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Des réformateurs fossoyeurs

Abdellatif Mansour

L’école publique toujours en question

Bonjour, la sélection par le porte-monnaie. adieu, l’égalité des chances.

Dans quelle langue voulons-nous accéder à la connaissance et à l’apprentissage d’un savoir-faire? Voilà une question majeure qui reste sans réponse. Après plus de soixante ans d’un Maroc souverain, c’est plutôt inquiétant. Une vieille interrogation, pratiquement existentielle, qui n’a cessé d’être d’actualité. On en est arrivé récemment à des plaintes et des procès en justice contre l’utilisation d’une langue étrangère, en l’occurrence le français, sous le toit d’une administration.

Au niveau de la communication écrite, l’affaire est entendue, c’est l’arabe qui prévaut, à juste titre, depuis la décolonisation. Mais dans le parler quotidien, ce n’est pas toujours le cas, particulièrement à un certain niveau de responsabilité. On a ainsi vu des ministres s’exprimer en français mieux que les héritiers de la langue de Molière. Les plaignants contre cet état de fait sont l’écho de la grande marée des ONG de la société civile. Les «associations de la défense de la langue arabe» ont trouvé un créneau de choix; comme si la langue d’Al Moutanabbi était en danger. On a entendu, à ce propos, des lapalissades, avec un podium mérité pour Saâd Eddine El Othmani. Sur ce sujet, le Chef du gouvernement a fait le plein devant la Chambre des Représentants, le 5 février 2018, lors des questions mensuelles sur un thème précis. L’éducation nationale était à l’honneur. On a eu droit à des assertions de principe et des professions de foi plein les oreilles.

L’overdose. Du genre «restructuration du système éducatif»; un modèle pédagogique orienté vers «l’intelligence, le sens critique et l’ouverture sur les valeurs universelles». Ce n’est pas pour douter de la sincérité de M. El Othmani, mais force est de reconnaître que ce sont ces envolées lyriques qui ont mis en faillite le système éducatif marocain. Une fois ces sermons psalmodies, on se donne l’impression que la solution est toute trouvée et le problème est réglé. Tant s’en faut. Cette ambiguïté préméditée dure depuis des décennies et des générations sacrifiées.

En fait, la question est toute simple. Il s’agit d’un enseignement de qualité qui passe par l’ouverture sur les langues étrangères. Les amis de M. El Othmani ne veulent pas d’une introduction du français dès l’entrée à l’école primaire. De même qu’ils rejettent la refrancisation des matières scientifiques. Tous les espoirs d’une véritable réforme éducation-formation sont fondés sur ce changement de ce véhicule linguistique. Aujourd’hui, la ligne de séparation passe par l’énorme hiatus entre enseignement privé de qualité et école publique de médiocrité. L’idée qui tombe sous le sens est de militer pour une mise à niveau d’une école publique à même de la rapprocher de l’enseignement privé; quitte à ce qu’il en soit ainsi à coût constant. Pourquoi cette voie de sortie n’a-t-elle pas été empruntée? Pour une question de coût, justement. L’école privée coûte de plus en plus cher, comme pour opérer une sélection par le porte-monnaie. Adieu, l’égalité des chances.

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