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Clandestins, sans abris et laissés pour compte

Scène de désolation près de la gare routière de Ouled Ziane.

A Casablanca et Fès, des explosions de bonbonnes de gaz et des blessés parmi les Subsahariens

Difficile de croire encore que c’est le fruit du hasard. Après les évènements de novembre 20017, deux incendies se déclarent le même jour, le 8 juillet 2018, à Casablanca et à Fès, dans des endroits squattés de force par des Subsahariens irréguliers, causant des blessés.

Un incendie qui se déclare un dimanche dans une aire squattée par des Subsahariens clandestins, ça va, deux incendies le même jour, bonjour les dégâts. Le 8 juillet 2018, à Casablanca et à Fès, deux incendies se sont déclarés dans deux endroits lointains mais qui ont en commun d’abriter des Subsahariens clandestins. Et l’origine du feu dans les deux cas reste indéterminée.

Dans les dépendances de la gare routière Ouled Ziane, à Casablanca, dimanche 8 juillet 2018 dans l’après-midi, un incendie s’est déclaré, aggravé par l’explosion de plusieurs bonbonnes de gaz. Des blessés ont été dénombrés parmi les Subsahariens, transportés en urgence à l’hôpital 20-Août pour recevoir les soins nécessaires. Des témoins oculaires ont indiqué avoir vu l’incendie se déclarer soudainement dans le camp où vivent plusieurs migrants subsahariens près de la gare routière.

Le même jour dans la matinée, un autre incendie s’est déclaré à plus de 320 km d’Ouled Ziane, au moment de l’évacuation d’un groupe de migrants issus de différents pays d’Afrique subsaharienne qui squattaient un local de l’Office national des chemins de fers (ONCF) jouxtant la gare principale de Fès. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer. L’incendie a été circonscrit immédiatement par les éléments de la Protection civile. 50 abris en plastique ont été consumés par les flammes, engendrant l’explosion de sept petites bonbonnes de gaz que les migrants utilisaient pour cuisiner.

L’autre point commun qui lie les deux faits divers, c’est que dans les deux endroits, les Subsahariens étaient indésirables. A Ouled Ziane, les confrontations entre ces derniers et des habitants du quartier Derb El Kebir n’en finissaient pas. La tension monte d’un cran chez les habitants du quartier Derb El kebir de Casablanca qui se plaignent de nuisances et de comportements agressifs et violents des migrants subsahariens. La situation a dégénéré le vendredi 24 novembre 2017, quand une première altercation s’était déclenchée entre une poignée de jeunes du quartier et des Subsahariens au sujet des agressions et des harcèlements auxquels font face les habitants du quartier, notamment les femmes, presque au quotidien.

Incidents répétitifs
Des flammes géantes s’élevant au pied des immeubles, des poubelles et des pneus incendiés, des jets de pierres… La scène se déroulait pourtant dans un premier temps à deux pas de la gare routière Ouled Ziane avant de se déplacer pour quelques minutes sur le boulevard Ouled Ziane, perturbant la circulation et semant la peur dans tout un quartier. Elle opposait des jeunes du quartier populaire Derb El Kebir à des jeunes Subsahariens. Cela s’est passé dans le même petit jardin public squatté depuis plus de trois ans par une centaine de migrants subsahariens réguliers et irréguliers où s’est déclaré l’incendie de ce dimanche 8 juillet. Un plus grand nombre occupe de force, depuis longtemps, l’espace sportif et des dépendances (terrains de mini-foot et multisport…).

C’est dire que ces incidents sont devenus répétitifs et alertent sur le degré d’intolérance de jeunes Subsahariens des conditions de leur vie au Maroc, laissés pour compte par les autorités et le degré d’intolérance d’habitants lassés de supporter les mauvais comportements et les écarts de ces derniers. Il suffit de faire quelques pas à Casablanca, Mohammedia, Salé, Rabat, Fès, Meknès ou Tanger pour se rendre compte de la présence significative des Subsahariens. On les trouve aux rondspoints pour faire la manche mais aussi sur les chantiers BTP où il y a un travail physique à faire. Nombreux sont ceux qui ont abandonné l’idée de franchir les frontières à destination de l’Europe ou de la Libye.

Quête d’une vie meilleure
Ils ont décidé de rester au Maroc et exigent des autorités le droit de vivre dignement sans être pourchassés par la police ou des voisins qui ne désirent pas leur promiscuité. À Rabat, les Subsahariens irréguliers ont élu domicile à Hay Errachad, Bizanta et Bouregreg, une ceinture de misère. A Casablanca, à la gare Ouled Ziane mais aussi à Hay Mohammadi et Oulfa. «La majorité des migrants ne sont pas entrés clandestinement au Maroc à la suite d’un parcours compliqué impliquant plusieurs pays. La majorité y sont entrés par un simple déplacement et sans difficultés».

C’est la principale conclusion de l’étude «Les migrants subsahariens au Maroc: enjeux d’une migration de résidence», réalisée récemment par l’Université internationale de Rabat (UIR) avec le soutien de la Fondation allemande Konrad Adenauer (KAS). Les auteurs de cette enquête de terrain réalisée par une équipe de quatre chercheurs (Fouzi Mourji, Jean-Noël Ferrié, Saadia Radi et Mehdi Alioua) soulignent que «Les migrants n’ont pas été poussés sur la route par un impératif de survie mais par la volonté d’améliorer leur situation. Ce choix s’inscrit ainsi assez logiquement dans la continuité de leurs études». En quête d’une vie meilleure. Leur afflux est devenu massif depuis la décision royale d’exempter de visa les ressortissants d’un nombre de pays africains de l’ouest. Mais leur intégration est lente. La plupart d’entre eux sont laissés pour compte.

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