Catherine Bensaid: "Libre d’être femme"

La femme libérée est-elle libre? Elle s’est battue pour défendre ses droits, contre l’inégalité et l’enfermement subis pendant des siècles. Mais vit-elle aujourd’hui chaque étape de son existence selon ses aspirations?

De nos jours, une femme peut être parfaitement dans son masculin. Tout en s’occupant de son mari et de ses enfants, elle n’en continue pas moins de travailler, de payer ses impôts, de prendre beaucoup de décisions. En somme, de diriger sa vie. Mais Catherine Bensaid, psychiatre et psychothérapeute française, estime que sa féminité est mise en cause. Pas son féminin, c’est-à-dire sa capacité à se faire belle ou à s’intéresser à sa personne. Mais le véritable féminin, qui n’est autre que celui d’être à l’écoute à la fois d’elle -même et de l’autre, celui d’être dans la contemplation possible, d’être dans l’ouverture.

«Parfois, je trouve la femme trop pressée, trop active, trop nerveuse». Or, dit-elle, la femme n’est pas faite pour être trop pressée, car il y a une sorte de temps qui lui appartient. «Elle est le temps», souligne-t-elle avec force. Ce quelque chose qui lui manque à l’heure actuelle, c’est se donner le droit -presque masculind’être féminine.

En effet, la femme a envie de pouvoir cocher toutes les cases, pas pour une vision sociale, mais pour son bonheur: celle d’avoir un mari, celle d’avoir des enfants ou celle d’avoir un travail intéressant ou d’avoir une belle maison.

Or, elle ne se sent pas moins malheureuse: soit lorsqu’elle n’a pas l’une de ces cases, soit lorsqu’elle a toutes les cases. Car elle ne peut en remplir aucune de façon véritablement satisfaisante et court d’un rôle un autre. Or, nous dit Catherine Bensaid, «ce n’est pas dans la multiplicité des activités qu’elle trouvera son bonheur, c’est dans le temps qu’elle prend pour chaque activité». Et d’expliquer que «même si on fait à manger à son mari, si on donne un bain à ses enfants, si on prend le temps avec son mari, si on revient du travail, si on fait des courses», on peut, dit-elle «le faire dans le moment présent, dans la créativité de l’instant présent et dans le bonheur de le faire». C’est là qu’on retrouve le temps.

Ce que notre psychiatre trouve bien dommage, c’est finalement de voir que certaines femmes et certains hommes se sont battus pour arriver à un certain moment de leur vie à obtenir ce qu’ils ont et, une fois qu’ils l’ont, ils ne le savourent pas. Et, rapidement, ils veulent passer à autre chose. Cette insatisfaction paraît bien triste. Et c’est le rôle du psychiatre de redonner ce sens de la satisfaction et du bonheur de chaque instant.

La femme doit, ainsi, faire de telle sorte que l’amour de son mari , de son enfant, soit un bel instant. C’est ça, dit-elle, «le don de la femme, le don de l’homme: le don de l’amour». Mais pas n’importe quel amour, «un amour qui n’objective pas l’autre».


Laisser un commentaire