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Défaite du PJD aux législatives partielles à Guercif et Khénifra

Le compte à rebours a commencé

En échouant à glaner des sièges aux élections partielles de Guercif et Khénifra, le PJD est peut-être entré dans une spirale de défaites dont il lui sera sans doute difficile de s’extirper.

À ce rythme, il ne s’agit donc plus de résultats isolés! Après Fnideq le 21 décembre dernier, le Parti de la justice et du développement (PJD) vient en effet d’échouer à remporter les sièges qu’il convoitait, le 4 janvier 2017, à Guercif et Khenifra, où la cour constitutionnelle avait invalidé les élections qui s’y étaient tenues le 7 octobre 2016 pour utilisation des symboles nationaux (interdite en principe). Ainsi, les deux sièges en jeu à Guercif ont échu à son ennemi juré du Parti authenticité et modernité (PAM) et à l’Union socialiste des forces populaires (USFP); et celui de Khénifra au Mouvement populaire (MP). Mais ce n’est pas tant ces défaites, puisqu’il faut appeler un chat un chat, qui interpellent, que la manière avec laquelle elles se sont produites: ici et là, elles ont été particulièrement cuisantes.

Remise en question
À Khénifra notamment, le candidat islamiste, Baddou Hafid, a perdu avec plus de 5.000 voix d’écart, ce qui est considérable au regard du nombre de participants (près de 30.000). «C’est indéniablement une tendance, fait remarquer un ancien responsable de parti. Moi, ce qui retient le plus mon attention, c’est plutôt le résultat à Guercif. Comment le PJD, qui est pourtant le premier parti du pays, ne parvient-il à remporter aucun siège alors que ce n’est pas un mais deux qui sont en jeu? Il a même fait à peine mieux que la Fédération de la gauche démocratique (FGD), qui compte à peine deux députés. C’est, à tout point de vue, catastrophique.» On ne se défile d’ailleurs pas au PJD. Joints au téléphone, des membres du secrétariat général reconnaissent ainsi que le parti «pouvait» faire mieux. «Il ne faut pas se hâter et en tirer des conclusions, mais cela appelle sans conteste à une remise en question,» concède même un d’entre eux. Comment le PJD peut-il donc bien renverser la vapeur? Pour l’instant, ces élections ne l’impactent pas vraiment au parlement, puisque si l’on fait le compte des sièges gagnés et perdus depuis les premières invalidations par la cour constitutionnelle, le parti de la lampe se retrouve avec un siège de moins seulement par rapport au 7 octobre 2016, à savoir 124 représentants à la deuxième chambre.

Incertaine ascension
Il peut donc, jusqu’aux prochaines législatives, prévues en principe fin 2021, dormir la tête tranquille. Mais après? Pas sûr qu’il continue son ascension qui lui a permis de toujours monter en grade depuis sa première participation en novembre 1997 (seulement 9 sièges alors). Pire encore, est-il toujours garanti de garder sa place de première force politique du pays? On a vu ainsi le PAM prendre au fur et à mesure de l’épaisseur, certes aidé parfois en cela par des responsables locaux de l’administration; mais c’est plutôt, au vrai, du côté du Rassemblement national indépendants (RNI) d’Aziz Akhannouch qu’il faut lorgner pour tenter éventuellement de deviner le nom du prochain chef du gouvernement.

Un coup de force
D’ailleurs, au moment où le PJD perdait un siège depuis le 7 octobre 2016, le parti de la colombe en gagnait trois (passant donc de 37 à 40 sièges); cela sans faire mention des 19 députés de plus qu’il compte dans le cadre du groupe parlementaire commun qu’il forme avec l’Union constitutionnelle (UC). A Khénifra et Nador, il s’est même permis le luxe de ne pas présenter de candidats, tout en appuyant l’USFP, car en conservant son groupe parlementaire cette dernière pouvait également par ailleurs garder la présidence de la chambre des représentants, assurée depuis janvier dernier par l’ittihadi Habib El Malki. Dans les salons de la capitale, d’aucuns croient d’ailleurs que M. Akhannouch est déjà le chef de gouvernement. «C’est lui qui tient véritablement les rênes de la majorité, analyse un responsable de parti. Regardez les principaux ministères: le RNI en détient plus que le PJD lui-même. J’imagine bien que s’il se retirait des affaires, le gouvernement volerait aussitôt en éclat.» Pour avoir fait fi de cet état de fait, Abdelilah Benkirane l’avait d’ailleurs appris à ses dépens.

Croyant pouvoir dicter le tempo du fait de la première place du PJD aux législatives, le désormais ex-chef islamiste avait été à l’origine du blocage qui pendant plus de cinq mois avait laissé le Maroc sans gouvernement, jusqu’à ce que le Palais intervienne le 15 mars dernier en mettant fin à ses fonctions de chef de gouvernement désigné et en le remplaçant par Saâd Eddine El Othmani. Le MP et l’USFP et bien sûr l’UC avaient ainsi refusé de négocier avec le secrétaire général du PJD en dehors de l’alliance qu’ils avaient au fur et à mesure scellée avec le RNI.

Dissensions internes
«De façon générale, le PJD est en train d’apprendre que peu importe ses résultats, nous vivons dans un paysage politique pluriel où tout un chacun peut avoir voix au chapitre et qu’il faut par conséquent négocier,» poursuit notre responsable. Comme si cela ne suffisait pas, la formation de la lampe connaît aussi des dissensions internes qui lui paraissaient étrangères jusqu’à un passé encore récent.

Ainsi, l’élection le 10 décembre dernier de M. El Othmani au poste de secrétaire général en lieu et place de M. Benkirane, après l’avoir déjà remplacé à la tête du gouvernement, ne s’est pas faite sans frictions. Il y a eu en fait une longue série de clashs entre ceux qu’on appelle les «faucons» du PJD, c’est-à-dire les caciques du parti, qui n’est d’ailleurs pas prête de prendre fin. Par «Hirak de Jerada» interposé, en référence au mouvement social en cours depuis le 22 décembre dans cette ville de l’Oriental, le député Khalid Boukarii en a ainsi profité pour régler ses comptes avec l’actuelle direction, qui l’a exclu du secrétariat général. Moins médiatisés que lui, d’autres responsables ont également donné de la voix pour apporter leur grain de contestation.

Les plus jeunes, qu’on surnomme sur les médias sociaux les chevaliers de la justice et du développement en référence au nom du parti, accusent pour leur part leurs dirigeants de s’être complètement compromis avec certains cercles du pouvoir au lieu de continuer l’agenda de lutte contre la corruption qui l’a une première fois porté au gouvernement en novembre 2011. Ils étaient d’ailleurs les principaux soutiens de M. Benkirane et à la possibilité d’amender les statuts pour lui permettre de briguer un troisième mandat -chose finalement rejetée le 26 novembre dernier par le conseil national-, dans la mesure où ils considéraient qu’il était un des seuls à être demeurés fidèles à la lettre originelle du parti, et surtout en raison de son aura, qui à coup sûr n’est pas totalement étrangère aux nombreux succès enregistrés ces dernières années, tant aux législatives qu’aux communales et aux régionales. Comment va d’ailleurs bien se débrouiller le PJD sans son «général », comme on l’appelle dans ses cercles proches? A l’évidence, l’avenir du parti ne s’annonce pas aussi rose qu’il le voudrait…

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