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Le coup de colère de Marocains

Réaction à la décision de la Maison Blanche reconnaissant Al Qods comme capitale d’Israël

Trump fait ses premières classes pour comprendre la complexité du Proche-Orient. Il s’acoquine avec Netanyahou, à qui il promet l’annexion totale d’Al Qods et de la mosquée Al Aqsa. Des lieux chargés d’histoire et de cohabitation religieuse et culturelle. Colère des musulmans de par le monde.

La question palestinienne revient régulièrement au devant de l’actualité, comme pour dire qu’il n’est pas possible de la reléguer aux oubliettes de l’Histoire. Cette situation dure et persiste depuis soixante-dix ans et la création de l’État d’Israël par l’ONU en 1948. Des intellectuels français, parmi d’autres nationalités, tels Jacques Julliard, dans un éditorial du Nouvel Obs, ont considéré que cette naissance hautement assistée est une grande injustice historique à l’égard du peuple de Palestine. C’est précisément pour confirmer cette vérité indéniable que les associations marocaines de solidarité avec les Palestiniens ont organisé, le dimanche 10 décembre 2017 à Rabat, une manifestation de dimension nationale.

Trump joue avec le feu
Il fallait afficher un rejet total des toutes dernières élucubrations en date du président américain, Donald Trump; en particulier, le projet néfaste de révision du statut d’Al Qods et de la mosquée Al Aqsa. Le nouvel homme fort de la Maison Blanche a effectivement annoncé, le mercredi 6 décembre 2017, que les USA s’apprêtaient à déplacer leur ambassade de Tel Aviv à Al Qods. Difficile de faire mieux pour embraser un Proche-Orient où l’équilibre instable tient au fil d’Ariane de ce même statut méticuleusement fragilisé.

En Palestine, tout est Histoire, de quelque angle de vue que ce soit. Sans remonter aux fouilles archéologiques menées sous la mosquée Al Aqsa et à leurs objectifs réels actuellement mis en oeuvre, force est de constater que Donald Trump joue avec le feu. Depuis son élection controversée, on a eu tendance à prendre ce milliardaire ostentatoire pour un ignorant de la chose publique à l’internationale, doublé d’un provocateur avéré. Ce jugement est, certes, quelque peu expéditif; mais il n’est pas loin de la vérité. Trump ne pouvait pas ne pas être au fait de la réalité complexe de la question palestinienne; quitte à se faire chuchoter quelques données de base par ses conseillers. Il devait au moins savoir qu’il venait de toucher, apparemment à la légère, un problème que les grandes puissances de l’époque, par la voie de l’ONU, ont créé de toutes pièces, sans service après vente. Car, il est impensable qu’une sortie pacifique se fasse, encore et toujours, au détriment du peuple palestinien.

Des conséquences dramatiques
C’est l’esprit même de la lettre adressée par S.M. le Roi, le 5 décembre 2017, au président Trump, en ces termes: «Vous n’êtes pas sans savoir, Excellence, l’extrême importance que revêt la ville d’Al Qods non seulement pour les parties en conflit, mais également pour les fidèles des trois religions célestes. De par ses spécificités religieuses uniques, son identité historique séculaire et sa grande symbolique politique, la ville d’Al Qods doit demeurer une terre de cohabitation et un symbole de coexistence et de tolérance pour tous». Tout est dit.

Trump a levé un lièvre qui risque d’avoir des conséquences dramatiques pour les pays de la région et au-delà. En gros, une perspective cauchemardesque où le peuple de Palestine sera au centre d’une conflagration qu’il n’a pas souhaitée. Pas plus d’ailleurs que les franges pacifistes de la diaspora juive de par le monde. Dans sa lettre, avec des mots justes, le souverain a mis en garde le président américain contre toute démarche hasardeuse. D’autant que ce Proche-Orient n’en peut plus, tellement il a été le laboratoire à ciel ouvert des cartographes attitrés qui font et défont les frontières à la demande de leurs employeurs coloniaux.

D’où cette mosaïque qui défie tout entendement. Israël fait partie de ces excroissances où les lignes de séparation n’obéissent à aucune logique. À plusieurs reprises, le Souverain semble faire la leçon à ses destinataires sur la nature profonde du conflit israélo-palestinien et l’implication, à étages multiples, des pays arabo-musulmans.

Le lit de l’extrémisme
«Le Proche-Orient, dit-il, vit au rythme de crises profondes, de tensions continues et de périls en nombre qui nécessitent d’éviter tout ce qui est de nature à exacerber les sentiments de frustration et de déception qui font le lit de l’extrémisme et du terrorisme».

Une donnée fondamentale semble avoir été oubliée par Trump; la charge religieuse et stratégique de la ville d’Al Qods et de la mosquée Al Aqsa. Les peuples musulmans des cinq continents ne peuvent supporter une judaïsation totale de la ville et la menace d’écroulement d’Al Aqsa. Troisième lieu saint et première orientation de la prière avant la Mecque. À part ce lieu chargé de religiosité, les lieux saints des trois religions constituent un espace de rencontres et de communions que personne n’aborde pour connaître les convictions religieuses des visiteurs d’un moment ou de candidats à une installation dans la durée.

L’Israël de Netanyahou est en train de casser cette image d’ouverture sur l’autre, sans clichés préconçus. Il fait plutôt partie des apôtres du grand royaume d’Israël qui s’étend du Golfe persique à l’Océan Atlantique. Les orthodoxes hébraïques y croient dur comme fer. Ils partent à la recherche de la moindre présence de juifs au Proche-Orient il y a trois mille ans. Si l’on prend cette tranche de l’Histoire pour référence, on devrait, nous autres, arabo- musulmans, se dépêcher à réoccuper l’Andalousie que nous n’avons quittée que tardivement. Il y a à peine six siècles.

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