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Une croissance loin de son potentiel

Bank Al Maghrib analyse l’économie marocaine sur la période 1991- 2016

Omar Chafik, un chercheur de Bank Al Maghrib, que dirige Abdellatif Jouahri, s’est livré à une comparaison entre la croissance effective réalisée au Maroc et son potentiel sur une période de 25 ans.

Si les difficultés de mesure incitent nombre d’économistes à s’interroger sur la signification de la productivité, celle-ci a, néanmoins, été utilisée par Omar Chafik, un chercheur de Bank Al Maghrib (BAM), comme indicateur, pour comparer, sur une période de 25 ans, entre la croissance effectivement réalisée au Maroc et son potentiel.

Comparée à la période 2000-2007, une période relativement dynamique, la croissance potentielle, qui reste un indicateur important pour le pilotage des politiques économique et budgétaire, a connu une hausse sensiblement faible. En effet, la crise financière de 2008 a joué un rôle non négligeable dans le ralentissement du rythme de progression du Produit Intérieur Brut (PIB) potentiel. PIB dont la croissance n’a pas dépassé 3,9% l’an depuis. Sur le plan externe, l’économie marocaine a, notamment, souffert de l’atonie de la croissance chez les partenaires européens que sont la France et l’Espagne.

Lancinantes questions
Sur le plan interne, la croissance potentielle a, par ailleurs, été entravée, non seulement par le faible rendement de l’investissement public et le peu de dynamisme de l’investissement privé, mais aussi par le repli du taux d’activité ou encore la faible qualification de la main-d’oeuvre, avec, notamment, moins de 13% des actifs occupés qui sont des diplômés du supérieur….

Certes, la faiblesse des gains de productivité aussi bien du travail que du capital ne suit pas le même rythme concernant le secteur agricole et le secteur non agricole (industrie et services). Côté productivité globale des facteurs, souvent présentée comme une mesure du progrès technique, l’amélioration entre 2000-2007 et 2008-2016, quoique minime, est venue essentiellement des activités agricoles. Hors agriculture, la cadence du progrès technique de l’économie n’a pas dépassé 0,5%. Or, si on se base sur les hypothèses du dernier mémorandum économique sur le Maroc de la Banque mondiale, «seule une augmentation de 2% par an sur plusieurs décennies combinée à une amélioration du taux d’emploi permettrait de renforcer la croissance autour de 4,5% sur une longue période». Un défi aussi considérable nécessite la mise en oeuvre de réformes de structure, qui peuvent être parfois douloureuses. Car, l’État qui a toujours investi massivement dans les infrastructures de base (autoroutes, ports, etc.), ne pourra pas maintenir durablement le même rythme. Quant à l’investissement privé, il est loin de prendre le relais, notamment en investissant davantage dans le secteur non agricole.

Est-ce à cause d’une insuffisance de financement de la part d’un système bancaire, trop monopolisé pour jouer le jeu, ou est-ce à cause d’un environnement administratif trop contraignant et en mal de gouvernance (cf. notamment le discours royal critique envers les Centres régionaux d’investissement, prononcé à l’occasion de la dernière fête du Trône), ou est-ce à cause de la peur de l’avenir et du risque…? Soit autant de lancinantes questions auxquelles les décideurs publics actuels n’ont pas de réponse.

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