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Un drame humain qui passe sous silence

GUERRE SAOUDIENNE AU YÉMEN

Plus de 10.000 civils, dont de nombreux enfants, sont morts sous les coups des frappes saoudiennes au Yémen depuis mars 2015.

L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018, dans le consulat de son pays à Istanbul n’a sans doute pas fini d’accabler Riyad. Cette dernière, qui a enfin reconnu le 25 octobre la nature «préméditée» du meurtre par la voix du procureur général d’Arabie saoudite, Saud al-Mujib, se trouve au centre de l’attention internationale et voit, du même coup, les nombreux cadavres traînant dans ses placards apparaître au grand jour.

C’est notamment le cas de la guerre qu’elle mène depuis mars 2015 au Yémen contre les rebelles chiites houthis soutenus par l’Iran, qui en soi est plutôt un secret de polichinelle puisque la communauté internationale avait choisi de détourner le regard, bien que la pire crise humanitaire au monde s’y déroule selon les propres mots de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Des motivations justes
Ces trois dernières années, ce sont plus de 10.000 civils, dont de nombreux enfants, qui sont morts sous le coup des frappes saoudiennes. En elle-même, la guerre a des motivations justes et était venue mettre un coup d’arrêt aux velléités de l’Iran de déstabiliser les pays arabes sunnites, comme l’illustre l’implication de Téhéran jusqu’au conflit du Sahara marocain par le biais de l’organisation chiite libanaise du Hezbollah -chose qui avait amené Rabat à rompre, le 1er mai 2018, ses relations avec la capitale iranienne. C’est d’ailleurs la raison qui avait poussé le Maroc à prendre part au départ au conflit, d’autant que le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi avait lui-même appelé à une intervention dans son pays après s’être réfugié en Arabie saoudite.

Un aviateur marocain, Yassine Bahti, avait même payé de sa vie en mai 2015 l’engagement du Royaume au sein de l’Alliance islamique militaire pour le combat contre le terrorisme, lancée à l’initiative de et menée par l’Arabie saoudite. Dans son déroulé, la guerre du Yémen a, par contre, pris une allure de Viêt Nam saoudien, tellement les houthis n’ont pas voulu en démordre.

Détérioration dramatique
On se retrouve aujourd’hui, après toutes ces années de conflit, dans une situation qui n’a finalement que peu changé au plan politique, mais qui à d’autres niveaux a connu une détérioration dramatique. Selon l’ONU, 75% de la population, soit 22 millions de personnes, ont besoin d’aide et de protection, dont 8,4 millions sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent.

Les Etats-Unis, qui ont soutenu les opérations saoudiennes au Yémen aussi bien au plan militaire, avec notamment le travail de renseignement depuis leur base de Camp Lemonnier à Djibouti, que diplomatique au niveau du Conseil de sécurité, ont, dans le sillage de l’affaire Khashoggi, demandé à leurs alliés de Riyad d’ouvrir dans les trente jours les négociations avec les houthis afin de mettre au plus vite fin au conflit. L’objectif est, selon le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, que «les frappes aériennes de la coalition [cessent] dans toutes les zones peuplées du Yémen », selon son communiqué du mardi 30 octobre 2018.

Camouflet pour Riyad
Les houthis devront bien évidemment arrêter les tirs de missiles et de drones en direction de l’Arabie saoudite mais aussi des Emirats arabes unis, engagés en première ligne dans la guerre aux côtés de leur voisine, et accepter de s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement légitime de Sanaa, alors même qu’ils avaient refusé une invitation dans ce sens de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Martin Griffiths, pour se réunir à Genève début septembre. Il s’agit néanmoins d’un camouflet pour Riyad et surtout pour le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salman, tenant de la ligne dure et qui refusait jusqu’ici d’entendre parler de tractations. La France semble également sur le point de se désolidariser de son allié saoudien après que la ministre des Armées française, Florence Parly, a déclaré ce 30 octobre sur la chaîne de télévision français BFM qu’«il est plus que temps» que le conflit s’arrête. Elle pourrait suivre les pas de l’Allemagne qui, huit jours plus tôt, avait annoncé la suspension de ses ventes d’armes en direction de l’Arabie saoudite, sachant que les ventes allemandes en la matière avaient atteint depuis le début de l’année quelque 416 millions d’euros. Riyad a donc bien du mouron à se faire.

Pour ce qui s’agit du Royaume, il semble garder la position exprimée par le Roi Mohammed VI au premier sommet Maroc- pays du Golfe, considérant que la sécurité et la stabilité des pays bordant le golfe Arabique étaient indissociables de sa propre sécurité et que ce qui leur portait préjudice l’affectait aussi et que ce qui le touchait les touchait également.

Négociations refusées
Cette position avait en tout cas été réitérée par le Souverain dans le message qu’il avait adressé au roi Salman suite aux tirs de missiles houthis ayant visé dans la nuit du 25 au 26 mars 2018 Riyad, et ce même si des tensions existent du fait du refus de Rabat de suivre la démarche saoudienne de rompre ses relations avec le Qatar depuis juin 2017 sur fond de concurrence régionale pour la domination de la scène moyen-orientale. L’Arabie saoudite devra quoi qu’il en soit changer son fusil d’épaule, sauf à être résolue à courir à sa perte.

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