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Conte de faits

Driss Fahli

Driss Fahli

Sadiq Khan est maire de  Londres. Non, ce n’est pas  comme ça qu’il faut l’annoncer.  C’est plus média quand  on l’affuble de sa qualité, ou plutôt  de sa qualification de musulman.  C’est encore plus vendeur quand on  annonce que c’est un pauvre immigré  de père chauffeur de bus et de mère  couturière et qu’il est devenu Maire  de Londres après la prière du vendredi.  Toutes les qualités intrinsèques,  les compétences et le programme  de l’individu sont mis à l’ombre pour  ne médiatiser que son côté d’indigent  musulman qui prend un poste  plus forgé pour un riche Goldsmith  juif issu d’Eton que pour un pauvre  musulman issu de la rue.

Pourtant, à aucun moment, le candidat  Sadiq n’a utilisé l’islam ou la  pauvreté comme arguments de campagne.  Il est resté constamment sur  un discours politique et s’est battu  pour un projet purement politique.  Mieux, il a dénoncé le port du voile  par les femmes et voté en faveur du  mariage homosexuel, ce qui lui a valu  une fatwa et des menaces de mort  de la part des tenants du talion islamique.

Pire, il a choisi la cathédrale de Southwark  pour son intronisation loin  des élévations des minarets et des  clameurs sonorisées du Muezzin.  Tous n’hésitent pas à franchir le Rubicon  de l’émotion pour planer dans les  cocons de l’intégration et de l’ouverture.  Certes cela a quelque chose de  positif qui ne fait que confirmer le  rejet actuel, de par le monde, de ce  qui est institutionnel, mais à force de  crier au loup, on risque d’occulter la  réalité des choses: c’est à dire l’avancée  phénoménale de l’extrême droite,  de l’islamophobie et de la ségrégation  ethnique et sociale.

Londres n’est pas Paris, n’est pas non  plus Berlin ou Vienne. Londres a une  caractéristique urbaine de tolérance  plus ou moins avérée que ne possède  aucune autre capitale en Europe. 40%  des ses habitants sont issus de minorités  ethniques. Le racisme et le rejet  de l’autre ont une allure de gentleman  et ce, pour 3 raisons.

La première est en relation avec l’histoire  et l’immigration postcoloniale où  le racisme est le fruit d’une relation  entre les races (race relations), la  seconde est l’influence de la sociologie  américaine où la relation raciale  est un objet de la promotion d’une  société urbaine capitaliste et la troisième  est la particularité des immigrés  en provenance des pays du New  Commonwealth qui bénéficient des  droits sociaux et politiques en tant  que citoyens britanniques.

Les partis d’extrême droite, l’UKIP  (UK Independence Party) souverainiste  et le BNP (British National Party)  xénophobe, n’arrêtent pas de progresser  dans la paysage anglais sur la  base d’un discours de stigmatisation  de l’autre et d’attaque de la religion  musulmane.
A retenir la répercussion de cette  victoire sur deux ténors de l’inanité  internationale: Donald Trump, qui  va faire une exception pour laisser  entrer Sadiq aux États-Unis en tant  que musulman et le controversé sioniste  Finkielkraut qui réduit le choix  électoral à une opposition entre l’origine  pauvre d’un musulman et celle  d’un riche héritier juif disqualifié  parce qu’il est né avec une cuillère  d’argent dans la bouche mais aussi  à cause de l’antisémitisme du parti  travailliste.

L’enseignement à tirer de cette  réussite est très riche: dorénavant, il  faudrait laisser tomber le baratin religieux,  le populisme et les promesses  à dormir debout pour se recentrer sur  de vraies politiques sociales.  Allo le PJD… allo les autres figurants…  désolé! Ils sont aux abonnés  absents

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