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Chronique d’une mort annoncée

WISSAM EL BOUZDAINI

Rapport de la Cour des comptes sur l’aide à la presse

La démocratie est en définitive la principale perdante de la mauvaise santé de notre presse.

La presse nationale est, diton, sur la sellette? Il ne faut en tout cas pas compter sur la Cour des comptes pour espérer obtenir un écho autrement optimiste. Tant s’en faut, l’institution présidée par l’ancien premier ministre, Driss Jettou, s’est fendue pendant la pause estivale, dans le cadre de son rapport d’activités relatif aux exercices 2016 et 2017, d’un examen au vitriol du secteur, qui n’est absolument pas pour lever la détresse ambiante.

En principe, cette appréciation de la Cour des comptes procède de son rôle original de veilleur au bon recours et à la bonne exécution de l’argent public, étant donné qu’elle a pour principal objectif de dresser un constat qualitatif et quantitatif sur l’aide accordée chaque année par l’État aux médias nationaux de presse écrite et désormais aussi de leurs pairs du digital. Les enseignements que l’on peut en tirer valent, ceci dit, plus largement le détour et, du reste, appellent à se poser la question sur la pérennité au Maroc de ce quatrième pouvoir ayant tant fait pour contrebalancer le poids forcément irrédentiste du politique et par là même à consolider la démocratie; celle-ci étant en définitive la principale perdante de la mauvaise santé de plus en plus criante de notre presse.

Pour en revenir à la Cour des comptes, on ne peut qu’être outrés, consternés, par le degré d’anarchie où se trouve le secteur, naviguant presque à vue, sans perspective fixe. Il ressort en effet du rapport en question que la structure des coûts induits par la production d’information n’est toujours pas claire, et ce même pour des entreprises classiques, ce qui conséquemment et en toute logique conduit à une mauvaise ventilation de l’aide publique. Ainsi par exemple, on continue d’accorder l’aide en fonction notamment du volume des tirages, du coût de production, de la masse salariale et de la fréquence de publication du journal, cependant que «ces bases de classification restent hétérogènes,» comme le souligne la Cour des comptes. Depuis 2009, on attend d’ailleurs une étude du ministère de la Communication visant à définir une stratégie adaptée au contexte, en perpétuel changement, du secteur; mais sur quatre missions normalement prévues, seulement deux ont, jusqu’à ce jour, été effectuées (alors même que le département de Mohamed El Aaraj y avait réservé plus de 5 millions de dirhams).

La Cour des comptes ne manque par ailleurs pas de rappeler quelques données saillantes relatives notamment au niveau du lectorat, qui ne cesse de reculer au fur des ans en raison du glissement de plus en plus massif vers les médias électroniques, gratuits: entre 2009 et 2014, la diffusion des titres de presse est passée de plus de 99 millions d’exemplaires à 89 millions d’exemplaires, soit une baisse de plus de 10%. Aussi, le secteur fait face à une baisse de la part du marché publicitaire au profit notamment de la radio et de l’affichage.

La Cour des comptes ne manque par ailleurs pas de rappeler quelques données saillantes relatives notamment au niveau du lectorat, qui ne cesse de reculer au fur des ans en raison du glissement de plus en plus massif vers les médias électroniques, gratuits: entre 2009 et 2014, la diffusion des titres de presse est passée de plus de 99 millions d’exemplaires à 89 millions d’exemplaires, soit une baisse de plus de 10%. Et cette tendance n’est bien évidemment pas pour s’inverser de sitôt, comme le démontrent les chiffres publiés en mai 2018 par l’Office de justification de la diffusion (OJD), qui avait enregistré des ventes moyennes de 300.000 copies par jour au cours de l’année 2017.

Les titres susceptibles à tout moment de mettre la clé sous le paillasson se bousculent d’ailleurs au portillon. Aussi, le secteur fait face à une baisse de la part du marché publicitaire au profit notamment de la radio et de l’affichage, laquelle est du reste couplée à celle, globale, du chiffre d’affaires publicitaire celui-ci étant passé entre 2014 et 2015 de 981 à 973 millions de dirhams. Décidément, il faut être bien fou pour oser investir aujourd’hui dans la presse…

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