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Cachez-moi ces pauvres que je ne saurais voir

Abdellatif Mansour

LA MÈRE DES QUESTIONS: QUI CROIRE ENTRE M. BOUSSAÏD, M. LAHLIMI ET LA BANQUE MONDIALE?

Nous ne connaissons pas nos pauvres. Nous ne savons ni qui ils sont;  ni combien ils sont. C’est gravissime pour un pays en voie de développement  que nous voulons émergent et même drapé d’indicateurs  de modernité.

C’est ce qu’on peut déduire des propos de Mohamed Boussaïd, ministre de l’Économie  et des Finances, exposant devant le parlement les différents chapitres de  sa loi de Finances. Il demande l’élaboration d’une base de données permettant  l’identification des catégories de pauvres pour les faire profiter des mesures spécifiques  d’assistance aménagées à leur intention. Mieux vaut tard que jamais. La  démarche reste louable. Sauf que ce souci légitime, aux allures d’aveu, n’est pas  nouveau, ni unique en son genre.

Deux institutions nationale et internationale se sont penchées sur ce même sujet.  Le Haut commissariat au plan (HCP), dirigé par Ahmed Lahlimi, a encadré une  enquête, en 2013-2014, sur “la consommation et les dépenses des ménages”; y  compris ceux qui se débrouillent pour consommer sans avoir de revenu à dépenser.  Il en ressort que le Maroc compte 1,6 million de pauvres; soit 4,8% de la population,  dont 80% dans le monde rural. Il n’y a pas qu’une seule pauvreté, mais  au moins trois entre seuil de pauvreté, pauvreté relative et pauvreté absolue. Le  HCP sacrifie au distinguo.Il enregistre une évolution positive vers la moins pire  des pauvretés. Quant à la Banque mondiale (BM), son étude sommative sur une  dizaine d’années a abouti à un rapport daté du 13 septembre 2016. Le tableau  récapitulatif du pays face à la pauvreté est édifiant: 18% de la population marocaine,  soit près de 6 millions de personnes, vivent en situation de pauvreté; 2,5%,  8 millions de personnes sont au seuil de pauvreté; ou en dessous; 50% vivant  au dessus du seuil de pauvreté sont considérés comme économiquement vulnérables;  40%, 13 millions de personnes, ont des difficultés à maintenir un mode de  vie modeste; 2,5 millions d’enfants, principalement des filles rurales ne vont pas  à l’école; et enfin, 83% des femmes en milieu rural sont toujours analphabètes.  Voici venu le temps de poser la mère des questions: qui croire entre M. Boussaïd,  M. Lahlimi et la Banque mondiale?

Les statistiques, “auxquelles on peut tout faire dire, même la vérité”, ont une  mauvaise presse; soit. Mais encore, comme dirait l’autre! Pourquoi ne pas se fier  à son bon sens, sachant que personne d’autre que vous-même ne peut apprécier  la réalité de vos conditions d’existence. Il faut juste espérer que l’échelle sociale,  frappée d’immobilisme, ne soit pas encore plus régressive

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