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Les chances du Maroc pour l’organisation du Mondial 2026

LE RÊVE MAROCAIN

Est-ce vraiment judicieux de consacrer des milliards de dirhams pour un événement qui a mis à genoux des pays autrement plus riches?

C’est le 16 mars 2018 à Bogota, capitale de la Colombie, que les pays candidats à l’organisation de la Coupe du monde de football de 2026 devront en principe soumettre leurs dossiers de candidature à l’appréciation du Conseil de la Fédération internationale de football association (FIFA), l’organe législatif suprême de l’instance.

En attendant, le Maroc, candidat pour la cinquième fois de son histoire après 1994, 1998, 2006 et 2010, se mobilise, à en croire le ministre délégué aux Relations avec le Parlement et la Société civile, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, qui s’est exprimé à ce sujet au sortir du conseil de gouvernement du 15 février dernier. «Il y a une mobilisation générale,» a affirmé l’ancien ministre de la Communication. Il faut dire que le règlement sur la procédure de sélection qu’avait adopté le 27 octobre 2017 à Kolkata, en Inde, le Conseil de la FIFA est des plus draconiens et fait mention d’une procédure d’évaluation en trois parties.

“De sérieuses responsabilités”
Seront ainsi jugés le niveau de conformité de chaque candidature aux exigences de la procédure de candidature, aux modèles des documents d’organisation fournis par la FIFA et aux critères d’organisation; les risques et les avantages, notamment en matière d’incidence sur les droits humains; ainsi que, au plan technique, les infrastructures et les aspects commerciaux nécessaires à la réussite d’une Coupe du monde. Et gare à celui qui ne serait pas susceptible de rendre une copie satisfaisante: la FIFA pourrait même attendre pour prendre sa décision jusqu’en mai 2020, date prévue de son 70ème congrès, plutôt qu’à son 68ème congrès prévu en juin prochain à Moscou, en Russie, si aucune candidature ne venait à obtenir de score suffisant de la part du groupe de travail mis en place pour faire l’évaluation (qui comprend notamment le président de la commission d’audit et de conformité de la FIFA ainsi que le président de la commission de gouvernance, en plus de divers membres de l’administration de l’instance).

Pour la première Coupe du monde à 48 équipes de l’histoire (contre 32 depuis 1998), la FIFA semble décidée à mettre le paquet. «Organiser une Coupe du monde de cette taille s’accompagne de sérieuses responsabilités,» soulignait son président, Gianni Infantino, en avant-propos du guide de la procédure de candidature que son organisation avait publié le 7 novembre 2017 sur son site web. Les responsables marocains se disent cependant confiants.

Le 23 janvier, Moulay Hafid Elalamy, que le roi Mohammed VI avait désigné le 10 janvier président du comité de candidature, avait même donné rendez-vous, lors d’une conférence de presse à Casablanca, pour «fêter le résultat» dans moins de quatre mois, en promettant de présenter à Bogota un dossier «répondant aux standards les plus rigoureux». «Je peux vous assurer que notre candidature sera de très haute facture,» avait-il déclaré.

Une candidature de haute facture
Le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a pour sa part fait part, en conseil de gouvernement, de sa mobilisation personnelle et de celle de son cabinet. Il s’est ainsi dit disposé à respecter tous les engagements nécessaires et a, par là même, appelé «l’ensemble des secteurs ministériels, institutions élues et acteurs sportifs, culturels, médiatiques et de la société civile» à soutenir la candidature et à contribuer à la réussite du chantier.

«Les différents secteurs gouvernementaux concernés et les fédérations sportives sont de la partie dans le cadre de ce chantier, suivi de près par Sa Majesté le Roi Mohammed VI,» a-t-il assuré. C’est pourtant loin d’être gagné. Car quand bien même le Maroc semble se présenter dans de meilleures dispositions qu’auparavant -«en 2003, lorsque le Maroc était candidat au mondial 2006, l’infrastructure n’existait toujours pas. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont été réalisées,» soulignait à Casablanca Moulay Hafid Elalamy-, il a cette fois face à lui une candidature qui pèse plus de 180 fois son produit intérieur brut (PIB), à savoir celle du Canada, des États-Unis -qui avaient déjà été son adversaire pour la Coupe du monde de 1994, dont ils avaient finalement remporté l’organisation par 10 voix contre 7 pour le Royaume- et du Mexique: en termes d’infrastructures, les deux premiers pays se classaient en 2016, selon le Forum économique mondial, vingt-troisième et dixième, et seul le Mexique (70ème) faisait pire que le Maroc (39ème).

En ce qui concerne plus particulièrement les stades, les trois pays en comptent déjà 49 de prêts, dans quelque 44 villes, qui tous répondent aux critères de la FIFA, tandis que le Maroc devra encore en construire huit (sur quatorze, les six étant déjà en pôle étant le Stade Mohammed-V de Casablanca, le Complexe sportif Prince-Moulay-Abdellah de Rabat, le Grand Stade de Marrakech, le Stade Ibn-Battouta de Tanger, le Stade Adrar d’Agadir et le le Complexe sportif de Fès). C’est dire s’ils ont de l’avance.

Le comité de candidature nord-américain a d’autant plus été mis en place dès le 6 juillet 2017 -à Chicago aux États-Unis-, et compte par conséquent plus de six mois d’avance sur le Maroc, qui n’a vraiment débuté sa campagne que lors de la conférence qu’avait donnée Moulay Hafid Elalamy à Casablanca.

Le silence marocain avait entre-temps pesé au point que le quotidien américain The New York Times, dans un article certes condescendant publié le 16 janvier, trouvait finalement disert le communiqué de deux phrases par lequel la Fédération royale marocaine de football (FRMF) avait officialisé, le 11 août, la candidature du Royaume. Moulay Hafid Elalamy avait cependant révélé que quelque 70 personnes sont à pied d’oeuvre depuis novembre et qu’il n’y avait, en vérité, pas de quoi se faire du mouron. «Certains demandent pourquoi ce comité et tout le Maroc ne communiquent toujours pas sur leur projet. Je crois que les observateurs commencent à saisir notre façon de procéder: nous réservons un premier temps pour travailler, puis nous communiquons ensuite,» avait-il expliqué.

Le candidat de toute l’Afrique
Une «remontada», pour reprendre un terme qu’avait utilisé le ministre de l’Industrie, demeure quoi qu’il en soit toujours possible, dans la mesure où pour la première fois dans l’histoire, toutes les associations membres auront la possibilité de choisir leur(s) candidat(s), alors que jusque-là, l’élection se faisait en comité restreint et dans des conditions loin d’être transparentes, comme l’avait révélé le scandale de corruption ayant éclaté en mai 2015 et ayant fait tomber jusqu’au précédent président de la FIFA, Joseph S. Blatter. Le Maroc pourrait dès lors notamment compter sur le vote des pays africains, qui constituent plus du quart des associations membres (54 sur 211), et ce d’autant plus que ces pays ainsi que Haïti et le Salvador s’étaient fait traiter de «trous de merde» (shithole, en VO) le 11 janvier dernier par le président américain Donald Trump, lors d’une réunion à la Maison-Blanche avec des parlementaires (propos unanimement condamnés, dès le lendemain, par les 54 États membres de l’Union africaine (UA)).

Le Royaume se présente d’ailleurs comme le candidat de tout le continent et, à cet égard, bénéficie de l’appui personnel du président de la Confédération africaine de football (CAF), Ahmad Ahmad. «En tant que président de la CAF, c’est une obligation pour moi de soutenir la candidature du Maroc,» avait même déclaré, le 12 janvier dernier, le Malgache à Rabat, où il se trouvait pour le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) que vient d’accueillir le Maroc du 13 janvier au 4 février.

Dans son sillage, plusieurs pays africains ont officiellement apporté leur soutien au Royaume, dont même l’Algérie, qui pour le coup a mis de côté son différend avec le Maroc au sujet du Sahara. «Si Dieu le veut, on va être, pourquoi pas, aux côtés du Maroc s’il a besoin du soutien d’un pays frère», avait déclaré le 3 février 2018 le président de la Fédération algérienne de football (FAF), Kheïreddine Zetchi, présent à Rabat pour la finale du CHAN.

Le dossier nord-américain favorisé
Un homme semble cependant ne pas voir d’un très bon oeil l’idée de telles déclarations d’intention: M. Infantino. Recourant à l’argument de la transparence, le président de la FIFA avait ainsi saisi l’occasion de la 40ème assemblée générale ordinaire de la CAF, tenue ironiquement à Casablanca le 2 février, pour appeler les pays africains à «tout faire pour que la procédure soit la plus saine»; une phrase dont la portée ne saurait véritablement être saisie qu’à l’aune d’une lettre de six pages qu’il avait fait adresser une semaine plus tôt, le 26 janvier, aux 211 associations membres, et qui appelait ces dernières à refuser toute assistance technique ou de développement de la part des pays candidats. Pour The New York Times, qui avait révélé le contenu de la lettre dans son édition du 29 janvier, il est clair que le principal visé est le Maroc.

«Les officiels marocains ont discuté [en janvier] de la formalisation d’une relation entre le Maroc et la Confédération africaine de football, dans le cadre de laquelle des équipes nationales de tout le continent viendraient au Maroc pour des camps d’entraînement et d’autres activités de développement du football», a ainsi rappelé le journal américain.

Le Maroc n’a cependant jamais considéré cela, comme le laisse entendre M. Infantino, comme étant de la corruption, et d’ailleurs il ne se cache pas d’avoir signé quelque 34 accords d’associations avec des fédérations du continent. En tout cas, l’argument aurait pu, quand bien même, faire mouche s’il n’était pas évident que le président de la FIFA tentait de favoriser le dossier nord-américain. M. Infantino avait ainsi qualifié celui-ci, lors d’une conférence à Dubaï aux Émirats arabes unis le 28 décembre 2017, de «message positif», en ce sens que le Canada, les États-Unis et le Mexique s’unissent dans un projet commun, et avait ajouté que la FIFA n’avait «pas le droit d’imposer de lourdes charges sur un seul pays si un événement peut être organisé dans plusieurs,» ce qui ne laisse point de doute sur ses intentions, sachant que le Maroc est le seul à se présenter dans le dernier cas de figure. Il avait d’ailleurs confirmé, lors de l’assemblée générale de la CAF, qu’il avait déjà «[s]a position » et que «le comité exécutif [le] sout[enait] dans [s]a position.»

Des semaines décisives
Significatif de sa prise de partie, il vient ainsi de permettre au président du comité nord-américain, Sunil Gulati, de s’exprimer ce 16 février 2018 devant les quatorze associations membres du Conseil des associations de football en Afrique australe (COSAFA), qui tenait à Johannesburg, en Afrique du Sud, sa 22ème assemblée générale ordinaire, sachant qu’il avait refusé ce privilège au Maroc à l’assemblée ordinaire de la CAF.

Pressé par les médias internationaux, dont beaucoup ont crié au scandale et aux fantômes des bons procédés dignes de M. Blatter, M. Infantino a mis le tout sur le compte du comité marocain, qui aurait simplement dû d’après lui demander une autorisation pour pouvoir défendre son dossier; il a toutefois affirmé que «la Cosafa nous a assuré qu’ils vont donner la possibilité au Maroc de présenter sa candidature afin que tous les candidats soient traités de la même façon.»

Le Maroc sait en tout cas maintenant à quoi s’attendre. Les semaines qui nous séparent de la réunion du Conseil de la FIFA à Bogota seront décisives pour la suite des événements. «Nous allons mettre toute notre énergie», promettait néanmoins Moulay Hafid Elalamy.

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