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De la tente à la ville, de Rahal Boubrik

Le Sahara urbanisé, ou la fin de la civilisation du désert

La société sahraouie et la fin du nomadisme, est le thème traité dans ce nouveau livre de Rahal Boubrik.

Adoptant une approche d’anthropologie historique, Rahal Boubrik aborde dans son ouvrage De la tente à la ville une étape décisive dans l’évolution du fait urbain dans les villes sahariennes comme Laâyoune, Guelmim ou Smara. Un processus qui s’est déclenché à partir du milieu du siècle dernier pour prendre forme à la fin des années soixante-dix avec la guerre du Sahara. L’État colonial et, plus tard, postcolonial, étaient les principaux acteurs de ce fait urbain et de sédentarisation, récente au Sahara Atlantique, sans négliger, dit-il, «la conjoncture climatique catastrophique qui avait déstructuré les systèmes de productions pastorales nomades ».

En effet, face à l’inclémence de ce milieu désertique, le seul mode de vie adapté ne pouvait être que le nomadisme. L’auteur va, ainsi, suivre le cheminement de ces nomades sahraouis qui se sont sédentarisés sans oublier d’expliquer les mutations socioculturelles qu’a connues la région depuis l’avènement de la colonisation dans l’espace allant de Oued Nûn jusqu’à Tîris (Rio de Oro).

Au centre de sa réflexion, l’auteur va, entre autres, privilégier la ville de Laâyoune. Une pure création coloniale, dit-il, «qui incarne le modèle de cette ville saharienne moderne, symbole de la sédentarisation et de la fin de la vie sous la tente». Ainsi, au-delà d’une approche essentialiste du nomadisme, Rahal Boubrik nous explique comment le nomade habite sa tente et, par la suite, sa maison. La tente (en arabe khayma) est, pour l’auteur, non seulement un espace matériel, mais aussi un univers social et symbolique. C’est dans cet esprit que son étude portant sur la tente dépasse le fait de décrire les matériaux et techniques de fabrication pour présenter l’essence de la vie nomade à travers laquelle se produit et se reproduit ce mode de vie.

Or, pour l’auteur, ce nomadisme (taglé) qui est «une manière de penser le monde, une philosophie du mouvement, un système de représentations et de valeurs», est tombé en désuétude. Il a quasiment disparu au Sahara, dit-il, sous l’effet d’«une politique de sédentarisation voulue par l’État.» Avec le début de la guerre du Sahara (1975), le nomadisme, dit-il, «fut interdit sous la contrainte sécuritaire et l’état de guerre».

Aussi, le Polisario, qui n’a pas manqué d’instrumentaliser ce passé nomade, l’a, paradoxalement, détruit, par son endoctrinement politique totalitaire et les habitudes contractées dans les camps des réfugiés de Tindouf.

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