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Démission de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara

Mustapha Sehimi

Bye bye, Ross

C’est fait! Christopher Ross s’en va, il démissionne de ses fonctions d’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara. Alors que son mandat ne s’achève qu’à la fin de ce mois de mars 2017, il a avisé le nouveau responsable onusien, Antonio Guterres, de son départ le 5 mars. Un échec que même le directeur des affaires politiques de l’Organisation mondiale, Jeffrey Feltman, a dû reconnaître: “Il n’a pas pu ramener les parties autour de la table des négociations”. Son remplaçant devait être nommé dans les toutes prochaines semaines, avant la réunion du Conseil de sécurité consacrée au dossier du Sahara marocain, à la fin du mois d’avril.

C’est avec un nouvel état d’esprit que le Maroc compte apporter son concours à cette haute instance onusienne. Jusqu’à présent, force est de relever que cette disposition, marquée du sceau de la bonne foi, du réalisme et de la recherche d’un compromis, n’a pas été payée de retour du côté des responsables onusiens. Ainsi avec Ban Ki-moon, les relations étaient passablement heurtées tout au long de son double mandat de huit ans (2008-2016).

Avec Christopher Ross, les rapports étaient pratiquement de même facture et ils ne se sont pas améliorés; tant s’en faut. C’est qu’on savait, dès sa nomination en octobre 2008, qu’il avait de fortes inclinations avec Alger et les séparatistes. Ambassadeur américain  dans le pays voisin, il avait alors tissé des liens avec les officiels. Et il a fallu attendre janvier 2009, pour que Rabat finisse par l’agréer. Il fera montre d’un “parti pris” continu. Ainsi, le Maroc le désavoua officiellement en 2012 en demandant son remplacement.

Il ne sauve son poste qu’après que Ban Ki-moon réitère que son envoyé personnel devra se conformer strictement aux termes de référence de sa mission, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Dans ce contentieux, Rabat a eu l’appui des pays européens, dont l’Espagne. Ainsi, le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Garcia Margallo, a instamment demandé à Chrisopher Ross “qu’il se concentre sur les sujets essentiels au lieu de se perdre en abordant des sujets accessoires”. Sa méthodologie de négociations avec neuf rencontres avec les séparatistes –à Manhasset et ailleurs- n’a pas donné plus de résultats. Elle a été ensuite déclinée autrement et ce, sur la base de “navettes” entre les parties. Elle n’a pas été plus concluante.

De fait, Christopher Ross mettait en cause le Maroc à propos du blocage du processus de règlement négocié. Il ne privilégiait aucunement la proposition marocaine en date du 11 avril 2007 sur l’autonomie régionale des provinces méridionales du Royaume. Il était ainsi fortement décalé avec toutes les résolutions de cette haute instance onusienne saluant cette initiative comme “crédible, sérieuse et réaliste”. Et puis, le Maroc voulait qu’il soit plus explicite en faisant référence à ce que l’on a appelé son “agenda caché”. Ainsi, en privé, il ne retenait plus le principe de l’“indépendance” prôné par les séparatistes –telle fut par exemple son analyse à Madrid devant un parterre d’académiciens… À noter au passage que son prédécesseur, le diplomate néerlandais Peter Van Walsum –qui a démissionné en septembre 2008 suite aux pressions d’Alger– estimait que “l’indépendance du Sahara occidental n’était pas viable” et que “les deux parties devaient négocier sur l’offre d’autonomie faite par le Maroc”.

Christopher Ross devait reprendre, l’automne dernier, ses tournées dans la région pour une nouvelle médiation. Son souci, partagé par Ban Ki-moon, était de reprendre la main pour relancer les négociations. Mais finalement qu’y a-t-il à négocier? Le discours historique de S.M. le Roi à Laâyoune, le 6 novembre 2015, a recadré de nouveau les véritables données de la question nationale. De quoi revenir à cette métaphore: “Circulez, il n’y a rien à négocier!”

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