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Ce dont Mehdi Echafî est le nom

WISSAM EL BOUZDAINI

Un an depuis le discours du Trône du 29 juillet 2017

Personnages exceptionnels au Maroc, ils finissent happés par la médiocrité ambiante.

Dans une autre vie, Mehdi Echafî aurait pu se la couler douce à Genève, Bruxelles ou dans quelque autre ville de l’autre rive de la Méditerranée. Mais Mehdi Echafî est fou. Ou plutôt est-ce un homme de devoir. Après l’obtention de son diplôme de médecine, ce pédiatre aux faux airs de Dr Ross, le personnage de la série Urgences joué par George Clooney, a choisi d’exercer dans le public.

On disait ses pairs des rapaces avides du moindre centime traînant dans les poches de leurs patients, pour ne pas dire clients? Eh bien il allait balayer cela d’un revers de bistouri. Médecine pouvait après tout, même sous nos cieux réputés peu cléments, rimer avec valeurs et intégrité. Ou du moins c’est ce qu’il croyait. Car depuis, Mehdi Echafî est redescendu sur terre, rattrapé par la réalité d’un pays qui, tout compte fait, ne le méritait pas. Après avoir tant dénoncé la corruption qu’il avait rencontrée à l’hôpital provincial de Tiznit, où il avait été muté quelques mois auparavant en provenance de celui de Guelmim, c’est lui qui, finalement, se retrouve au centre des accusations, étant notamment poursuivi pour diffamation à l’encontre de ses supérieurs.

Vous y croyez? Pour ceux qui ne se voilent pas la face, cette histoire qu’on croirait tout droit sortie d’une pièce de Samuel Beckett n’est, hélas, pas pour les surprendre. La justice, qui devait rendre son verdict ce mercredi 1er août 2018, pourrait très bien, bien sûr, innocenter le jeune homme, et on le lui souhaite bien sûr car il faut quand même garder l’espoir que les choses, à la longue, changent. Mais encore? Cela va-t-il suffire pour donner aux vertueux de nos concitoyens l’envie de se battre? Car des Mehdi Echafî, notre pays en compte certainement des milliers; c’est par la force des événements que lui, spécifiquement, a été projeté sous la lumière. Je pourrais citer ce policier de circulation célèbre dans la ville de Salé pour n’avoir jamais touché un bakchich de toute sa carrière et qui en même temps se donne comme personne dans son travail, ou encore cette tante enseignante qui a toujours refusé de travailler dans le privé car pour elle c’était du temps et de l’énergie en moins à consacrer à celles et ceux qu’elle qualifie d’«enfants du peuple». Et j’imagine que chacun de vous connaît personnellement des gens qui, consciencieusement, font leur travail et ne prétextent pas la prière ou que sais-je encore pour s’absenter.

Mais malheureusement, ces exemples font figure de monnaie rare, et là où ailleurs ils sont la norme, nous paraissent exceptionnels dans notre environnement marocain. Beaucoup finissent même, quand ils n’ont pas l’opportunité comme Mehdi Echafî de pouvoir plier bagage à leur guise, par être happés par la médiocrité ambiante. Au grand malheur du Maroc. Ironiquement, cette période de l’année coïncide avec le passage d’un an depuis le discours du Trône du 29 juillet 2017, où le roi Mohammed VI avait appelé l’administration à se mettre à niveau. Ribambelle de mesures fut, comme on peut l’imaginer, adoptée par le gouvernement, dès lors que cela allait dans le sens de l’esprit du temps, et puis plus rien; aux oubliettes les promesses de changement. Mehdi Echafî et cie devront, en attendant que l’actualité se rappelle à eux, ronger leur frein…

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