l’innocence infantile succède l’amertume juvénile. Le même parcours est valable pour les enfants de riches. On a souvent dit que l’école était réfractaire à toute tentative de réforme; sans distinguer le pourquoi du comment. Depuis, il s’est avéré que l’école était surtout malade de ses réformateurs attitrés. Chacun voulait y laisser une empreinte de pure démagogie, en prenant garde de ne pas y mettre sa propre progéniture.

Les effets sur la stratification sociale sont graves. Au rythme actuel, ils poussent vers un tassement de la pyramide sociale par le bas. L’époque où l’école était un ascenseur social apparaît, valeur aujourd’hui, comme des années fastes du Maroc fraîchement indépendant. Cette régression s’est évidemment accompagnée d’un dépérissement de l’école publique.

La cause est plus une question d’orientation politique que d’une pression démographique. La réalité étant têtue, Mme Bourquia aboutit pratiquement aux mêmes déductions. Sauf qu’elle parle de l’école marocaine comme s’il s’agissait d’une entité indistinctement uniforme. Il est révolu le temps où fils de pauvres et fils de riches partageaient les mêmes bancs des mêmes écoles. Depuis quelques décennies déjà, c’est chacun son école. L’idée du chacun pour soi est inculquée dès les toutes premières classes. Une compétition inégale où le vainqueur est désigné d’avance, sauf exception rarissime.

Une voie sans issue
Le fossé entre ces deux types d’écoles s’approfondit. L’équité linguistique est évoquée à juste titre, car dans l’enseignement privé l’initiation aux langues étrangères et à l’informatique commence dès la maternelle; suit une pédagogie différenciée, presque personnalisée. Du moment que le préscolaire n’existe même pas dans l’enseignement public, l’affaire est entendue.

Comparaison n’est pas raison. Malgré les augmentations substantielles à chaque rentrée des classes et des mensualités constamment en hausse, les écoles huppées ne sont plus l’apanage des enfants de milieux nantis. Les parents appartenant aux classes moyennes qui fuient l’école publique se privent pour y mettre leurs enfants. Dans l’imaginaire du public, mais aussi quelque part dans la réalité, l’école privée est synonyme de réussite dans le processus scolaire et dans la vie. Quant à son vis-à-vis du secteur public, il est définitivement perçu comme une voie sans issue, porteuse d’échec.

Une interface sans appel de deux réalités irréconciliables. Contre toute attente, Mme Bourquia pense que pour réaliser l’équité sociale recherchée, il faut dissocier les inégalités sociales des inégalités scolaires. Drôle de cheminement intellectuel où pour atteindre un objectif donné, il faudrait prêcher son contraire. Un défi à la pensée dialectique. À la vérité, tout a été dit à propos de l’état de décomposition avancée d’une école publique moribonde et d’un système éducatif en faillite. Le registre du descriptif a été amplement mis à contribution et finalement épuisé. L’indignation aussi. Tous les qualificatifs ont été utilisés.

La gratuité intouchable
Le constat étant établi, il fallait bien passer à la rubrique des solutions. Dans l’un de ses discours devant le parlement, S.M. le Roi avait appelé à cesser de ressasser sans fin les problèmes que connaît tel ou tel secteur d’activité. Il est temps de passer aux propositions de dépassement de manière réaliste et faisable. Mme Bourquia s’y est un peu essayée en proposant une rallonge d’une scolarité obligatoire fixée de 4 à 15 ans; avec une «amélioration du soutien social». Au niveau des programmes, elle préconise l’adoption «d’un socle commun des connaissances».

L’objectif annoncé est celui d’un enseignement de qualité dans une école publique réhabilitée, à même de produire de la mobilité sociale et de contribuer au développement économique du pays. Reste à savoir avec quels moyens disponibles réaliser cette ambition. Cela ne saurait se faire à coût constant pour un département réputé budgétivore. Une raison suffisante pour que soit décrétée la fin de la gratuité de l’enseignement public. Les modalités d’accompagnement destinées à adoucir le choc d’une telle perspective n’ont pas rassuré. La gratuité de ce service public est, plus que tout autre, considérée comme intouchable. Un acquis historique qui vole en éclat à une époque où il faut avoir les moyens d’un enseignement de qualité. Et un smig éducatif; désormais payant, pour la foultitude d’enfants d’un même pays. Autant de générations sacrifiées. Dans les milieux politiques, c’est carrément la panique.

Adoucir le choc
On se dérobe comme on peut. Le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, n’a pas attendu que ses ministres se servent de leurs structures partisanes et de leurs organes de presse pour lui fausser compagnie sur la pointe des pieds sur une question aussi socialement brûlante. Il a été le premier à quitter le navire en renvoyant la balle dans le camp du Palais royal, sous prétexte que c’est au conseil des ministres que revient la lourde tâche de statuer sur ce genre de sujet. Certains nouveaux ministres, à peine installés le mardi 23 janvier 2018, subiront leur première mise à l’épreuve, à titre de baptême de feu.

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