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Une conférence de Mustapha Sehimi à la Maison du Maroc à Paris

LES DEFIS DU MAROC

Mardi 15 janvier courant, Mustapha Sehimi, professeur de droit et politologue – par ailleurs éditorialiste à MHI – a fait une conférence à la Maison du Maroc, à Paris sur :  » Les défis du Maroc « . Durant une plus d’une heure, il a traité de plusieurs thèmes intéressant la vie nationale. Il a abordé pour commencer les « fondamentaux du Royaume » qui constituent le socle de la nation qui ont été de nouveau consacrés par la Constitution de juillet 2011, à savoir l’Islam, la monarchie, l’intégrité territoriale et la démocratie. A propos de la monarchie, cette institution est un référentiel fondamental du fait du legs de l’histoire, du statut religieux d’Amir Al Mouminine, de son statut institutionnel et politique aussi. Reprenant une formule du général De Gaulle, le conférencier a dit que  » le Roi est garant de l’essentiel national”.

Pour ce qui est de l’intégrité territoriale, M. Sehimi a rappelé les différentes séquences connues depuis la Marche Verte de 1975 avec leurs développements régionaux et internationaux. Il a mis en relief en particulier la dernière résolution 2440 du Conseil de sécurité en date du 31 octobre 2018. Ce texte a validé la position du Maroc depuis plus de quatre décennies qui incrimine l’Algérie dans ce conflit artificiel. « L’Algérie est le problème mais aussi la solution », a-t-il précisé en faisant référence au fait que pour la première fois la haute instance onusienne considère que ce pays est définitivement impliqué. Dans le passé, les résolutions du Conseil de sécurité ne considéraient le voisin de l’est que comme un « observateur  » ou encore comme un pays de la région. C’est d’ailleurs sur cette même base que SM le Roi a adressé, dans son discours du 6 novembre dernier, une invitation à l’Algérie pour engager un processus de normalisation entre les deux pays, une main tendue qui n’a pas été saisie…

Abordant ensuite la situation économique , le conférencier a relevé des résultats plutôt « modestes », bien en-deçà des attentes et des objectifs fixés. Pour 2018, le taux de croissance n’a été que de 3% après 4,1 %, pour 2019 c’est un chiffre de 2,9% qui est prévu. L’inflation, elle, est de l’ordre de 2%. Le budget 2019 prévoit 253 milliards de DH de recettes provenant à hauteur de 85 % des impôts et plus de 310 milliards de dépenses. Dans cette partie-là, les dépenses de fonctionnement dépassent les 215 milliards de DH (personnel: 112, matériel: 45, charges commues: 44 et remboursements: 10 ). Le budget d’investissement, lui, avec 73 milliards de DH représente ainsi le tiers des dépenses de fonctionnement. Il est prévu quelque 10 milliards de DH au titre de certaines privatisations et également le même montant pour le recours à l’emprunt international. L’endettement public, en incluant celui des entreprises publiques (ONEE, ADM,…) se situe à 83 %.

Une loi de finances « ‘sur la corde raide », a-t-il poursuivi l’orateur en mettant en cause une croissance faible, les aléas climatiques, la faible offre en contenu technologique et en capacité d’exportation, la médiocre création d’emplois qualifiés ainsi que le peu de contribution pour réduire les inégalités sociales et territoriales. Le budget 2019 sera-t-il un budget de relance en annonçant le soutient à l’investissement privé et à l’entreprise ? Mais en même temps, il priorise aussi la maîtrise des équilibres macroéconomiques et celle de l’endettement et ce dans un effort de mobilisation de recettes additionnelles dont la charge fiscale. Ce qui implique un climat de confiance rassurant les opérateurs et les investisseurs locaux et étrangers. La CGEM insiste beaucoup sur cet aspect; le nouveau ministre des finances aussi. Les chefs d’entreprise sondés à la fin du troisième trimestre 2018 ont majoritairement une opinion qui n’est pas tellement positive à cet égard. Le déficit commercial pour 2018 a été de 57% avec un montant de 186 milliards de DH. Si les IDE avec 32 milliards de DH ont progressé (+ 36 %), en revanche les recettes du tourisme piétinent ( + 1,7 %) de même que celles des transferts des MRE ( + 1,8 %).

Dans le domaine social, si des progrès ont été enregistrés, il reste cependant beaucoup à faire. A l’actif, le taux de pauvreté qui a été divisé par trois entre 2001 et 2014 avec 4,8% aujourd’hui. Il faut y ajouter l’amélioration du niveau de vie qui a pratiquement doublé durant cette même période avec un revenu annuel moyen de 16.000 DH; ou encore des mesures en faveur de certaines catégories particulières: couverture sociale de l’enfance, programme Tayssir de lutte contre l’abandon scolaire, l’indemnité pour perte d’emploi, AMO en cours de généralisation, RAMED, …). Au total, en application des orientations royales, le budget 2019 a donné une forte priorité au social avec une hausse de 68 milliards de DH pour l’enseignement et I6 pour la santé. Des catégories demeurent cependant non couvertes par la protection sociale (le secteur informel, les professions libérales, les travailleurs non salariés, les aides familiaux, les mères célibataires, les handicapés, les personnes âgées, les victimes des accidents du travail et des maladies professionnelles, les chômeurs,…). L’une des réformes à l’ordre du jour porte sur l’hétérogénéité des régimes de prévoyance sociale avec plus d’une centaine d’intervenants publics. Elle doit se doubler d’une application des standards internationaux, 42 conventions de l’OIT n’étant pas signées par le Maroc.

Au moment où la question du modèle de développement est posée – le Souverain l’a recommandé depuis plus d’un an, dans son discours devant le Parlement le 13 octobre 2017 – le volet social prend toute sa dimension. Si de grands efforts ont été déployés au cours des dernières décennies, les résultats ont été insuffisants et n’ont ainsi que faiblement relevé le niveau des indices sociaux. C’est sur cette base-là qu’a été instituée l’INDH en mai 2005 pour améliorer l’intégration de l’action publique et la synergie entre les différents acteurs de développement local et les populations des quartiers cibles. Une nouvelle génération de réformes de l’action de l’INDH a été décidée par le Roi pour donner plus d’efficience à ce programme.

« Une nouvelle politique sociale s’impose pour plus de justice sociale », a expliqué le conférencier. Elle commande une autre politique de subvention budgétaire pour la compensation dont la charge est de 17 milliards de Dh en 2018 et qui va conduire au Registre social unique (RSU) devant être appliqué en 2020. Elle doit aussi s’appuyer sur une profonde réforme du système éducatif et de la formation professionnelle permettant à terme de mettre fin au chômage d’un jeune sur quatre, de 3/4 des diplômés chômeurs et à l’exclusion scolaire avec une déperdition annuelle de plus 300.000 élèves.

Quant au volet politique des défis du Maroc, il se décline en plusieurs aspects, « Comment opérer le changement? », s’est interrogé M. Sehimi . Par le haut ou par le bas ? Par le haut avec une forte dose de volontarisme réformateur voulu et soutenu par le Roi mais qui n’est pas assumé de manière satisfaisante par le gouvernement. Par le bas ? Avec une dynamique sociale qui est d’ailleurs de plus en plus contestataire. Pour l’orateur, la crédibilité des partis est sujette à caution pour de multiples raisons connues. Leur offre politique et programmatique n’est pas attractive ni mobilisatrice. Il y a une un espace protestaire qui s’est élargi au plan national mais en même temps il y a une demande d’Etat qui est plus forte, « une demande de mieux d’Etat », précise-t-il. L’opposition n’est pas très audible pour ce qui est du PAM ; le parti de l’Istiqlal de Nizar Baraka s’emploie depuis mai dernier à mettre en avant un programme alternatif axé sur une « rupture » avec les axes de la politique gouvernementale actuelle.

Les défis du Maroc en ce début 2019 sont importants. Depuis avril 2017, le cabinet El Othmani n’a pas pu-ou su- les identifier clairement pour donner une forte visibilité et une lisibilité tout aussi marquée à l’application de son programme d’ailleurs si peu invoqué et qui n’est plus tellement opératoire compte tenu des décisions et orientations royales tant en 2017 qu’en 2018. La majorité est-elle mobilisée autour du Chef du gouvernement ? La stabilité de ce cabinet est-elle confortée ?

Des questions qui ont ouvert un débat animé avec l’assistance durant plus d’une heure, avec Abderrahim Hafidi comme modérateur. Cette conférence fait partie du programme culturel de la Fondation de la Maison du Maroc présidée par l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa. Une action organisée tout au long de l’année sous la direction de Mohamed Boussetta, directeur de la Maison du Maroc et de Mohamed Bidache, chargé des affaires culturelles. Les prochains conférenciers prévus sont Mohamed Kabbaj, ancien ministre, et Ahmed Toufik, ministre des Affaires Islamiques et des Habbous.

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