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Les chantiers du gouvernement El Othmani toujours bloqués

Du retard à l’allumage

Saâd Eddine El Othmani cumule les mandats de Chef de gouvernement et de premier responsable du PJD avec moins de leadership que Abdelilah Benkirane.

Comment le cabinet actuel finit- il l’année? Et, sur cette base-là, que peut-il bien entreprendre pour 2018? Force est de faire ce constat pour commencer: jamais un gouvernement n’a été aussi fragilisé comme c’est le cas depuis sa nomination, voici neuf mois. Il a en effet pâti, dès le départ, de la conjonction de deux facteurs majeurs qui sont autant d’hypothèques pesant encore de tout leur poids sur lui. En premier lieu, le contexte: celui des évènements d’Al Hoceima. Initiée dès la fin octobre 2016, une forte contestation s’est exprimée puis mobilisée dans cette ville. Durant cinq mois, le gouvernement sortant, dirigé par Abdelilah Benkirane mais seulement comme chef de gouvernement désigné, n’a pas su, pu –ou voulu?– prendre les mesures appropriées. Le nouveau chef de l’Exécutif, nommé officiellement le 5 avril, n’avait pas davantage de plan de règlement de ce dossier qui dominait alors la vie politique nationale.

Facteur perturbant
D’avril à la fin juin, le climat était passablement délétère. Et les conditions de mise sur pied d’une nouvelle majorité n’ont pas contribué à dissiper les inquiétudes et les attentes des uns et des autres. C’est que la participation imposée de l’USFP comme nouvelle composante de la majorité (PJD, RNI, UC, MP, PPS) allait avoir deux conséquences. La première est le procès de compromis, voire de compromission, dont avait fait montre Saâd Eddine El Othmani; la deuxième regarde une profonde division de la formation islamiste entre la «ligne Benkirane», non participationniste, et l’autre, représentée par El Othmani et ses ministres PJD. Comme début de mandature, il y a mieux! Avec la reprise en mains du dossier Al Hoceima par le Roi, le cabinet se voit déclassé et n’a pratiquement plus de marge de manoeuvre.

Un premier couperet s’apparentant à un blâme collectif est rendu public à l’issue du Conseil des ministres du 24 juin. Le Souverain fait état de sa déception, de sa préoccupation et de son mécontentement. Plus encore, il décide de priver de congé d’été pas moins de dix ministres pour qu’ils s’attellent au suivi et à l’activation des conventions du programme d’Al Hoceima signées devant lui à la mi-octobre 2015. Une première dans la pratique institutionnelle marocaine et même comparée… N’est-ce pas une censure du travail du nouveau cabinet? El Othmani n’a été installé qu’au début d’avril 2017 ; c’est dire qu’il ne peut être tenu comme comptable solidaire du cabinet sortant.

Mais tel n’était pas le cas de nombreux autres ministres qui, eux, étaient en fonctions depuis la nomination de M. Benkirane en janvier 2012 et même, pour certains d’entre eux, depuis 2007! En optant pour le recours à la Cour des comptes pour faire son rapport sur la base des travaux de mission de deux inspections générales (Intérieur et Finances), le Roi a voulu situer clairement les responsabilités respectives. Le rapport final présenté par Driss Jettou, président de cette juridiction financière, a été remis au Roi le 24 octobre.

Coup de tonnerre politique
Le jour même, quatre ministres étaient limogés –deux du PPS, à savoir Mohamed Nabil Benabdallah, en charge de l’Habitat et secrétaire général de ce parti, et El Houcine Louardi, en tête du département de la Santé ainsi que deux autres ministres MP, Mohamed Hassad (Éducation) et Larbi Bencheikh (secrétaire d’État à la Formation professionnelle). D’autres anciens ministres et responsables ont été également sanctionnés et frappés d’exclusion de toute fonction officielle. Un véritable coup de tonnerre –on a même parlé de «séisme».

Épreuves et tensions
Le retard mis pour remplacer les quatre ministres renvoyés pose également problème. Plus de deux mois après, rien de bien précis pour ce qui est des profils des nouveaux arrivants, ce qui nourrit tout de même des interrogations supplémentaires sur la bonne marche de ce cabinet, qui finit l’année dans un contexte dépressif. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que le VIIIème congrès du PJD a été un facteur perturbant durant les mois qui ont précédé ces assises des 9 et 10 décembre 2017. El Othmani a fini par se faire élire secrétaire général à une courte majorité contre son concurrent Idriss Azami Al Idrissi, proche de Benkirane. Il va cumuler donc, lui aussi, les mandats de Chef du gouvernement et de premier responsable de la formation islamiste mais avec moins de périmètre et de leadership.

M. El Othmani est en principe conforté, pourrait-on dire, à un premier niveau de lecture; mais de fait, n’est-il pas affaibli: au sein de son propre parti d’abord, comme chef de l’exécutif ensuite. Ses principaux alliés – dont surtout le RNI– font en tout cas cette analyse-là et s’organisent même en conséquence avec pour perspective –déjà!- les élections législatives de 2021. Alliés, ils le sont, mais aussi et surtout concurrents.

Voilà donc, à grands traits, l’état des lieux de ce cabinet avec la nouvelle année 2018. Des améliorations significatives sont-elles envisageables au cours de cette nouvelle année? Une forte dose de volontarisme s’impose à l’évidence pour appréhender les voies et les modalités des grandes réformes encore à l’ordre du jour…

Les deux années écoulées se sont situées dans un palier perturbé. 2018 sera-t-elle marquée par une forte relance d’abord politique mais participant d’une stratégie, d’une vision allant au-delà de l’exercice annuel? Un retour incontournable à la problématique d’un autre modèle économique et social reformulant les priorités, ré-articulant les programmes et les projets et permettant de crédibiliser un gouvernement déjà éprouvé après seulement neuf mois…

Un palier perturbé
Au-delà de 2018, sans doute l’action gouvernementale doit-elle s’inscrire dans une autre perspective, celle de 2021, marquant normalement la fin de la présente législature et même plus loin dans le futur. Les atouts du Maroc sont connus. Mais en même temps des blocages et des déficits structurels qui sont les noeuds du futur. Enfin, la gouvernance constitue un déficit transversal. Référence est faite à des exigences de plus grande participation, de planification et de rapport au temps, de système de décision marqué souvent par l’improvisation et la précipitation, la culture de l’évaluation ainsi que la reddition des comptes.

Gérer, bien sûr, c’est la première attribution du gouvernement; mais gouverner aussi dans le cadre d’une vision. Aujourd’hui, que manque-t-il à ce cabinet? Un référentiel puisque son programme d’avril 2017 est pratiquement obsolète et que ses 120 mesures annoncées en septembre dernier restent bien en-deçà d’un véritable projet, limités pour la plupart d’entre elles à un catalogue de vœux, de souhaits et d’annonces ponctuelles, un fourre-tout bien éloigné de véritables leviers de développement.

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