Dépêche
Accueil » Société » La cocaïne transite de plus en plus par le Maroc

La cocaïne transite de plus en plus par le Maroc

Moroccan Connection

De par sa proximité avec l’Europe, le Maroc est devenu une plaque tournante du trafic de drogue. Avec l’arrivée de la cocaïne d’Amérique et de l’héroïne d’Asie, ce commerce illicite s’est mondialisé. Nombre de jeunes prennent Pablo Escobar pour modèle. Le travail et l’effort sont dévalués.

L’assassinat froidement perpétré à Marrakech, le 2 novembre 2017, nous place sur un autre ordre de grandeur par rapport au trafic de drogue. Ni le mode opératoire utilisé, ni l’espace géographique où les faits se sont déroulés, ni même la nature de la drogue en question ne sont les mêmes que les cas similaires d’auparavant. Deux individus cagoulés sur une moto de grosse cylindrée débarquent dans le café La Crème, d’un standing certain, à l’Hivernage, un quartier de luxe, dégainent et tirent en direction d’une table précise où devaient se trouver les personnes à abattre. Ils se sont trompés de cible. Ils ont tué et blessé des innocents. Bavure grave pour des tueurs à gages.

La scène semble tirée d’un roman de série noire mis en film. Il ne manque au décorum que la traction-avant, les costumes en prince de Galles rayés et les chapeaux à l’américaine. Sauf qu’on n’est pas dans une fiction ou même dans une histoire revisitée à partir de faits réels d’une époque révolue. Le tout, sous d’autres cieux entre Marseille et Chicago, à mi-chemin transatlantique. Nous sommes au Maroc. L’usage du cannabis comme produit commercial à l’adresse des autres ou de soi-même, n’est pas une nouveauté pour le Maroc. Sans autre forme d’autoflagellation, disons que cette relation dangereuse est une réalité impossible à écarter d’un revers de la main à la manière des plaidoyers dans les tribunaux. On se gardera de dire que sa consommation n’est pas nocive, sous prétexte que des pays européens l’ont dépénalisée. Il n’est pas question de laxisme tabagiste à l’égard des jojos la fumette en herbe ou endurcis.

Une relation dangereuse
L’un des exemples les plus marquants en la matière a été l’arrestation, le 7 octobre 2017, de l’un des barons de la drogue les plus recherchés au Maroc. Celui qu’on appelait “l’Escobar de la Chaouia” a fini par tomber. La presse s’en est emparée de droit, mais l’identité de l’individu est restée frappée d’un top secret bien verrouillé, du moins au début. Malgré la filature policière, cet Escobar de chez nous a pu mener un train de vie de grand nabab sans être approché.

Il s’en est donné les moyens avec sa villa cossue à Had Soualem, dans la banlieue agricole de Casablanca; sa 4×4 blindée; sa dizaine de chiens d’attaque et ses 30 juments pur-sang, juste pour se donner l’apparence d’éleveur de chevaux de course. Avec autant de signes extérieurs de richesse, notre Escobar pouvait difficilement passer inaperçu. Tout autant qu’il est difficile de ne pas se poser quelques questions à ce sujet. Bien que nous soyons dans les dimensions financières d’une drogue douce, les 1.200 kilos de résine de cannabis valaient leur pesant en millions d’euros.

Signes extérieurs de richesse
Le meurtre de Marrakech est venu nous rappeler que nous sommes passés à un autre type de trafic de drogue sans le savoir. Pas du tout. La mutation qui se déroule sous nos yeux est celle d’une cohabitation à deux étages, le trafic artisanal du kif qui survit aux côtés du commerce mondialisé de la drogue dure. Le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) est constamment sur le pied de guerre face à ces deux trafics de drogue. Dans une conférence de presse tenue le lundi 2 octobre 2017, le directeur du BCIJ, Abdelhak Khiam, nous apprenait qu’une véritable cargaison de cocaïne, 2,5 tonnes, a été découverte à Skhirat et Nador. Cette prise record non seulement au niveau marocain, mais à l’international, n’est pas tombée du ciel ou par le biais de quelque informateur qui a le coeur à la tâche.

C’est l’aboutissement de trois ans de surveillance sans relâche, nous dit-on. On ne peut qu’admettre cette quantification hallucinante, même lorsqu’on sait que la cocaïne est un produit précieux qui s’achète et se consomme au gramme, pas au kilogramme, encore moins à la tonne. La valeur marchande de cette prise est de 25,8 milliards de dirhams, soit environ 2,5 milliards de dollars. La cocaïne saisie est à l’état pur, elle rapporterait encore plus une fois traitée. Que s’est-il passé pour en arriver à ce tonnage ? La “blanche” ou la “neige”, selon le jargon du milieu, se serait-elle dépréciée à ce point ? Rien n’est moins sûr. C’est plutôt le Maroc, de par sa proximité avec l’Europe, qui est devenu l’une des cibles privilégiées de ce trafic, en tant que pays de transit vers d’autres parties du monde.

Une véritable route de la cocaïne ou de l’héroïne, au choix, est en activité permanente; tout comme la route de l’opium, autrefois. Le Maroc est sur cette route. Il en est même devenu une plaque tournante incontournable, selon les gros bonnets de ce commerce aux dimensions mondiales sur les cinq continents.

Le choix de la facilité
La position géographique du Maroc n’est pas la seule à incriminer. Il y a aussi que nous avons fait, depuis toujours, le choix d’être un pays ouvert sur le monde. Un choix qui a été interprété et exploité comme un appel d’air par les trafiquants de tout acabit. L’effet pervers de cette ouverture. Sauf que nous ne pratiquons pas ce commerce illicite sans goûter à ce fruit interdit. Déjà en 2012, selon une enquête de terrain, quelque 50 mille doses d’héroïne sont prises tous les jours. Si l’on y ajoute les psychotropes, le Maroc ne serait plus qu’un marché juteux pour ce trafic.

En fait, c’est la meilleure partie de nous mêmes, notre jeunesse, qui se tue à petit feu. Pire encore, les réseaux sociaux révèlent que, pour grand nombre de jeunes, Pablo Escobar, le vrai, celui qui a tué ou fait tuer des femmes et des enfants, serait un héros à prendre pour modèle. Pas besoin d’être psy pour décrypter ce message terrible à tout point de vue. Il s’agit d’un désir d’enrichissement rapide et sans effort, surtout pas par le travail. En clair, le choix de la facilité quel que soit le prix. Contrairement à ce qu’on peut penser, ce trafic est un facteur de dérégulation de l’économie, dont il fausse le jeu.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !