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La chaise du concierge de Bahaa Trabelsi

Dans La Chaise du concierge  (édition le Fennec), primé récemment  par le prix littéraire  le Sofitel Tour blanche, Bahaa  Trabelsi assoit le décor dans  une société marocaine entre deux chaises.  Une première, celle (c’est plutôt un fauteuil  bien confortable) dévolue à une élite francophone  qui affiche ses lumières, des idées  progressistes et modernistes faisant la promotion  des libertés individuelles, de l’égalité  homme/femme et la défense des minorités  religieuses et sexuelles. Et l’autre chaise  où siège un Maroc profond, conservateur,  inculte, pauvre et proie facile aux idées extrémistes.

Ce sont deux mondes qui se livrent, dans ce  livre, une guerre sans merci.

Passions, violences, amours
Bahaa Trabelsi, journaliste de métier, plante  ce décor en usant de l’actualité nationale et  internationale et de ses sujets. On cite en  vrac: moudawana, attentats de Paris, burkini,  voile, réforme du code pénal marocain, propos  saillants des ministres du gouvernement  Benkirane, scandales sexuels, problèmes  des petites bonnes…

L’écriture de Trabelsi est fluide. Se permettant  des digressions, des descriptions façon  reportages, elle entretient le suspense.  Les personnages principaux campent chacun  un rôle bien défini, chacun se réservant un  chapitre où il parle à la première personne  pour mieux cerner ses tournants et son  monde. L’assassin, le concierge, monsieur  tout le monde traque ses victimes, “des mécréants”,  pour les tuer au nom de la religion.  L’héroïne, Rita, est une journaliste naïve,  idéaliste, qui mène l’enquête pour son journal.  Cette féministe militante finit étrangement par  avoir une histoire d’amour avec Abid le flic.  Symbole du pouvoir, de la domination et de la  virilité, ce commissaire alcoolique et dépressif  chapeaute l’enquête policière.

L’Haj, lui aussi policier, incarne la sagesse.  Dinia, la fille de l’héroïne, a fait ses études en  France, pays des droits de l’homme. Elle est  inscrite dans l’action et représente la relève  du Maroc, elle qui pioche dans les deux pays  les éléments qui font son identité: valeurs de  l’avenir, ouverture.

Ce sont là autant d’ingrédients pour ficeler  une bonne trame avec le dosage nécessaire  en passions, violences, amours, joies… Mais  aussi pour distiller les messages, les slogans  qui animent l’auteure.

En cela, le roman La Chaise du concierge est  résolument celui d’une écrivaine qui affiche  sans fard son engagement. Résultat: soit on  partage les valeurs de Bahaa Trabelsi, sa foi  et on ne lâche plus le roman qu’après l’avoir  lu, soit on n’est pas concerné par ce combat  très tranché et on ferme le livre à la première  page. C’est cash, l’on aime ou l’on n’aime  pas.

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