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Deuxième vague d’investissements du groupe OCP

Investissements, acte II

Pour s’accaparer la moitié du marché mondial d’engrais phosphatés, le groupe OCP veut se donner les moyens.

Le groupe OCP a bouclé en fin de l’année 2017 la première phase de sa stratégie de transformation industrielle globale, lancée en 2008 dans l’objectif de doubler sa capacité d’extraction de phosphates et de tripler sa capacité de transformation. Pour autant, il ne semble pas près de se reposer sur ses lauriers. D’ores et déjà, il a lancé la deuxième vague d’investissements de sa stratégie, ou «Vague II». Son objectif est de s’accaparer d’ici 2028 la moitié du marché mondial d’engrais phosphatiers.

Dans ce sens, il compte investir pas moins de 100 milliards de dirhams (MMDH) à cet horizon. À raison de 10 MMDH par an, le groupe OCP procédera à la mise en place d’une plateforme industrielle intégrée pour la production d’engrais et d’acide phosphorique dans l’axe Benguerir-Youssoufia-Safi ainsi que d’un pipeline pour transporter la pulpe de phosphates des mines de Benguerir et de Youssoufia au terminal de Jorf Lasfar, principal port d’exportation d’engrais phosphatiers du Royaume, dans la province d’El Jadida. Une seconde plateforme industrielle est également prévue à Boucraâ, au Sahara marocain. Elle sera développée par la filiale du groupe dans la région, Phosboucraâ.

Le groupe OCP bénéficie de l’appui du gouvernement, dont plusieurs ministres siègent de droit au conseil d’administration. L’Exécutif lui a donné son accord pour les premiers 10 MMDH à être investis au titre de la loi des finances 2018. Les pouvoirs publics semblent avoir été convaincus par la stratégie managériale de Mostafa Terrab, président-directeur général depuis février 2006. Il faut dire aussi que la première phase de la nouvelle stratégie a pleinement rempli ses objectifs. En quelques années, elle a permis de remettre à flot le groupe OCP, presque au bord de l’asphyxie à l’arrivée de M. Terrab. Le groupe OCP se permet même désormais de renflouer les caisses de l’État. Depuis 2008, il a contribué à hauteur de 50,3 MMDH aux finances publiques.

L’investissement a notamment consisté à perfectionner le système de production du groupe, l’OCP Production System (OPS). L’OPS est aujourd’hui enseigné dans des écoles managériales du monde entier.

Modernisation du complexe industriel
Ce système s’appuie sur trois «piliers complémentaires», selon l’expression de M. Terrab. Premier pilier, l’accroissement des capacités de production. Depuis le lancement de la stratégie de transformation industrielle globale, la production du groupe OCP a été multipliée par sept en dix ans. Elle était de seulement 1,7 million de tonnes en 2008 et devrait atteindre 12 millions de tonnes d’ici la fin 2018. Le groupe OCP ambitionne de porter sa production à 26 millions de tonnes par an. Pour ce faire, il compte poursuivre la modernisation de son complexe industriel. Ce dernier comprenait, à fin 2017, quatre usines de production d’engrais dont l’une entièrement tournée vers la demande africaine, Africa Fertilizers Complex. Une cinquième usine, Jorf Fertilizers Company (JFC) 4, est, depuis, venue s’ajouter à elles.

En dehors des frontières du Royaume, le groupe OCP travaille également à mettre au jour des usines de production en Éthiopie et au Nigéria ainsi que dans la région de Krishnapatnam en Inde, au titre d’une joint-venture créée en octobre 2016 avec le groupe indien Kribhco. Ces implantations ex situ, près de certains des plus importants bassins agricoles du monde, s’inscrivent par ailleurs dans le deuxième pilier fondamental de la stratégie du groupe OCP, à savoir la flexibilité industrielle et commerciale.

L’idée est de stimuler la demande, tout en bénéficiant des effets d’économies d’échelle. Raison pour laquelle le groupe OCP a également acquis, en décembre 2011, des unités de stockage au port de Paranagua au Brésil, première puissance agricole de la planète.
Les unités brésiliennes s’ajoutent donc à celles de l’Ouest et de l’Est de l’Afrique (le projet de plateforme en Éthiopie comprend également une unité de stockage au Djibouti voisin), en plus des unités de Jorf Lasfar, dont les capacités sont passées de 30 à 50 millions de tonnes par an sous le mandat de M. Terrab. Enfin, troisième pilier complémentaire, la réduction des coûts de production. Dans ce sens, le groupe OCP a mis en fonction en octobre 2014 le Slurry Pipeline, qui relie sur 187km les bassins phosphatiers de Khouribga à Jorf Lasfar et qui a permis de réduire de 90% les coûts de transport.

Souci environnemental
Les économies totales se chiffrent à 3,7 MMDH lors des quatre derniers exercices écoulés, dont 1,7 MMDH pour la seule année 2017. Il a nécessité, à titre de comparaison, une enveloppe de 4,5 MMDH, qui devrait dès cette année être complètement amortie. Mais surtout, le Slurry Pipeline permet désormais de transporter 38 millions de phosphates par an. C’est la plus importante capacité au monde pour un pipeline du genre.
Avant, le groupe pouvait, bon an mal an, transporter 18 millions de tonnes. Sans parler de l’impact environnemental. Ce dernier s’est, depuis l’entrée en fonction du Slurry Pipeline, significativement déprécié. Grâce à la conservation de l’humidité naturelle de la roche, les économies d’eaux se chiffrent à 3 millions de m3 par an. Celles de CO2 sont estimées, elles, à 930.000 de tonnes. Pour conquérir le monde, le groupe OCP veut se donner les moyens.

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