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Deux rois, deux styles

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Attaché à son arabophonie et  son islamité, le roi Hassan  II n’en avait pas moins un  tropisme prononcé envers  l’Occident. Allié, déjà quand il n’était  que prince héritier, du “Monde libre”,  il poussera même, dans les années  1980, jusqu’à tenter d’adhérer, vainement,  à la Communauté économique  européenne (CEE), après que  le Maroc ait quitté l’Organisation  de l’unité africaine (OUA) dans les  conditions que l’on sait. S’il plongeait,  dans son autobiographie, “Le Défi”,  les racines du Royaume en Afrique,  pour lui cependant, c’est en Europe  que, par ses feuilles, l’arbre marocain  respirait.

D’ailleurs, au cours de son règne de  38 ans (1961-1999), pas une seule  fois, si l’on excepte le Sénégal en  1964, il ne rendit au sud du Grand  Sahara, malgré quelques solides amitiés,  ici et là, sur le continent, notamment  dans sa sphère francophone.  Mohammed VI, lui, est résolument  d’un autre bois. “Lui c’est lui, moi  c’est moi” disait déjà de lui, de son  vivant, son défunt père, comme le  confessait le Souverain, en 2004,  à l’hebdomadaire français “Paris Match”. En 2000, moins d’une  année après son accession au trône,  lors du premier sommet Afrique-Europe  dans la capitale de l’Egypte, Le  Caire, il inscrivait “les problèmes de  l’Afrique” au rang de ses “préoccupations  majeures”. Dont acte.

Seize ans plus tard, il se trouve que  Mohammed VI n’a pas fléchi sa position.  Plus roi africain, sans doute, que  n’importe quel autre de ses prédécesseurs,  il multiplie les appels à  l’égard du Continent noir. Sa réception,  lundi 20 et mardi 21 juin 2016,  du président rwandais Paul Kagamé  n’en est que l’ultime illustration. Il  propose, fait nouveau, de tordre le  cou à l’assistanat où les anciennes  puissances coloniales  confinent, depuis le  soleil des indépendances,  les Etats africains,  et que l’Afrique  fasse confiance à  l’Afrique, comme il le  clamait dans son discours,  en 2014, dans la  ville d’Abidjan, en Côte  d’Ivoire. Non sans susciter,  comme on peut s’y attendre,  certaines inimitiés.

Le ministre des  Affaires étrangères et de la Coopération,  Salaheddine Mezouar, faisait  même de cette nouvelle orientation,  lors d’une réunion des groupes parlementaires  des partis politiques de la  majorité, la raison véritable de la crise  maroco-française de 2014-début  2015. Avec Mohammed VI, le Maroc  reprend, sans conteste, langue avec  ses racines. Et recouvre, de proche  en proche, son souffle originel.

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