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Des horizons obscurs

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Une situation socio-économique alarmante

Des indicateurs constamment au rouge. Pas de perspectives d’avenir, ni de négociateurs d’envergure pour les jeunes. Le Maroc n’a jamais aussi cruellement manquée personnel politique adéquat.

Ne comptez pas sur Ahmed Lahlimi pour faire dire à ses statistiques autre chose que ce qu’elles veulent bien avouer. Ce n’est pas son sport favori. Même si par ailleurs il dirige une institution qui tient la dragée haute aux tablettes chiffrées du ministère de l’Économie et des Finances et de la Banque du Maroc. Le directeur général du Haut Commissariat au Plan (HCP) vient encore de frapper. Scepticisme ambiant Dans une note rendue publique le mercredi 18 juillet 2018 sur le revenu des familles et leur capacité à subvenir à des besoins basiques, les chiffres sont éloquents: 37,5% des familles interrogées ont vu leurs conditions matérielles se dégrader au cours des douze mois précédents. Durant la même période, ce sont 38% des foyers qui souffrent de la vie chère. Aussi vrai que l’on ne vit pas que de «pain nu» et de thé, il faut bien faire des économies pour ménager ses vieux os, lorsque sonnera le temps du troisième âge. Il se trouve que 79% des familles en sont incapables. Quelles que soient les bonnes surprises à titre individuel, le sentiment général qui prévaut est fortement marqué par un scepticisme ambiant et tellement visible qu’il ne dit même plus son nom. À quoi servirait- il de le claironner tout haut, estime-t-on tout bas. D’autant plus que la plupart des organismes censés prendre en charge ses doléances n’ont de disponibilité que pour leurs luttes intestines, à l’abri des regards. Quelques jours auparavant, le HCP de M. Lahlimi avait jeté un autre pavé dans la mare, à propos de l’inadéquation entre formation et emploi. Un autre angle, encore plus alarmant, à même de porter un regard filtrant sur le Maroc de demain, à partir des vérités cinglantes d’aujourd’hui. Il en ressort que le taux d’activité rapporté à la population en âge de travailler ne dépasse pas les 46%. Le reste est au chômage. Environnement tendu Comme chacun sait ou le vit dans sa propre famille, les diplômés chômeurs occupent les devants de cette triste réalité. Comment peuton entrevoir un tant soit peu de lueur d’espoir et d’optimisme pour rêver d’un devenir réalisable? Difficile de répondre par l’affirmative dans un environnement aussi tendu. En général, et dans tous les régimes de gouvernance, lorsque la situation socio-économique arrive au bout d’un tunnel sans issue apparente, la possibilité de déblocage revient au politique. Or, jusqu’à preuve du contraire, l’offre de solutions sur le marché politique national est faible, pour ne pas dire carrément nulle. C’est à ce niveau que réside la vraie inadéquation entre la demande populaire et le rendement des gouvernants. Preuve en est, précisément, par les chiffres officiels des institutions de l’État. Lorsqu’on se tourne du côté du gouvernement, d’où doit provenir le début du commencement de solutions à des problèmes qui ne peuvent attendre éternellement, on est loin d’être rassuré, pour ne pas dire totalement déçu. Face au discours officiel, potentiellement porteur d’un projet d’avenir crédible, et une invite récurrente à la patience, on n’est pas dans de meilleurs sentiments. Le gouvernement Othmani paraît complètement pétrifié. Quant aux gesticulations verbales de type incantatoire, elles passent plutôt pour des tentatives désespérées de se donner des attributs d’existence réelle et utile. Plus il en fait et plus il s’enfonce aux yeux du grand public. Car, rien ne pointe à l’horizon. Il y a là comme une urgence qui dure. Depuis le Hiraq d’Al Hoceima, l’alerte a été donnée à l’adresse d’oreilles d’habitude hautement sensibles. Nous sommes devant une inintelligibilité des messages entre Rabat et Al Hoceima. Les leaders du Hirak ont procédé à un amalgame entre les revendications socio-économiques et le droit de faire valoir une appartenance régionale particulière, voire singulière. Il est maintenant de notoriété publique que le gouvernement Othmani n’a pas été à la hauteur de l’ événement. Or, le dépassement définitif du Hirak d’Al Hoceima pour qu’il ne fasse pas des petits ailleurs, exigeait un interlocuteur d’envergure. Manque de chance, le Maroc n’a jamais aussi cruellement manqué d’un personnel politique adéquat. Il semble que nous traversons un vide politique un peu comme dans les transitions intergénérationnelles du sport de haut niveau et de grosses pointures.

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