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Une diplomatie ferme, autonome et globale

Une diplomatie réactive et proactive, un style bien appréhendé par les partenaires et par les adversaires.

À la veille de la Fête du Trône, quel premier bilan peut être dressé de l’action diplomatique? Dans un entretien exclusif accordé à MHI, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, dresse à grands traits son évaluation de la place et du rôle du Royaume dans ce domaine. Il relève, pour commencer, ce qu’il appelle le «leadership naturel de S.M Mohammed VI». Et de donner à titre illustratif le sommet de Brazzaville, à la fin avril 2018, axé sur le Fonds bleu du bassin du Congo. Cette rencontre, dont il a été l’invité d’honneur, a été marquée par la participation de pas moins de douze chefs d’État africains. Elle fait suite à l’une des recommandations de la COP 22, tenue en novembre 2016 à Marrakech. Le fait qu’il ait été présent à ce rendez-vous a contribué à aimanter ce sommet et à lui donner une forte visibilité régionale et continentale.

Cohésion nationale
Nasser Bourita explique aussi l’«implication personnelle » du Roi, son suivi des dossiers, ses initiatives, ses contacts avec nombre de ses pairs africains et dans d’autres latitudes géographiques. «Lors du sommet de Brazzaville, ajoute-t-il, l’empreinte royale a été marquante». Le Roi Mohammed VI, c’est une voix, la voix de l’Afrique dans les instances internationales plaidant pour un nouveau modèle de coopération Sud-Sud ainsi que pour un ordre international plus équitable. C’est là la rançon d’une capitalisation engrangée depuis le début du règne et consolidée aujourd’hui avec des acquis et une crédibilité personnelle et diplomatique. La valeur ajoutée est là.

Sur la base de paramètres objectifs, le Maroc est une petite puissance économique avec un PIB de 110 milliards de dollars, une population de 35 millions d’habitants et une superficie de 710.000 km2. Ces données, parmi beaucoup d’autres, sont cependant valorisées par d’autres telles que la cohésion nationale et la position géostratégique au carrefour de trois zones géographiques (Europe, Afrique, Maghreb) rehaussées par le contrôle du détroit de Gibraltar, au noeud du trafic maritime et commercial. Le leadership royal y ajoute une cotation supplémentaire, surtout qu’il s’appuie sur un volontarisme devant formater et promouvoir tant les relations intra- africaines que celles avec les grands partenaires étrangers. La «promo» du Maroc aujourd’hui, à l’international, c’est l’interaction entre tous ces facteurs pour la promotion du label d’un pays en chantier, mobilisé autour de grandes réformes et de projet structurants, qui avance avec des réussites et des échecs mais qui s’est tracé un cap.

Activisme régional
Cela dit, Nasser Bourita distingue entre deux axes en la matière. Dans un premier temps, couvrant pratiquement les années 2016-2017, il fallait débarrasser l’action diplomatique du Royaume de dossiers en instance liés à l’hostilité de pays antagonistes au premier rang desquels se situe évidemment l’Algérie. Réintégrer l’UA à la fin janvier 2017 a été le point d’orgue de cette mobilisation. Ce retour à la famille institutionnelle a été mûrement préparé durant des années. Il a fait l’objet d’une maturation et d’un «activisme » régional et continental allant au-devant d’ailleurs des souhaits de la majorité des États membres de cette organisation. Le bilatéral a beaucoup fonctionné dans ce domaine.

Le redéploiement de la diplomatie marocaine vers des zones d’Afrique centrale et australe a aussi pesé dans ce sens. L’implantation de groupes économiques nationaux a contribué et accompagné cette stratégie. Enfin, la priorité donnée à la coopération Sud-Sud et à ses multiples composantes sociale, technique, financière et autres ont fait que le Royaume était porteur d’un message, d’une conviction et d’une stratégie répondant au progrès social des populations. En intégrant l’UA, le Maroc a veillé aussi à assumer la plénitude de cette adhésion; il a ainsi réussi à se faire élire, à la fin mars 2018, au Conseil de paix et de sécurité. Une illustration d’un rang retrouvé malgré les manoeuvres de ses adversaires. Cette politique a donc porté ses fruits et elle a conduit à conforter davantage la position de Rabat sur la question nationale. C’est ainsi que la résolution 2414 adoptée par le Conseil de sécurité à la fin avril 2018 a été l’expression de cette dynamisation diplomatique. La communauté internationale continue ainsi à saluer et à appuyer le plan marocain d’autonomie régionale dans les provinces sahariennes récupérées –toujours qualifié depuis 2007, de «réaliste, crédible et sérieux».

La diplomatie marocaine, c’est aussi la consolidation des liens avec les partenaires. Avec la France, avec les États-Unis, les rapports sont plus étroits et participent de liens d’exception dans pratiquement tous les domaines (militaire, sécuritaire, lutte antiterroriste, économique…). Le dialogue stratégique s’est même élargi le mois dernier avec le Royaume-Uni par suite d’une visite de Nasser Bourita à Londres. C’est la même logique qui a accompagné les contacts avec des pays comme l’Afrique du Sud et l’Angola, dont le président, Joao Lourenço a été reçu par S.M. le Roi, le 30 avril. L’ouverture et le dialogue n’excluent pas la clarté dans les positions du Royaume et la fermeté, le cas échéant. En direction des Nations Unies, c’est cette position qui a marqué la détermination de Rabat à ne pas accepter que des «lignes rouges» soient transgressées, celles relatives à la souveraineté, à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale. Face aux incursions et aux provocations des séparatistes à Guerguerat puis à Bir Lahlou, le Maroc à interpellé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sur la responsabilité de l’Organisation mondiale pour mettre fin à toutes ces menées. Cette fermeté sans concessions s’est également traduite, le 1er mai 2018, avec la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, ce pays étant impliqué dans l’aide et le soutien militaire et opérationnel aux séparatistes.

Désormais, s’est bien installé une sorte de «Made in Morocco» dans la mise en oeuvre de la diplomatie. Rabat réagit coup pour coup, tournant le dos à un certain style moins heurté. L’inénarrable ministre des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel, qui avait accusé le 20 octobre 2017 la RAM de «transporter autre chose que des passagers», a fait les frais de tels propos irresponsables qui ont d’ailleurs achevé de le ridiculiser. Le pays voisin n’était pas habitué à une réaction aussi énergique du Maroc.

Liens d’exception
Enfin, la diplomatie marocaine se distingue par son autonomie. Elle n’est pas suiviste. Ses prises de position après la rupture des monarchies du Golfe et le boycott qui a suivi frappant Qatar atteste de sa liberté d’action et de décision. Elle n’est pas sous influence. Elle se détermine sur la base des principes constants de sa politique étrangère et de ses intérêts supérieurs. A propos de la question palestinienne, elle a fait montre de la même détermination et d’une clarté tout aussi marquée en condamnant la décision du président américain Donald Trump d’installer au début de juin l’ambassade de son pays à Jérusalem en lieu et place de Tel Aviv. Un tel acte, aux yeux de Rabat, porte atteinte aux chances d’un dialogue ainsi qu’aux perspectives de recherche d’un processus de négociations.

Un capital diplomatique consolidé, une diplomatie réactive et aussi proactive, un style bien appréhendé par les partenaires et par les adversaires. Tout cela au service d’un diplomatie globale couvrant l’économique, le social, le politique, le stratégique, le sécuritaire et même le spirituel. «Un panier», pour reprendre la formule de Nasser Bourita, qui donne à la diplomatie marocaine une identité, une visibilité, une lisibilité qui font du Royaume un pays d’écoute et d’influence.

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