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Comment les réseaux sociaux se sont emparés de Much Loved

Nabil Ayouch et des acteurs du film sur le tapis rouge de la Croisette.

Nabil Ayouch et des acteurs du film sur le tapis rouge de la Croisette.

Les rushes du mal

RÉACTIONS. Le film Much Loved a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux.  Beaucoup d’internautes dénoncent un film cru et vulgaire. La classe politique marocaine  n’a pas été en reste.

Le dernier long métrage  de Nabil Ayouch, Much  Loved, présenté à la  Quinzaine des réalisateurs  du 68ème festival de  Cannes, a été officiellement  interdit de projection au Maroc. Le  moins que l’on puisse dire, c’est  que la décision, annoncée par le  ministère de la Communication,  dirigé par Mustapha El Khalfi, le  soir du lundi 25 mai 2015, n’a pas  été prise d’une façon arbitraire.  Et ce contrairement à ce que  laissent entendre certains groupes  soutiens du film. D’abord, elle est  fondée sur la base d’un rapport  réalisé par cinq membres de la  commission de visionnage qui ont  vu le film à Cannes. Les membres  de cette commission représentent  le CCM (Centre Cinématographique  marocain), le ministère de l’Intérieur, le ministère de la  Communication, la corporation  des exploitants et celle des  distributeurs. «Outre le caractère  cru et vulgaire du dialogue et des  paroles utilisés, le film comporte des  scènes qui constituent un outrage  grave aux valeurs morales et à la  femme marocaine, et une atteinte  flagrante à l’image du Maroc»,  estiment-ils dans leur rapport.

Une décision souveraine
Mais, selon la loi régissant  l’industrie cinématographique,  cette commission, à elle seule, n’a  pas les compétences nécessaires  pour interdire les films destinés  au public de -18 ans. Son champ  d’action se limite au public  de -16 ans.
D’où l’adoption par le ministère de  la Communication de la décision d’interdiction. Dans le milieu  national du cinéma, on présente  l’interdiction du film de Nabil  Ayouch comme une décision  souveraine du gouvernement  marocain, qui a agi de la sorte  pour protéger la société marocaine  contre toute action visant à porter  atteinte à la moralité publique et  aux bonnes moeurs. Pour beaucoup  de commentateurs, la décision  des autorités marocaines est une  réaction légitime au tollé général  suscité par les cinq séquences du  film diffusées sur Youtube.

Des séquences qui ont choqué la  sensibilité des Marocains. Dans  l’une d’entre elles, on voit plusieurs  femmes prostituées s’adonner,  devant des acteurs jouant les rôles  de “touristes saoudiens”, à une  scène de danse extravagante, pour  ne pas dire pornographique. Dans  d’autres séquences, une discussion  tenue dans un taxi entre les quatre  prostituées du film, on entend un  dialogue extrêmement cru pour ne  pas dire ordurier.

Séquences chaudes
Alors que tout le monde pense que  le réalisateur du film était derrière  la fuite de ces séquences, ce dernier  a nié en être l’instigateur. Peu  convaincant, il explique que ces  extraits ont été demandés par la  société en charge de la sélection  des films au festival de Cannes.  «Laquelle société a mis en ligne  lesdits extraits sur son site Internet.  S’en est suivie une large diffusion  à cause du piratage informatique  et technologique», se justifie M.  Ayouch. Mais la question qu’on  se pose est: pourquoi a-t-il choisi  précisément ces séquences chaudes? En tous les cas, tout le  monde pense que Nabil Ayouch  avait établi une stratégie de  communication bien ficelée pour  créer le buzz sur Internet autour  de son film.

Les internautes déchaînés
Dès les premières heures de  leur diffusion sur Youtube, les  commentaires des internautes  les plus déchaînés commencent  à circuler. Chacun y va de son  appréciation personnelle. Certains  n’hésitent pas à taxer Nabil Ayouch  d’opportuniste qui exploite souvent  dans ses films, à des fins purement  commerciales, les maux de la  société marocaine.
Avant Much Loved, dans lequel  il met en avant le phénomène de  la prostitution au Maroc, Nabil  Ayouch avait déjà pris pour cible  les supposés terroristes de Sidi  Moumen pour réaliser Les Chevaux  de Dieu.

Et avant cela, il avait exploité  le problème des enfants des  rues pour donner corps à son  célèbre film Ali Zaoua. Avec Much  Loved, les Marocains se sont sentis  profondément blessés. «Ce n’est pas  le choix du sujet en soi qui a choqué  les Marocains, mais plutôt la manière  avec laquelle il a été traité. Tout le  monde sait que la prostitution existe  au Maroc et ailleurs, mais ce film tel  qu’il a été tourné ne peut pas être  diffusé au public marocain», explique  un internaute. Un autre estime  que les extraits diffusés du film ne  reflètent aucune qualité artistique,  encore moins une profondeur  cinématographique. Toujours sur  Facebook, une page appelant au  meurtre de Nabil Ayouch et de  l’actrice principale du film, Loubna  Abidar, a été créée.

Outre les réseaux sociaux, qui se sont  enflammés, les milieux politiques  n’ont pas échappé à la polémique.  Le Secrétaire général du Parti de  l’Istiqlal, Hamid Chabat, a été le  premier homme politique marocain  à réagir à ce film. Lors d’un meeting,  tenu dimanche 24 mai 2015 à  Imouzzer Marmoucha, M. Chabat  y allé de son commentaire indigné. «Nabil Ayouch a porté atteinte à  toutes les femmes marocaines. Il a  bien une mère, une soeur, une fille». Le  lendemain, lundi 25 mai, la jeunesse  de l’Istiqlal organise une manifestation  devant le Parlement sous le slogan  «contre les oeuvres qui visent à détruire  les valeurs nationales au nom de l’art».  Dans la même veine, le porte-parole  de l’Istiqlal, Adil Benhamza, se fend  d’une tribune dans le journal du  parti Al Alam, où il s’en prend au  cinéaste. «Nous sommes face à un film  commercial, produit et réalisé par un  cinéaste qui nous a habitués à tirer  profit des problèmes de la société»,  écrit-il.

Cette grogne populaire générale  qui a pesé sur le nouveau film de  Nabil Ayouch pourrait conduire  ce dernier devant les tribunaux.  Ainsi, une plainte a été déposée par  l’Association marocaine de défense  du citoyen devant le parquet général  de Marrakech. Une plainte qui a été  acceptée et sur la base de laquelle le  Parquet a décidé d’ouvrir une enquête  sur les circonstances de la réalisation  du film.

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