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Débat au Conseil de sécurité de l’ONU sur le dossier du Sahara

Antonio Guterres, le SG de l’ONU – © ph:DR

Le nouveau challenge d’Antonio Guterres

Le dossier du Sahara marocain  est à l’ordre du jour du Conseil  de sécurité. Après la présentation  du rapport du Secrétaire général,  Antonio Guterres, le 10 avril 2017,  devant cette haute instance onusienne, quel  va être dans le détail l’agenda? Un projet de  résolution va être présenté par l’ambassadrice  américaine, Nikky Haley, d’abord aux  autres membres du “Groupe des Amis du  Sahara occidental”, à savoir la France, la  Russie, le Royaume Uni et l’Espagne. C’est  pratiquement ce texte qui emporte la décision  et qui est acté par la majorité des membres du  Conseil de sécurité. Suivant des délibérations  ainsi que des contacts informels. Puis cette  procédure conduit à l’adoption d’une résolution.

Cette année, comment se présente donc ce  dossier national? Des éléments nouveaux,  fortement significatifs, se présentent; ils ne  vont certainement pas manquer d’imprimer  leur marque sur les termes de référence qui  ont prévalu jusqu’à présent. Le premier d’entre  eux est d’importance avec la fin de mandat de  Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU durant huit ans (2008-2016) et la désignation  de son successeur, Antonio Guterres. Ban Kimoon  a reconnu un jour, en 2014, qu’il ne maîtrisait  pas toutes les données de la question  du Sahara… On a eu l’occasion d’en apprécier  les conséquences.

Trancher avec la partialité
Qu’en est-il maintenant d’Antonio Guterres?  Agé de 68 ans, il a une longue carrière politique  derrière lui, au Portugal et à l’international.  Dans son pays, il a été parlementaire durant  plusieurs législatures avant d’être Premier  ministre (1995-2002). Comme socialiste, il a  dirigé le PS de 1992 à 2002. Des responsabilités  qui ont compté pour son élection à la tête  de l’Internationale socialiste (1999-2005). Un  profil international qui s’est prolongé par ses  fonctions de Haut Commissaire des Nations  Unies pour les Réfugiés durant une décennie  (2005-2015). Tous ces paramètres-là en font  un connaisseur reconnu des problèmes de la  région, du différend Maroc-Algérie, bien sûr,  mais aussi des problèmes des réfugiés dans les camps de Tindouf. Ainsi, malgré plusieurs  recommandations du HCR qu’il a dirigées en  direction de l’Algérie et des séparatistes, il n’a  pas réussi à opérer le recensement des populations  sur place. Celles-ci sont évaluées à  quelque 40.000 en fait; des ONG retiennent un  chiffre voisin; mais Alger et le Polisario s’obstinent  à parler de plus de 150.000 personnes  et ce pour des raisons qui ont été mises à nu  par des motifs liés au détournement de l’aide  alimentaire internationale.

Cela dit, dans quel état d’esprit se trouve le  nouveau Secrétaire général de l’ONU? Il est  acquis qu’il va trancher avec la partialité de  Ban Ki-moon, qui était allé jusqu’à parler de  territoire “occupé” à propos du Sahara marocain  lors de sa visite à Tindouf, au début de  mars 2016. Qu’il ait par ailleurs un capital relationnel  avec des responsables marocains –  soit dans le cadre des relations PS portugais–  USFP ou dans celui de ses responsabilités  gouvernementales– ne peut qu’aider à une  appréhension plus juste du Maroc ainsi que  de la légitimité de sa cause nationale. Pour  autant, il faut se garder de toute approche  simpliste et réductrice et ne pas évacuer qu’il  est un organe exécutif d’une haute instance  onusienne, le Conseil de sécurité. Tout cela,  le Maroc ne l’ignore pas et il a jugé que son  rapport était “globalement positif”.

“Modèle de développement spécifique”
Pourquoi? Parce que Antonio Guterres  compte relancer le processus de négociations,  pratiquement en panne depuis des années. Il  entend le faire “avec une nouvelle dynamique  et un nouvel esprit”. Il estime qu’il s’agit là de  refléter l’orientation du Conseil de sécurité; et  que l’objectif est de parvenir à “une solution  politique mutuellement acceptable”. Telle a été  depuis toujours la position de Rabat, réitérée  devant toutes les instances onusiennes et les  conférences internationales. Or, l’autre partie  –découplée entre Alger le Polisario– s’en tient  à une rigidité déclinée par l’activisme de la diplomatie  du voisin de l’Est et dont la dernière  illustration tourne à la provocation à Guerguerat.

Dans son rapport, le Secrétaire général de  l’ONU fait référence à l’agenda politique du  Royaume. Il note ainsi que les élections législatives  du 7 octobre 2016 dans le Maroc et au Sahara se sont déroulées “sans incident”;  que dans son discours du 6 novembre 2016,  marquant le 41ème anniversaire de la Marche  Verte, le Roi a souligné l’attachement et l’engagement  des populations des provinces du  sud à “leur nationalité marocaine” et au “système  politique de la nation”, que celles-ci sont  appelées à devenir un “modèle de développement  spécifique” et “une plateforme de coopération  économique entre le Maroc et l’Afrique”;  et que “le Maroc restera ouvert et toujours prêt  à engager un dialogue constructif afin de trouver  un règlement politique définitif”.

Un constat d’échec
Depuis sa prise de fonctions le 1er janvier  2017, de quels éléments dispose le nouveau  Secrétaire général? Christopher Ross n’a pas  pu, au cours de l’année écoulée, reprendre et  réactiver le processus de négociations entre les parties. Pour des raisons de calendrier –la  COP 22 puis la tournée royale en Afrique– il  n’a pas pu se rendre au Maroc. Mais on lui a  fait aussi savoir que, malgré ces contraintes,  il ne serait plus le bienvenu du fait de sa partialité  à propos de la cause nationale. Si bien  qu’il n’a pas eu d’autre choix, au final, que de  dresser un constat d’échec de sa mission et  de présenter sa lettre de démission, en date  du 23 janvier dernier. Celle-ci n’entrera en vigueur  qu’après son acceptation par Amtonio  Guterres, ce qui explique qu’il soit encore  présent à certaines réunions consacrées au  Sahara. Mais une chose est sûre: il ne peut plus infléchir les termes de ce dossier comme  il l’avait fait auparavant. Il est connu, soit dit  en passant, que c’est le nouveau Secrétaire  général de l’ONU qui lui a suggéré de se démettre  au motif qu’il était devenu un obstacle  de principe à toute réactivation d’un processus  de négociation.

Nouveau cadre négociatoire
Désormais, ce qui complique la tâche du haut  responsable onusien se décline sur plusieurs  points. Le premier est le défi du mouvement  séparatiste à Guerguerat, se mettant délibérément  hors champ en bravant ainsi l’appel  d’Antonio Guterres pour un retrait de ses éléments  armés. En creux, le Maroc, lui, a fait  montre de sa bonne volonté et de son souci  de se conformer à cette recommandation;  il a également autorisé le retour du dernier  contingent des membres de la Minurso. Ainsi,  le Conseil de sécurité et la communauté  internationale sont à même de juger qui coopère  et qui entrave la recherche d’une solution  politique.

Le second élément nouveau du rapport de  Guterres n’est pas le moins important. Référence  est faite à la responsabilité du voisin  de l’Est dans ce dossier du Sahara marocain:  “L’Algérie et la Mauritanie, en tant que pays  voisins, peuvent et devraient effectuer des  contributions importantes à ce processus”, a-til  relevé. Voilà qui conforte la thèse constante  de Rabat quant aux véritables termes de cette  question relevant d’un différend artificiel avec  ce pays.

Quelles initiatives compte prendre Antonio  Guterres? Nommer, pour commencer, un nouvel  envoyé personnel –ce sera Horst Köhler,  ancien président allemand, 74 ans, issu du  parti chrétien démocrate de la chancelière  Angela Merkel.

Puis proposer un nouveau cadre négociatoire,  avec une méthodologie et, sans doute,  un schéma de travail d’accompagnement. Le  Maroc est dans une totale disposition à faire  réussir ce processus, sur la base des paramètres  de son initiative d’autonomie interne  saluée par le Conseil de sécurité depuis avril  2007. Avec son admission à l’Union Africaine,  à la fin janvier 2017 et sa politique de régionalisation  avancée, sa position est davantage  consolidée sur le plan diplomatique.

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