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Daoudi-la-bourde

LE MINISTRE DES AFFAIRES GÉNÉRALES DÉMISSIONNÉ

“Un ministre, ça ferme sa gueule. Et si ça veut l’ouvrir, ça démissionne”, sentenciera en mars 1983 Jean-Pierre Chevènement à son départ du gouvernement Pierre Mauroy; performance qu’il rééditera encore deux fois plus tard en janvier 1991 et en août 2000. Lahcen Daoudi semble faire sien cet adage, si l’on se fie au communiqué du secrétariat général du PJD en date du 6 juin 2018. Il fait état de la demande de Lahcen Daoudi d’être déchargé de ses fonctions de ministre.

En effet, sur les médias sociaux, ils sont nombreux les Marocains à se payer justement la «gueule» du ministre délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance depuis la diffusion de photos et de vidéos le montrant scandant avec les employés de Centrale Danone, lors de leur sit-in de ce mardi 5 juin devant le parlement, des slogans contre le boycott dont la compagnie fait l’objet depuis le 20 avril 2018. Statuts, «mèmes», tout y passe pour faire du ministre islamiste la risée du web. Bien sûr, qu’il soit personnellement contre le boycott n’est pas en question, puisque c’est de toute façon son droit et qu’après tout, la campagne est critiquable sur bien des aspects, notamment son impact sur les 1,4 million de personnes qui, dans le monde rural, vivent de la production de lait.

Plusieurs arguments présentés par M. Daoudi lors de son passage le 2 juin à l’émission Saâ Li L-Iqnae, sur la chaîne Médi1TV, sont d’ailleurs recevables. Mais un ministre qui sort de sa réserve pour, pour reprendre M. Chevènement, l’ouvrir, contre une situation qui est d’autant plus due à la gestion catastrophique que lui et son prédécesseur, Mohamed Najib Boulif, également du Parti de la justice et du développement (PJD), ont faite de la question de la réglementation des prix depuis octobre 2013? On aura tout vu. Certains internautes ont, pour leur part, rappelé que M. Daoudi n’avait rien inventé, et que son patron lui-même, le chef du gouvernement Saâd Dine El Otmani, était sorti le 1er mai 2018 pour manifester aux côtés des travailleurs contre les politiques… de son propre cabinet, dans une première mondiale sans doute; Libye du guide Mouammar Kadhafi exceptée (mais ça ne peut pas compter, bien évidemment).

En tout cas, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, déjà critiqué à l’époque pour avoir achevé l’enseignement supérieur public au nom d’un ultralibéralisme digne de la révolution conservatrice reagano-thatchérienne des années 1980, était au lendemain du sit-in des salariés de Centrale Danone sur la sellette, et le bruit courait déjà qu’il pourrait être démis de ses fonctions sur propre demande de ses «frères» du PJD, qui ont donné l’ordre à leurs membres de ne pas publiquement commenter le sujet tant que le secrétariat général n’en n’avait pas discuté en largeur.

M. Daoudi, ayant vraisemblablement saisi le poids de sa bourde, a soutenu qu’il s’était retrouvé mêlé à la manifestation à son corps défendant, et qu’il ne faisait que passer par là, en allant vers le parlement pour une séance de questions orales. Mouais… Cette polémique n’est pas sans nous rappeler que même si nous avions le système politique le plus parfait, il ne pourrait cela dit être efficient qu’avec les bons hommes, et qu’avec des ministres de la trempe de M. Daoudi, nous sommes encore, hélas, bien loin du compte…

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