Dépêche
Accueil » Livres » « Un coeur marocain », de Jean Zaganiaris

« Un coeur marocain », de Jean Zaganiaris

Adam Kazantzakis, un Grec tombé dans la ville de Rabat, y prit un mal de coeur qui ne bat qu’au ralenti. Une vulnérabilité nouvelle qui le turlupine au quotidien, mais qui le fit, entre clopes et pintes, rencontrer Leila.

Un coeur, ça s’acculture… ça embrasse les airs, mais reste au fait des faux airs. Le coeur d’Adam, un Grec, plutôt qu’un citoyen du monde, il en est l’étranger. Partout où il fut, une gueule basanée, arabisante à regret le colle jusqu’à le reléguer à l’autre. En France, quoique grec, il fut rangé dans le sac des arabes et des sous-faits.

Au Maroc, le faux Arabe ne sert qu’à le statuer de l’étranger double qu’il devint. Adam, pourtant, bricola quelques mots saupoudrés à la marocaine pour faire corps avec ce monde, mais ce fut vite chose oubliée, comme on peut rire jusqu’à se décrocher la mâchoire d’un bricoleur pourtant de bonne foi! Puis, quelle hypocrisie de première! Adam le fit observer et à raison, ne parle-t-on pas plutôt la langue de l’autre, cette belle française? A Fortiori au boulot? Tant mieux ou tant pis.

Une percée en biais du monde du travail où l’on s’entre-écrase. A qui mieux mieux. Où l’on s’évertue à mettre l’autre sous la botte, le désintégrer, le rapporter à rien. Mais Adam, un animateur radio, qualifié mais humain, est plutôt bon vivant. Taquine la bouteille, brûle ses blondes ou brunes, s’éprend de livres sans en avoir couvert, mais trahi par un coeur qui ne bat qu’à 39 pulsions la minute.

Une arythmie malvenue, détecté de sitôt par un médecin grave, puis confirmé de si près par un autre plus tendre. Leila. Adam d’abord s’allège autant que faire se peut, par une bière puis une clope puis tout un bar avec l’assistance moulue dans de jolis galbes, et d’appâts protubérants, avant de dessoûler et de penser 39. Ce coeur marocain lent à devenir. Il se rend donc plutôt qu’à l’errance, à l’évidence. Leila, médecin, ausculte ce coeur lent, qui roule à 39, puis un corps sous tension de 19. Leila, dextre et dégoulinante de charme, eut vite d’avoir sous son emprise ce patient au coeur lent.

Amour double
Comme quoi, et comme le dirait Nietzsche, à quelques mots sautés, pour qu’il y ait «consultation» entre un homme et une femme il faut qu’il y ait le concours d’une antipathie physique. Pas de bol pour Adam, Leila fut d’un délice. Loin du froid souci qui ne demande que billet sur billet du médecin lambda, Leila fut humaine par dessus tout. Elle s’enquiert de l’état du coeur lent, le texte au besoin, le rappelle à l’ordre quand il y a bévue, Leila semble avoir de l’ubiquité. Adam coule sous cette maternité nouvelle qui le vient confondre avec un coeur naissant.

Le coeur lent va de pilule en prise de sang en machine. Le pacemaker et tout le chinois de la chose médicale s’abat sur lui. Il s’en est fallu pour faire un roman que l’amour soit double, et que la réciprocité lui vient couper herbe sous pied. Derrière la face placide, pourtant délicieuse de Leila, gît un vécu difficile, comme qui dirait que ce qui ne tue pas rend plus fou, ou amoureux.

Editions Marsam
Prix: 70 DH

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !