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Discours sur la réforme

Mustapha Sehimi

Faute de pouvoir exciper d’une réelle capacité réformatrice, le gouvernement se déclare mobilisé pour donner forme et contenu aux directives royales.

À s’en tenir à un certain discours officiel sur la réforme, les chantiers, les stratégies, il y a de quoi baigner dans la satisfaction et l’optimisme. De quoi démentir sans autre forme de procès les inquiétudes de tel ministre de l’Industrie, voici trois semaines, lors des assises de l’université d’été de la CGEM. Tout est pour le mieux, non? Or, il faut faire une distinction entre deux aspects relevant de registres différents: celui, répétons-le, du discours officiel, et celui de sa traduction en mesures concrètes, mesurables et appréciables par le citoyen.

Que le gouvernement ou des responsables publics insistent plutôt sur le verre à moitié-plein que le verre à moitié- vide n’étonnera personne; c’est la loi du genre, pourrait-on dire. Mais de là à s’installer durablement dans une mythologie, dans le déni des réalités quotidiennes et à évacuer les critiques et les interpellations, voilà qui n’est ni recevable ni plaidable. Si l’on s’attarde sur les partis formant aujourd’hui la majorité –ou plus précisément une majorité tant elle est secouée par de fortes houles…- on voit qu’ils nous ont vendu lors de la campagne électorale de 2016 tant et tant de promesses, dont celle de 6 à 7% de croissance annuelle n’est pas la moindre.

Aux affaires depuis l’investiture de ce cabinet El Othmani à la fin avril 2017, ils ont dû revoir leurs annonces à la baisse. Il n’y avait pas d’autre choix! Mais leur discours s’est prolongé dans un nouveau périmètre: celui des effets d’annonce et des postures couplées à des coups de menton médiatique. Le problème c’est que plus personne ne les entend ni ne les écoute: qui s’attarde à ce que peut bien déclarer l’actuel Chef du gouvernement? Ou ses ministres? Et l’on a une idée de cette inefficiente communication dans la majorité des médias et plus encore sur les réseaux sociaux.

C’est tellement vrai que le Roi n’en finit pas de constater leur bilan sujet à caution et qu’il multiplie les orientations assorties de délais contraignants. Quant aux interpellés, faute de pouvoir exciper d’une réelle capacité réformatrice, ils se déclarent mobilisés pour donner forme et contenu aux directives royales. Encore un discours de leur part! Que n’ontils fait leur «job» depuis leur nomination voici un an et demi? Pourquoi a-t-il fallu l’intervention du Souverain pour que la machine gouvernementale passe du «mode veille» au «mode action». Action? C’est vite dit, peut-être. On verra dans les prochains mois si la dynamique réformatrice sera réellement enclenchée.

Colloques, séminaire, formes, -surtout à Marrakech, évidemment, puisqu’il faut associer le travail et les loisirs-, ça n’en finit pas. Pour quelles suites? A-t-on un jour évalué les recommandations et les conclusions de telles assises? Non, on en refait d’autres l’année suivante et ainsi de suite…

Ce discours sur la réforme ne se limite pas à ces seuls aspects de communication et de visibilité ponctuelle et éphémère. Il s’accompagne d’une forme particulière de mise en scène –parfois à grand spectacle- où le clinquant n’est pas négligeable. Souvent aussi, l’opération bénéficie de la présence de participants étrangers –experts éprouvés ou supposés, voire de profils «has been»– qui ressassent les mêmes poncifs allant au devant de l’autosatisfaction qui prévaut chez nous. Les uns et les autres nous dorent la pilule, nous caressent dans le sens du poil; ils gagnent ainsi un titre jugé valorisant à leurs yeux d’abonnés alors que leur valeur ajoutée n’est pas toujours probante et que leur présence peut même être contre-productive.

Que faire alors? Qu’une communication bien comprise soit la norme. Cela veut dire n’annoncer que ce que l’on a fait; maîtriser les éléments de langage; faire respecter la solidarité et la collégialité gouvernementale; faire montre de pédagogie, tout le temps, pour accrocher et intéresser les citoyens. Bref, recrédibiliser le discours officiel en donnant sens à ce qui est entrepris et à ce qui reste à réaliser. Et puis réévaluer totalement des pratiques, des facilités aussi participant finalement d’un laxisme dans la gestion gouvernementale, un état d’esprit où la nonchalance se conjugue avec l’indolence.

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