Dépêche
Accueil » Economie » Les délais de paiement des entreprises s’allongent encore au Maroc

Les délais de paiement des entreprises s’allongent encore au Maroc

Les délais ont été en moyenne de 105 jours pour les entreprises opérant dans le domaine de la construction.

La loi du marché face à la réglementation

Les dispositions de la nouvelle loi 49-15 sur les délais de paiement demeurent lettre morte. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les entreprises évitent d’enclencher une procédure judiciaire ou de demander des pénalités de retard !

Les entreprises, toutes tailles et tous secteurs confondus, souffrent de retards de paiement de plus en plus longs. Faut-il sen ’inquiéter ou tirer tout bonnement la sonnette d’alarme? Cela dépend de l’interprétation que l’on veut donner aux chiffres. En tout cas, les chiffres révélés par l’enquête réalisée par la Coface sur les comportements de paiement au Maroc sont pour le moins alarmants. L’on apprend qu’il y a un allongement des délais de paiement en 2017 quels que soient le secteur d’activité, la taille et le type d’entreprises. Ainsi, durant le premier semestre, le délai moyen de paiement serait de 99 jours, contre 82 en 2016 et 66 jours en 2015.

Pire, la part des entreprises dont les délais de paiement dépassent les 120 jours a connu une évolution importante au cours des trois dernières années, soit 32 points de plus par rapport à 2015. Parmi les 256 entreprises interrogées (représentant 150 milliards de DH de chiffre d’affaires), plus de 40% ont affirmé des délais de paiement de plus de 120 jours. Et elles sont en nette augmentation, soit 21,4% pour les retards de 120 à 210 jours et 5% pour des retards dépassant 210 jours. On est loin donc des 60 jours préconisés par la nouvelle loi amendée 49-15 sur les délais de paiement.

Par secteur d’activité, ces délais ont été en moyenne de 105 jours pour les entreprises opérant dans le domaine de la construction, 102 jours pour la distribution et le négoce, 98 jours pour les entreprises de services et 90 jours dans le secteur de l’agroalimentaire. Par taille des entreprises, il s’avère que celles ayant un chiffre d’affaires de plus de 175 millions de dirhams sont plus nombreuses à souffrir de délais de paiement dépassant 120 jours. Ce délai est moins long lorsqu’il s’agit d’entreprises dont le chiffre d’affaires ne dépasse point les 3 millions de dirhams.

Une nouvelle loi sans effet
Dans le détail, 34% des entreprises de petite taille enregistrent un délai de paiement de plus de 120 jours, 21% d’entre elles comptabilisent des délais entre 90 et 120 jours et 17% comptent des délais entre 60 et 90 jours. En revanche, 27% des entreprises de petite taille constatent des délais inférieurs à 60 jours. Par ailleurs, la Coface a relevé qu’à l’export, les retards de paiement des clients étrangers sont aussi inquiétants. Il s’agit principalement de clients d’Afrique subsaharienne (27% de l’échantillon) et européens (22%). Ces retards anéantissent parfois la marge bénéficiaire des entreprises marocaines à cause de coûts supplémentaires de change et de transferts d’argent et exercent une pression énorme sur la trésorerie des entreprises…

Au Maroc, en tout cas, une déduction simple s’impose: la loi sur les délais de paiement n’est pas respectée. D’aucuns avancent que les entreprises sont désarmées.

Recours à la procédure judiciaire
Faux! La loi les protège par des dispositions relatives aux retards de paiement et par un recours à la procédure judiciaire pour obliger le client, public ou privé, à honorer ses engagements. Et c’est là où le bât blesse! D’après l’enquête de la Coface, rares sont les entreprises qui assujettissent leurs clients à des pénalités de retard de paiement. Plus de huit entreprises sur dix n’y recourent pas. Paradoxal! Oui, quand on se rappelle à quel point le patronat avait bataillé pour une loi et des pénalités assez contraignantes visant à mettre de l’ordre et discipliner les rapports interentreprises et les rapports entreprises/Etat.

Il se révèle ainsi que 36% des patrons interviewés choisissent la voie de l’accord à l’amiable lorsqu’ils font face à un défaut de paiement. Trois entreprises sur dix choisissent d’arrêter les livraisons. En revanche, moins de 20% des entreprises recourent à une procédure judiciaire. Et moins de 10% optent pour l’arbitrage!

Les interprétations d’une tendance ne sont pas nombreuses. Les entreprises, notamment les TPE et les PME, craignent, en recourant à la justice, de perdre des marchés futurs surtout lorsque le client le plus important et le plus dominant du marché, le mauvais payeur, est l’Etat!.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !