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Que cache la démission d’Elomari?

En mars 2017, nous pouvions encore consacrer la couverture de notre journal à l’objectif du Parti authenticité et modernité (PAM) de prendre les commandes du gouvernement à l’horizon 2021 en l’illustrant de la photo d’Ilyas Elomari  -ce temps est décidément révolu. Il faut dire que, depuis, le mouvement de contestation populaire que connaît le Rif depuis octobre 2016 s’est accentué, a même pris une ampleur démesurée -arrestations, mort d’homme-, et l’intéressé, qui se présentait dans les salons comme un représentant de la région, en a forcément été affecté. Le voilà donc qui, le lundi 7 août 2017, présente sa démission du poste de secrétaire général du PAM et met par là même fin à la plus fulgurante ascension politique du Maroc de l’ultime décennie: rappelons qu’il est également élu de son village natal d’Imnoud, dans cette même province d’Al Hoceima où la contestation est la plus forte, et préside la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le lendemain de sa décision au siège du PAM dans la capitale, Rabat, il a tout du moins eu le mérite de ne pas se dévoiler la face. « Je me sens concerné », a-t-il confessé, en faisant référence à l’ultime discours du trône du 30 juillet 2017, où le roi Mohammed VI avait pour le moins vertement tancé la classe politique.
Déjà, M. Elomari était dit prêt, lors de son passage en juin 2017 sur l’émission Dayf Al-Aoula sur la chaîne Al-Aoula, à assumer ses responsabilité si jamais celles-ci venaient à être établies dans la non réalisation de plusieurs projets programmés dans le cadre du programme de développement spatial de la province d’Al Hoceima et dont beaucoup font partie des revendications des activistes de la contestation. Il était même disposé, ajoutait-il, à aller en prison.

Posture? Défi, pour clamer sa non responsabilité? Ce sont les mêmes questions qui fusent aujourd’hui suite à sa démission. On dit également que les inspections générales des ministères de l’Intérieur et des Finances, auxquelles Mohammed VI avait commandé lors du conseil des ministres qu’il avait présidé en juin 2017 un rapport sur le programme d’Al Hoceima, n’auraient pas été tendres avec lui, et, en ayant eu vent, il tenterait d’anticiper d’éventuelles sanctions à son encontre. Au PAM, on loue cependant le « courage » d’Ilyas, comme on l’appelle simplement. Le bureau politique avait d’ailleurs refusé dans un premier temps sa démission, avant de s’y plier et que Habib Belkouch, figure associative connue dans le domaine de la défense des droits de l’Homme, ne prenne désormais le relais. « Cette démission abonde dans le sens de l’intérêt du pays et du parti », a notamment commenté Mohammed Achrourou, un des ténors du PAM.

Reste à savoir ce que va bien faire maintenant M. Elomari et si sa démission va lui épargner d’éventuels tracas judiciaires à Al Hoceima. Pour l’instant, il continue en effet d’assurer ses responsabilités locales et régionales. Par ailleurs, il ne devrait pas complètement se retirer des affaires du PAM, sachant qu’avant d’être élu secrétaire général début 2016, il était surtout connu pour être un homme de l’ombre, au point d’avoir longtemps été catalogué, notamment sous le mandat de Mustapha Bakkoury, de « secrétaire général bis ». Homme de réseaux, il devrait également continuer à faire profiter le parti de son carnet d’adresse que l’on dit volumineux et qui charrie aussi bien figures associatives, hommes d’affaires, et des entrées partout dans le monde, de la Chine aux États-Unis en passant par l’Amérique latine et même le Kurdistan irakien. Enfin, malgré ses difficultés au Rif et le fait d’avoir été directement mis en cause par les activitstes de la contestation, rien ne dit qu’il ne jouisse plus de l’estime de Mohammed VI. Suite à son élection à la tête du PAM, le Roi avait ainsi salué ses « qualités humaines », ses « compétences », son « sens de la responsabilité » et de son « attachement indéfectible avéré aux valeurs sacrées et aux constantes de la nation ». On l’imagine donc mal de ce fait entièrement se retirer de la scène politique, comme s’il n’avait jamais un jour compté, surtout qu’il a longtemps été présenté comme le dernier rempart contre l’islamisme, et plus précisément le Parti de la justice et du développement (PJD).

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