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Cooptation, clientélisme et électoralisme minent nos partis

Mustapha Sehimi

Quelles élites politiques ?

Qui est satisfait des  élites politiques  actuelles? Ce n’est  pas prendre un grand  risque que d’avancer  qu’un sondage donnerait  plutôt une évaluation passablement  médiocre. Quelles sont  les raisons d’un tel état d’esprit?  D’abord, ceci: l’époque. Depuis des  décennies, le personnel politique,  tel qu’en lui-même, a marqué peu  de renouvellement; tant s’en faut.  La disparition de M’hamed Boucetta  témoigne bien de cette situation.  Son parcours, durant des décennies,  lui a permis de capitaliser une  crédibilité marquée du sceau du  sens de l’État, de l’attachement à  la loyauté et du patriotisme.

Aujourd’hui, avec Abderrahmane  Youssoufi, Mahjoubi Aherdan et  quelques d’autres –à des titres évidemment  distincts– ne reste qu’une  petite poignée de grandes figures  d’une génération post indépendance.  Celle qui a suivi ne s’inscrit  pas assurément dans le même  registre: sa production d’une élite  relève en effet d’une autre comptabilité.  Laquelle? Celle, malgré tout,  d’un déclin progressif et continu  des ferveurs militantes.

Les circonstances des dernières  décennies ont conduit, suivant des  modalités variables, à la “fabrication”  et à la sélection d’élites  davantage tournées vers la gestion,  les affaires publiques, voire la compétence  économique. Tout un segment  est ainsi éligible à la poussée  de technocrates, occupant souvent  une position dans l’appareil d’État,  et qui ont investi tel ou tel parti  pour y mener une carrière parlementaire  et même ministérielle. Un  autre segment s’est traduit par une  nouvelle activation sociologique des  notables désireux de conforter leur  statut par un mandat électif.

Quant aux élites économiques,  elles ont toujours veillé à prendre  leurs distances par rapport au  champ politique pâtissant à leurs  yeux d’une démonitisation –une  moins-value…

Comment faire pour redonner du  crédit et du lustre aux élites politiques?  Il est frappant de relever  à cet égard l’absence de celles-ci  de la mise en oeuvre de la diplomatie;  c’est encore plus singulier  si l’on note que la mise en oeuvre  de ce redéploiement “activiste” en  Afrique, sous la houlette du Roi, se  déroule sans les élites politiques.  Le Souverain tient toujours à se  faire accompagner, lors de ses  visites à l’étranger, d’une forte  délégation d’hommes d’affaires  et d’opérateurs économiques.  On n’attend pas, bien sûr, qu’une  seconde délégation, politique cellelà,  soit également du voyage, ce qui  serait contraire aux usages et à la  responsabilité d’Etat du Roi. Mais,  pour autant, les acteurs politiques  ont un rôle significatif à jouer dans  ce domaine, soit en amont, soit pour  le suivi et la consolidation des relations  bilatérales ainsi confortées par  les visites royales. Voici trois ans,  devant le parlement, S.M. Mohammed  VI avait insisté sur la place et  le rôle de la diplomatie parallèle:  celle des parlementaires mais aussi  celle des partis, de la société civile  et d’autres acteurs.

Quel bilan peut être dressé à cet  égard? Bien modeste, médiocre  même. Le problème tient sans doute  à deux facteurs. Le premier d’entre  eux regarde le mode de sélection  des élites locales par les partis; il y  a de la cooptation, du clientélisme  et même du népotisme –pas forcément  la meilleure procédure…; mais  il y a aussi la focalisation des partis  sur les élections, les sièges et les  ministères. De ce point de vue, la  question de l’insertion dans l’environnement  international n’est guère  pesante: le “localisme” prime. Une  situation qui pèse sur la promotion  de nouvelles élites, implantées localement  mais également tournées à  l’international, tant dans l’intérêt de  leurs partis respectifs en lui donnant  plus de visibilité que dans celui  de la diplomatie officielle

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