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La consommation progresse plus rapidement que les revenus

Seddik Mouaffak

Déficit d’épargne

Contrairement à l’explication  de certains économistes  qui veut que plus  le revenu est élevé, plus  la propension marginale  à épargner a tendance à s’accroître,  au Maroc c’est la consommation des  ménages qui progresse plus rapidement  que le revenu. Entendez revenu  disponible brut, dont le salaire est la  première composante.

Il en résulte que l’épargne ralentit et  accuse même des baisses certaines  années. C’est du moins ce qui ressort  des données fournies par les comptes  des secteurs institutionnels publiés  récemment par le Haut Commissariat  au Plan (HCP). Données qui indiquent  bien sûr une tendance générale mais  pas la situation particulière de chacun.  Elle n’est pas la même pour tous.  Les uns sont plus avantagés que les  autres. Les inégalités de revenu et  de consommation touchent plus les  laissés-pour-compte aussi bien dans  le milieu urbain que rural.

Elles touchent plus les femmes salariées  que les hommes salariés. Des  inégalités qui ne sont pas appelées à  s’atténuer par ces temps de rigueur  et d’austérité.  Ainsi, entre 2007 et 2014, le revenu  brut disponible des ménages équivalant  à 632,4 milliards de dirhams  en 2014, a augmenté de 5,5% par an  en moyenne. Par ménage, le revenu  disponible brut ressort à 86.465  dirhams par an et à près de 19.000  dirhams par tête en 2014, au lieu  de 70.605 dirhams par ménage et  14.120 dirhams par tête en 2007.

Compte tenu de la faiblesse du  niveau d’inflation enregistré sur  cette période, le pouvoir d’achat des  ménages a augmenté en moyenne de  l’ordre de 4%. Cette augmentation a  profité plus à la consommation qu’à  l’épargne, chiffres du HCP à l’appui.  En effet, en 2014, les dépenses de  consommation des ménages ont  représenté 87,5%, au lieu de 85,6%  en 2007. En moyenne, les ménages  ont consacré 86% de leur revenu disponible  brut à la consommation. Soit  une propension moyenne à consommer  élevée, dont le corollaire n’est  autre qu’un niveau d’épargne relativement  faible.

En effet, en moyenne, l’épargne  brute des ménages ressort à 14% par  an sur la période observée. Le taux  d’épargne désignant le rapport entre  l’épargne brute et le revenu disponible  brut.  Au cours des années 2010, 2012  et 2014, elle a même accusé des  baisses. En 2014, par exemple,  l’épargne brute des ménages, en  valeur absolue, a baissé à 81,6 milliards  de dirhams, contre 90,33 milliards  de dirhams.

Comment expliquer alors cette tendance  à consommer plus sinon par  le recours de plus en plus au crédit  bancaire? Les Marocains auraientils  tendance à s’endetter plus pour  satisfaire leurs besoins de consommation  ou pour acquérir un logement?
Les Marocains seraient ainsi plus des  cigales que des fourmis. Plus que  par l’économie, le comportement  d’épargne et d’endettement ne s’expliquerait-  il pas par les traditions et la  culture du pays?
Si, sous d’autres cieux, on travaille,  puis, à partir d’une partie du fruit de  son labeur, on constitue une épargne  qui permettra ensuite de consommer,  dans notre pays, la situation estelle  tout autre? Si oui, nous serions  alors catalogués parmi les pays où la  consommation est davantage liée à  l’endettement qu’à l’épargne.  Endettement qui a tendance à s’accroître  d’années en année non seulement  chez les catégories sociales  qui n’arrivent pas à joindre les deux  bouts, mais aussi auprès de ces  classes dites “moyennes” dont le  sort est de tendre à s’orienter vers  plus d’appauvrissement.

Or, sans amélioration du pouvoir  d’achat de ces dernières, il serait  difficile d’inverser la courbe de  l’épargne au Maroc vers plus de progrès  et de croissance.

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