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Bruit de bottes au Sahara

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Le Polisario joue avec le feu

Face aux incursions répétées du Polisario, le Maroc semble de plus en plus disposé à intervenir par lui-même pour défendre son territoire, quitte à avoir recours aux armes.

“Le Maroc assumera ses responsabilités.” Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, avait l’air particulièrement grave en s’exprimant, ce dimanche 1er avril 2018, au sujet des incursions du Polisario dans la zone tampon située à l’Est du mur de défense marocain, dans la région du Sahara.

Intervenant lors d’une rencontre avec les médias à Rabat juste après une réunion des deux chambres du parlement tenue justement suite à ces incursions et à laquelle il a participé en compagnie du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et du ministre chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, le chef de la diplomatie a été on ne peut plus clair sur les intentions du Royaume. «Le Maroc, de la manière la plus claire, ne saura tolérer un quelconque changement dans le statut juridique, historique et réel de cette zone», a martelé M. Bourita.

Parrain algérien
Il faut dire que les incursions du Polisario dans la zone tampon se répètent depuis août 2016, date à laquelle le front séparatiste avait prétexté une opération de ratissage des services de sécurité et des douanes marocains pour stationner ses éléments dans la région de Guerguarat, à la frontière maroco-mauritanienne, et rappelons qu’une confrontation armée aurait pu s’en suivre n’était-ce la retenue des Forces armées royales (FAR) et le rappel à l’ordre du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, à l’adresse du Polisario.

Ce dernier allait, à la veille de la réunion annuelle du Conseil de sécurité le 29 avril 2017 consacrée au Sahara marocain, retirer ses éléments, pressé en cela même par des pays «amis» de son parrain algérien comme il l’a reconnu dans un communiqué relayé par son agence Sahara presse service (SPS), mais il allait vite se redéployer en poussant jusqu’aux localités de Bir Lahlou et Tifariti, où il exige désormais de rencontrer les éléments de la mission de paix de l’ONU au Sahara marocain (MINURSO), sachant que selon les accords de cessez-le-feu du 6 septembre 1991, seul cette dernière a le droit d’y circuler (elle y maintient cinq postes de surveillance à Bir Lahlou, Tifariti, Mehaires, Mijek et Aghwani).

Ce 29 mars 2018, plusieurs éléments du Polisario se sont introduits à Mahbas, également dans la zone tampon, à bord de véhicules militaires, et selon une lettre adressée le 1er avril par le représentant permanent du Royaume à l’ONU, Omar Hilale, au président du Conseil de sécurité, Gustavo Meza-Cuadra, y ont dressé des tentes, creusé un fossé et érigé des constructions à l’aide de sacs de sable. Leur nombre s’élèverait, selon une source sécuritaire citée par le journal électronique Le360, à quatorze miliciens. Ils seraient arrivés entre 18h10 et 19h00 à bord de quatre véhicules militaires de marque Jeep.

L’objectif de ces incursions serait d’altérer le statut juridique et historique de la zone tampon, de sorte à en faire une «zone libérée» de la pseudo République arabe sahraouie démocratique (RASD), autoproclamée en février 1976. D’ailleurs, elles interviennent à un moment où plusieurs annonces médiatiques font état de la volonté du Polisario de transférer les locaux de certaines de ses structures administratives et militaires des camps de Tindouf en Algérie, où le front a pris ses quartiers depuis le début du conflit en novembre 1975, à la zone tampon.

Rejet des provocations
L’organisation séparatiste y a ainsi au moins à quatre reprises, à la mi-mars, empêché les observateurs militaires de la MINURSO d’arriver à la zone. Selon Le360, Alger projetterait également de se débarrasser de la population de Tindouf en l’installant dans les localités mitoyennes du mur de défense, et par là même mettre le Maroc en face du Polisario. Une partie des habitants du camp de Dakhla auraient récemment été avisés pour se préparer à leur emménagement. Pour le Maroc, les incursions du Polisario constituent un «casus belli». «Cet acte illégal des autres parties menace gravement le processus politique onusien que le secrétaire général de l’ONU et son envoyé personnel oeuvrent inlassablement à relancer. Avec leurs violations répétées, et maintenant élargies à plusieurs zones à l’Est du dispositif de sécurité au Sahara marocain, les autres parties condamnent sérieusement toute chance de relance du processus politique,» avertit M. Hilale dans sa lettre à M. Meza-Cuadra. Lui aussi souligne que le Royaume ne restera pas les bras croisés et que tout un chacun devra, le cas échéant, «assumer la pleine responsabilité des conséquences qui découleront de [ses] actes».

Éviter l’escalade
S’exprimant, ce 2 avril, lors d’une réunion avec les secrétaires généraux et premiers secrétaires des centrales syndicales et des partis politiques non représentés au parlement, le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a pour sa part révélé que le roi Mohammed VI avait fait part à M. Guterres de son «rejet» des provocations du Polisario, et que le Souverain allait informer les dirigeants des pays amis des développements dans la région. «Le Maroc, et sur ordre de Sa Majesté le Roi, prend très au sérieux cette question, et ne permettra pas aux séparatistes d’avoir accès à la zone tampon», a-t-il indiqué. La veille de sa rencontre avec les syndicats, M. El Othmani s’était également réuni en présence de MM. Laftit et El Khalfi ainsi que du ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, et du ministre de la Culture et de la Communication, Mohamed Laâraj, avec les secrétaires généraux des partis représentés au parlement, qui tous ont été unanimes à souligner que le tournant décisif que connaît la question du Sahara marocain nécessite une mobilisation nationale globale sur tous les fronts.

Au sujet du mur de défense marocain, M. Bourita a précisé qu’il n’avait jamais été construit comme une frontière, mais pour empêcher une confrontation directe entre les armées marocaine et algérienne. D’ailleurs, a-t-il rappelé, c’est seulement à la veille du cessez-le-feu que les FAR se sont retirées, plus de quatre ans après l’achèvement du mur en avril 1987.

«La gestion permissive et légère de ce qui s’est passé à Guergarate a été interprétée comme un encouragement», a-til regretté. Questionné le 2 avril par les médias internationaux, le porte-parole de M. Guterres, Stéphane Dujarric, a pour sa part botté en touche. «Nos collègues à la MINURSO n’ont observé aucun mouvement d’éléments militaires», a-t-il indiqué. Vraisemblablement une façon de se défausser, puisque comme l’intéressé l’a lui-même confirmé, l’ONU ne souhaite pas «prendre partie».

M. Guterres a pour sa part réitéré dans son rapport au Conseil de sécurité sur le Sahara marocain, rendu public ce mercredi 4 avril, et dans lequel il a recommandé la prorogation de douze mois, jusqu’au 30 avril 2019, du mandat de la MINURSO, son appel lancé le 6 janvier dernier au Maroc et au Polisario pour exercer un maximum de retenue et éviter une escalade des tensions. «Le trafic civil et commercial régulier ne devrait pas être entravé et aucune mesure ne devrait être prise qui pourrait constituer un changement au statu quo de la zone tampon», avait-il rappelé. M. Guterres avait également exhorté les parties, au pic de la crise de Guergarate, à respecter leurs obligations en vertu de l’accord de cessez-le-feu et à respecter à la fois la lettre et l’esprit de cet accord et de coopérer pleinement avec la MINURSO, selon les propos rapportés par son porte-parole Farhan Haq. Mais face aux incursions répétées du Polisario, le Maroc semble de plus en plus disposé à intervenir par lui-même pour défendre son territoire, quitte à avoir recours aux armes.

Reprendre la main
Car s’il se garde pour l’instant de brandir clairement l’option militaire, l’allusion est plus ou moins évidente dans la bouche des responsables marocains. «Le Maroc considère toute modification de données dans la zone tampon comme étant une agression à son encontre,» a ainsi souligné M. El Othmani. M. Laftit a pour sa part affirmé que le Royaume était prêt à tout, «absolument à tout», pour préserver son intégrité territoriale. Mais pour l’instant, les autorités marocaines gardent espoir que le Secrétariat général et le Conseil de sécurité de l’ONU sauront reprendre la main. «Le Conseil de sécurité est instamment appelé à user de son autorité pour imposer le respect du cessez-le-feu et des accords militaires et enjoindre au Polisario de se retirer immédiatement, inconditionnellement et complètement de la zone à l’Est du dispositif de sécurité au Sahara marocain », écrit notamment M. Hilale à M. Meza-Cuadra.

L’ONU saura-t-elle éviter l’éclatement d’une nouvelle guerre au Sahara marocain? L’instance ne devrait en tout cas pas avoir la tâche facile pour mettre fin au conflit, sachant qu’elle s’active depuis janvier 2018 pour relancer les négociations entre le Maroc et le Polisario. Dans les conditions actuelles, on imagine mal les deux parties se mettre autour de la même table…

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