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Qui est d’accord sur quoi? Qui s’oppose à quoi?

Abdellatif Mansour

On a attendu le gouvernement,  qui a  fini par se constituer.  Depuis, on  scrute l’horizon des  alcôves politiques de Rabat et  extension, pour savoir à quelle  sauce cet Exécutif sur le tard va  nous gouverner.

Comme dirait Mustapha Ramid,  qui a pleuré à chaudes larmes sa  magistrature perdue, « la comparution »  de Saâd Eddine El  Othmani devant le parlement,  prévue pour le vendredi 14 avril  2016, a été reportée. C’est plutôt  bon signe. Une primeur déclaratoire  de cette importance  mérite plus ample réflexion.

De toute façon, cela confirme  notre rapport au temps politique,  immensément élastique, qui  commande nos réflexes et nos  us et coutumes. Ce « toujours un  peu plus de délais dans la prise  de décisions » nous permet d’insérer  quelques interrogations,  en espérant que ça ne soit pas à  temps perdu.

Les fondateurs d’outre-tombe  de la démocratie ont décrété  que ce système de gouvernance,  obstinément bipède, a  besoin d’un double appui pour  vivre et prospérer: une majorité  qui gouverne et une opposition  qui s’oppose. D’où une double  question pour faire jeu égal: Qui  est d’accord sur quoi dans ce  ménage gouvernemental à six?  Et qui s’oppose à quoi, à qui et  avec qui?

Dès après la nomination de Saâd  Eddine El Othmani, le crieur public  auprès du carré politique  avait appelé les postulants à une présence dans l’ex futur gouvernement  à se faire connaître. Ruée  sur la présidence du Conseil.

Tous les tenants d’une enseigne  partisane voulaient y être. Sans  savoir sur quelle ligne politique  ils allaient se mettre en  commerce dans un collectif en  construction.  Le bon sens aurait voulu d’abord  une négociation sur un programme  commun, avant tout  engagement de participation ou  pas. À l’évidence, le sens commun  n’a pas une place de choix  dans une “authenticité” démocratique  comme la nôtre.

Quelques exemples à titre d’illustration  pédagogique. Qu’est ce  qui peut réunir l’USFP et l’UC,  ou le PPS et le PJD dans un mariage  bizarrement catholique?  Seul le RNI peut se coltiner à  qui que ce soit, pour peu que le  pragmatisme politique soit strictement  indexé sur le chiffre d’affaires.  Plus homogène que ce  rassemblement, il n’y en a pas  de mémoire d’Homo sapiens.

Il faut reconnaître au PAM d’avoir  annoncé la couleur dès le début.  Pas de cohabitation à l’Exécutif  avec le PJD, quel que soit le cas  de figure d’une alliance majoritaire.
Pour les promoteurs de ce parti,  c’est la chefferie ou rien. Pour  remplir ce rien, le PAM devra  faire avec l’Istiqlal, un compagnon  contraint et forcé qui s’est  retrouvé dans l’opposition faute  d’être au gouvernement comme  il le souhaitait ardemment. Estce  mieux que rien ou mieux vaut  rien? Voire.

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