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Il court, il court Akhannouch…

Aziz Akhannouch

Aziz Akhannouch a une ambition pour son parti: Faire pièce au PJD et remporter la victoire aux élections législatives de 2021.

Décidément, il fait beaucoup de miles, Aziz Akhannouch; il n’arrête pas –un marathonien… A la tête du RNI depuis pratiquement quinze mois, il est le responsable de parti qui a fait le plus de déplacements régionaux et locaux. Congrès régionaux par-ci, réunions par-là, il se dépense sans compter pour donner une nouvelle vie au RNI.

Voilà que, le samedi 3 février 2018, il était à Paris dans le cadre d’une conférence de quelque 500 représentants des MRE en Europe, aux États Unis, au Canada et même d’ailleurs. Il a appelé cela une rencontre avec la «13ème région», celle donc de la communauté marocaine à l’étranger. Il a aussi, à cette occasion, lancé un nouvel organe, le Conseil des RNIstes Marocains du monde. Pour faire quoi? Il s’en est expliqué en ces termes: nouer des ponts de pensées, construire avec eux une certaine vision du parti, mener en commun des réflexions continues sur les solutions les plus appropriées aux chantiers du pays. Dans cette même ligne, il a insisté sur la nécessité de leur engagement et de leur implication pour le progrès du Maroc et son avenir. «Quelque chose d’essentiel est en jeu», a-t-il conclu. La délégation qui l’a accompagné était importante, avec, notamment, Mohamed Boussaïd, Lamia Boutaleb, Anis Birou, membres du bureau politique. Il a aussi rencontré le délégué général du parti français La République en marche –fondé par le président Emmanuel Macron-, Christophe Castaner, pour explorer avec lui les possibilités d’une coopération entre les deux formations se plaçant sous l’égide de la modernité et de la recherche d’une pratique renouvelée de la représentation des citoyens.

M. Akhannouch a-t-il un projet de société en tête? En tout cas, il a une ambition: remporter la victoire aux élections législatives de 2021 et, pour cela, mettre en ordre de marche sa formation. Les structures organiques internes ont été réorganisées, des organisations parallèles (jeunes, femmes, professions…) ont été également mises sur pied pour élargir le maillage territorial et social. Intégrer du sang neuf et s’ouvrir à des forces vives: tel est aussi le challenge.

Maillage territorial et social
La tâche est ardue. C’est qu’en effet M. Akhannouch n’a pas le profil ni le cursus des autres chefs de parti, dont certains ont un cursus militant. Il vient du monde des affaires –il est aujourd’hui la première fortune du Royaume, surclassant en 2017 Othman Benjelloun. Il a eu un parcours d’élu local régional complété par un mandat de parlementaire de sa région. Coopté comme membre du bureau politique du RNI, il a été ministre de l’Agriculture et de la Pêche en octobre 2007 dans le cabinet Abbas El Fassi. Il surprend cependant tout le monde en annonçant sa démission de ce parti le 2 janvier 2012 et retrouve le même département le lendemain comme SAP (sans appartenance politique) dans le nouveau cabinet Benkirane.

Retour au premier plan
Puis, quatre ans plus tard, au début de mai 2016, il annonce qu’il se retire de la vie politique et qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat parlementaire lors des élections d’octobre 2016. Or, au lendemain de ce scrutin du 7 octobre, le voilà qui revient au RNI, lors d’une réunion du bureau politique, pour être élu «président par intérim» par suite de la démission de Salaheddine Mezouar, puis président lors d’un congrès extraordinaire tenu à Tanger trois semaines plus tard.

Pareil retour –et au premier plan– nourrit de fortes interrogations. A quoi tient cette révision déchirante d’un départ pourtant annoncé? Quelle est sa feuille de route? Est-il en mission pour faire pièce au PJD de Benkirane, grand vainqueur du scrutin législatif du 7 octobre 2016 et qui a été ensuite reconduit comme chef de gouvernement désigné le 10 octobre du même mois? N’est-il pas venu suppléer le PAM et compenser d’une certaine manière l’échec relatif de cette formation de Ilyas El Omari qui n’a pas pu supplanter la formation islamiste malgré un score de 102 sièges, contre 46 en 2012? Assurément, il insuffle une dynamique au parti de la colombe, qui a connu bien des convulsions et des luttes intestines depuis le départ de son leader et fondateur historique Ahmed Osman en avril 2008. Ses deux successeurs, Mustapha Mansouri et Salaheddine Mezouar ont eu en effet des difficultés à redonner une place significative au parti, notamment par suite de la création du PAM et de la lame de fond bénéficiant au PJD en 2011.

Quel bilan provisoire peut être dressé de sa présidence du RNI depuis octobre 2016? Au sein de son parti, il arrive à faire prévaloir son leadership; les caciques n’ont pas eu le choix d’ailleurs dans la mesure où il leur a fallu contenir leurs ambitions respectives –tel est le cas en particulier de Rachid Talbi Alami, ancien président de la Chambre des représentants et actuel ministre de la Jeunesse et des sports… Il a aussi écrémé les rangs dans les régions et les autres collectivités territoriales en écartant des cohortes de notables «rentiers », davantage tournés vers la gestion de leur statut personnel que vers une dynamisation des structures. Des cadres et des jeunes, un temps attirés par le PAM par opportunisme –ou par adhésion?– se sont tournés vers le RNI. Au sein du gouvernement, Akhannouch a une place prépondérante.

C’est lui qui a été le mandataire de fait et le négociateur en chef lors des discussions avec Benkirane puis avec El Othmani pour former le nouveau cabinet formé et dirigé par ce dernier en avril 2017. Il avait déjà imposé à Benkirane, alors chef du gouvernement désigné (10 octobre 2016–15 mars 2017), l’Union constitutionnelle (UC) de Mohamed Sajid. Un acquis d’autant plus significatif que cette formation avait été reléguée dans l’opposition dans tous les cabinets formés depuis le gouvernement d’alternance de Abderrahmane Youssoufi (mars 1998–octobre 2002). En intégrant l’UC à la nouvelle majorité, il renforçait en même temps sa capacité de négociation.

Une place prépondérante
Dans ce même esprit, il a fini par avoir gain de cause avec l’adjonction de l’USFP à cette majorité, ce qu’avait totalement refusé Benkirane, qui estimait qu’il avait déjà fait une grande concession en acceptant à contre-coeur l’élection de Habib El Malki à la présidence de la Chambre des représentants. Pour ce qui est du MP de Mohand Laenser, l’exercice son leadership était mieux accepté par ce parti compte tenu de la faiblesse de cette formation, dont le bilan des ministres restait bien discutable et qui, culturellement, depuis des lustres, n’était plus que supplétive. Aziz Akhannouch se présente volontiers comme le «coach» des alliés de la majorité (RNI, MP, UC, USFP). Il a été épargné par les suites et les sanctions liées aux évènements d’Al Hoceima; les ministres PJD aussi, d’ailleurs, parce que cela aurait affaibli El Othmani et fait le jeu de Benkirane. Il s’active beaucoup sans doute pour tenter de mettre à niveau son parti mais aussi comme s’il était déjà en précampagne. Alors que le calendrier électoral législatif est fixé normalement à 2021, nombreux sont ceux qui se demandent si ce «forcing» actuel n’a pas d’autres préoccupations: la préparation, d’ores et déjà, à toute éventualité, dont celles du retour du PJD à l’opposition ou encore d’élections anticipées; la mise à profit de la contraction de l’influence électorale de la formation islamiste attestée par ses résultats médiocres lors de la vingtaine d’élections partielles depuis un an.

N’y aurait-il pas beaucoup d’impatience et de fébrilité dans l’action d’Akhannouch? Un tel état d’esprit avait déjà été observé avec le PAM et Ilyas El Omari avant le scrutin de novembre 2011 puis celui d’octobre 2016. Il paraît également marquer la démarche d’Akhannouch, qui compte imposer son parti au premier rang lors des élections de 2021 et ramener le PJD à un cantonnement plus modeste, moins arbitral et central. Reste à savoir si ce parti arrivera à proposer une offre réellement attractive d’ici là. En l’état, quel est son projet? La social- démocratie? Mais ce choix de société avait déjà été fait par Ahmed Osman, président fondateur, en 1984.

Les conditions d’une alternative
En 2018, qu’est-ce donc que le référentiel social-démocrate au Maroc? Plus encore: quelle est l’identité de ce parti de la colombe dans le champ politique? Composante de cinq gouvernements depuis 1998, quelle a été sa marque particulière dans les politiques publiques? Akhannouch s’en tient à un discours sur le «progrès» sans que sa déclinaison programmatique soit précisée. Il développe aussi d’autres points donnant la priorité à la santé, à l’habitat, à l’éducation nationale et à l’emploi; il s’adresse en particulier aux jeunes et aux diplômés chômeurs pour leur faire des promesses. Un positionnement pour le moins interrogatif puisque luimême et son parti ont des départements ministériels importants et qu’ils sont partie prenante dans le gouvernement El Othmani.

Vise-t-il plutôt à réunir les conditions d’une alternative? Ce qui commanderait que le PJD d’El Othmani en arrive à se trouver dans une situation inconfortable –ce qui est déjà le cas …- et intenable qui le conduirait à jeter l’éponge et à rejoindre l’opposition. Pour certains, Akhannouch n’offre réellement qu’une «vraie–fausse» alternative, partageant de fait avec El Othmani la codirection du cabinet, en attendant des opportunités et des conjonctures favorables. En tout cas, en l’état, il y a des turbulences activées par Benkirane, dans son discours devant la jeunesse PJD, samedi 3 février 2018. Ne risquent-elles pas de précipiter des évolutions potentielles, voire prévisibles, liées aux conséquences de la formule majoritaire actuelle ?.

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