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Des professionnelles pour faire des mariages dans les règles de l’art

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Par les temps qui courent,  peut on concevoir  un mariage sans  neggafates? On serait  automatiquement  tenté de répondre par la négative  car même si une cérémonie arrive  à se tenir sans ces auxiliaires  incontournables des heureux mariés  et de leurs familles, il lui manquera  toujours quelque chose. Ce grain de  sel qui donne un goût particulier à  ce rite dont la maturation prend une  année comme dit l’adage marocain.  Se déroulant, jadis, sur sept jours,  avec une panoplie de rituels, hauts  en couleurs, le mariage marocain  s’est simplifié au maximum, aussi  bien pour des raisons économiques  que de temps. Aujourd’hui, le  mariage est organisé en un jour  dans une salle des fêtes où tous les  rituels sont condensés, mais tout  de même respectés. Alors pour  s’assurer de faire les choses dans  les règles de l’art, les services de ces  gardiennes du temple des traditions  sont vivement sollicitées. Elles ont  justement pour rôle d’assurer le  bon déroulement de la cérémonie  et de veiller à la conformité des  rites ancestraux. «La neggafa joue  un rôle primordial dans le mariage.  Elle accompagne la mariée de  bout en bout, vu que la maman  est généralement occupée avec les  invités», explique d’emblée Soumia  Moughit, soeur du célèbre chanteur  populaire Abdelmoughit et neggafa  de renom à Casablanca.  Depuis 25 ans qu’elle exerce ce  métier, Soumia a suivi de près  l’évolution et les changements  de ce métier. En observant l’état  actuel de ce métier, elle déplore  amèrement l’amateurisme de  certaines neggafates de la nouvelle  génération qui s’adonnent à cette  profession par pur souci de gain  matériel.

Maîtresses de cérémonie
Et c’est avec nostalgie que cette  femme de près de 50 ans se  remémore le temps où les neggafates  n’avaient pas uniquement à  s’occuper des costumes et des bijoux  de la mariée mais étaient de vraies  maîtresses de cérémonies. Elles  prodiguaient des conseils aux deux  familles, qui avaient, pour leur part,  beaucoup de considération pour ces  femmes, généralement âgées, dont  on sollicitait la “baraka”.

D’ailleurs, en remontant le cours de  l’Histoire, les neggafates n’étaient  pas rétribuées pour leurs services. Les  différents rites du mariages (“Doura”,  “cérémonie du pantalon”…) étaient  ponctués d’offrandes et de collectes  (ghramas) qui revenaient de droit à ces femmes. On leur réservait  également une part des cadeaux et  de denrées alimentaires reçues par  la famille du prétendant.

Services tarifés
Aujourd’hui, elles ont des honoraires  fixes et fournissent leurs services  selon des barèmes bien établis. Les  petites bourses peuvent ainsi trouver  leur bonheur chez des neggafates  comme Morjana, Soltana, Haja  Aïcha Merrakchiya, Jawhara… dont  les tarifs vont de 4.000 à 15.000  DH, selon les prestations sollicités.  Quant aux praticiennes qui ont  pignon sur rue et qui proposent  des services plus luxueux, elles  avancent des notes plus salées. Il  faut donc compter entre 15.000 et  40.000 DH et plus pour s’adjuger  leurs performances. Tous ces tarifs  comprennent, sauf exception,  les costumes, les accessoires, la  “ammariya” et la “hannaya”.

Dans le monde des mariages,  où les alliances familiales se  créent, le bouche-à-oreille reste le  meilleur moyen de propagande et  de publicité. Les réputations des  neggafates se font et se défont au  fil des expériences des familles et des récits qu’elles font de leur travail.  Pour Soumia Moughit, la réputation  est le vrai capital de la neggafa. Pour  sauvegarder la sienne, elle s’est  imposée, elle et ses 10 collaborateurs,  des règles strictes à observer  scrupuleusement. Celles-là mêmes  qui font la différence entre une bonne  et une mauvaise neggafa. Propreté,  sérieux, discrétion et discipline sont  les mots d’ordre pour Soumia et son  équipe, bien entendu, en plus des  qualités intrinsèques qui font la force  de cette femme.

Au service de la “reine”
«Une neggafa doit être tendre,  généreuse et s’occuper de la  mariée comme elle le ferait avec sa  propre fille. Le mariage est un jour  exceptionnel pour elle. Elle se sent  vulnérable durant la cérémonie. C’est  pour cela que tout le monde doit la  choyer et la rassurer», recommande  Soumia, qui perpétue une vieille  tradition qu’elle est l’une des rares à  observer. En fait, lors de la cérémonie,  elle ne laisse personne voir la mariée  avant qu’elle fasse son entrée “royale”  devant les convives. C’est pour elle  une manière de la protéger contre les  regards malveillants des curieux. C’est  aussi un moyen de ne pas permettre  qu’un détail baisse le moral de cette  reine du jour.

Tout au long de cette fête mémorable,  la neggafa est donc au service de la  mariée. Elle ne la quitte pas des yeux  et reste prête à intervenir à n’importe  quel moment. «J’essaie, le plus  possible, d’être discrète. Je montre  à la mariée comment marcher et  comment se tenir pour éviter que je  reste collée à elle tout le temps. Je lui  demande en revanche de ne pas me  quitter des yeux quand elle est sur  la “ammaria”», précise Soumia, qui  multiplie les procédés pour donner  du prestige à la mariée et faire d’elle  la vedette de la soirée. Aussi, est-elle  en contact permanent avec le groupe  de musique pour organiser une entrée  grandiose de la star de la fête.
Elle gère  aussi l’assistance, qui doit être assise  pour que l’entrée en scène de “Lalla  laaroussa” ne passe pas inaperçue.  Autant de détails que Soumia gère  avec toute la passion qu’elle voue  pour ce métier qu’elle continue  toujours d’apprendre. «Peut-être que  quand j’aurai 70 ans, je pourrai dire  que j’ai atteint la maturité requise»,  dit-elle avec l’humour qui distingue  cette femme de caractère.

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