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La cuillère de l’agitation

Driss Fahli

Les mouvements de protestation d’Al Hoceima continuent de ponctuer la vie politique du pays, d’offrir des opportunités de récupération aux supporters des «zaims» finis et l’occasion de jouer aux pyromanes aux autres agitateurs.

Du point de vue sociologique, on pourrait penser qu’un individu qui accepte de participer à une mobilisation et à en payer le coût physique, le fait parce qu’il est mécontent de sa condition personnelle ou de la situation incongrue de sa région et qu’il estime pouvoir changer les choses en concordant ses cris avec les revendications de l’organisation mobilisée. C’est du moins ce lien direct entre la participation individuelle et la mobilisation de la foule qui est vendu au populo par la presse et les medias qui cadrent plus ou moins professionnellement la contestation du Rif par l’écrit et occasionnellement par les fausses images propagandistes.

Toutes les études qui se proclament de la psychologie sociale, qu’elles soient de Gustave Le Bon ou de Gabriel Tarde, concluent en rupture avec cette vision simpliste des choses. Elles nous disent que l’individu participe à une manifestation sur des bases «purement irrationnelles» et que son engagement repose sur une «dynamique émotionnelle et imitative». Les individus seraient donc victimes d’une forme de «contagion» animée par un meneur qui «les incite à rejoindre les autres et à abdiquer à la faculté rationnelle d’agir». Vue sous cet angle, l’action collective serait non seulement irrationnelle mais potentiellement dangereuse. Inorganisée et incontrôlable, elle donnera lieu à des débordements et des risques d’émeutes. Le Bon et Tarde peuvent dire ce qu’il veulent, il y a forcement un lien de causalité avec la frustration d’un individu et son engagement dans l’action collective d’un cortège revendicatif. Ce lien est renforcé par l’aggravation de la situation économique actuelle qui tue l’espoir de demain par une vision de lendemains qui déchantent et de dégradations des bénéfices des attentes populaires. L’espoir fait vivre, le désespoir fait bouger.

Vu sous cet autre angle, les mouvements sociaux ont besoin d’un minimum d’organisation et sont appréhendés par des «entrepreneurs de mobilisation» comme dans les entreprises en terme de coûts/bénéfices.

C’est dans ce cadre que pourrait s’inscrire l’action pyromane des parlementaires du PJD souteneurs de Benkirane, dorénavant prestidigitateur et marionnettistes politiques, que sont Abdelali Hamieddine et son alter égo féminin Amina Maelainine. Malgré une accélération ultrasonique des programmes de développement d’Al Hoceima et sa région, animés par une technique d’ensecret et de ficelles contrôlées chères aux marionnettistes, ces deux parlementaires premium du PJD à l’ambition ministérielle cassée, continuent à torpiller les efforts de l’État pour calmer les esprits chauffés du Rif et à miser sur l’échec d’un premier ministre issu de leur rang.

C’est aussi dans ce cadre que s’inscrit le présomptif appel à manifester malgré l’interdiction du journaliste d’Al Badil arrêté par les autorités et poursuivi par le parquet pour «incitations à enfreindre la loi». Il y a un moment où la perception de la ligne de séparation déontologique entre le militantisme de conscience et le travail journalistique où la démarche parlementaire est non seulement nécessaire mais capitale.

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